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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2417072

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2417072

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2417072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHOUDART ET ASSOCIÉS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision d'exclusion définitive prise par l'IFSI du CHU de Nantes à l'encontre de Mme B. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante ne démontrant pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, compte tenu notamment de la possibilité de valoriser ses acquis ou de se réorienter. Il a également considéré qu'aucun des moyens soulevés n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, fondée sur l'arrêté du 21 avril 2007 et le code de la santé publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2024, Mme A B représentée par Me Clerc demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 5 septembre 2024, par laquelle la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes l'a exclue à titre définitif ;

2°) d'enjoindre à l'IFSI du CHU de Nantes de retirer se décision et de la réintégrer immédiatement au sein de ses effectifs à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'IFSI du CHU de Nantes la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite en ce que l'arrêt de sa formation ne lui permet plus de continuer sa formation, ne pouvant se réinscrire dans un autre institut de formation eu égard à la date de la décision ; les motifs retenus à son encontre rendent illusoire la continuation de sa formation ; elle ne possède pas les moyens financiers pour changer d'établissement ; le choc psychologique ressenti en stage et le préjudice moral né de son exclusion définitive porte une atteinte grave et immédiate à ses intérêts ;

- les moyens qu'elle soulève créént un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : le délai d'un mois pour réunir la section après la suspension d'un stage prévu par les dispositions de l'article 16 de l'arrêté du 21 avril 2007 n'a pas été respecté ; ces mêmes dispositions ont été méconnues en la maintenant en situation " d'absence exceptionnelle " les 2 et 3 septembre 2024 constitutive d'une exclusion non prévue par lesdites dispositions ; les dispositions de l'article 13 et de l'annexe III de l'arrêté du 21 avril 2007 ont été méconnues en ce que la décision contestée ne précise pas que le quorum était atteint et qu'il appartient à l'administration de justifier de la régularité de la composition de la section ; la décision est entachée d'une méconnaissance des articles 15 et 16 de l'arrêté du 21 avril 2007 en ce que les " actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charges " ne sont ni identifiés ni caractérisés par le rapport de saisine qui évoque la non validation de trois stages et par la décision attaquée qui se fonde sur des " erreurs d'appréhension " et l' " absence d'évolution dans la pratique et la posture professionnelle " sans précisions sur les " actes posés non adaptés à la sécurisation des personnes prises en charge " reprochés ; la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle se fonde sur la non validation de trois stages et sur des faits non caractérisés alors qu'elle n'a jamais redoublé et a obtenu d'excellents résultats sur l'ensemble de ses années de formation et sans prendre en compte sa situation de reconversion professionnelle et le fait qu'elle a subi une agression traumatisante, son état psychologique s'étant dégradé à compter de cet évènement ainsi que ses appréciations en stage ; pour le même motif la sanction est disproportionnée ; la décision est entachée de détournement de procédure en ce que la section pédagogique s'est arrogée les pouvoirs d'exclusion de la section disciplinaire ou de redoublement du jury d'examen ; la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui infligeant une sanction qui l'exclut définitivement de sa formation et d'une poursuite d'études au sein de l'IFSI de Nantes mais également de toute poursuite d'études durant l'année 2024/2025.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2024, l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du CHU de Nantes, représenté par Me Jacquet conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme B la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas constituée en ce que la requérante conserve le bénéfice de ses notes obtenues, de ses crédits validés et des expériences acquises, elle n'établit pas qu'elle a effectué des démarches en vue de s'inscrire dans un autre institut pour finaliser sa formation d'infirmière, étant en reconversion professionnelle elle est en mesure de retrouver un poste dans son ancien domaine d'emploi et elle peut également être recrutée par équivalence sur un poste d'aide soignante, secteur qui manque de candidats, en outre rien n'est produit quant à sa situation personnelle et financière ; il doit également être tenu compte de l'intérêt à ne pas réintégrer la requérante sur un poste d'infirmière

- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité, tant externe qu'interne, de sa décision ;

Vu :

- les pièces du dossier.

- la requête n° 2417056 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision susvisée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Echasserieau premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 novembre 2024 à 14h30 :

- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,

- les observations de Me Forand substituant Me Clerc représentant Mme B ;

- et celles de Me Mlih substituant Me Jacquet représentant l'IFSI du CHU de Nantes

La clôture de l'instruction a été différée au 29 novembre à 10h00.

Un mémoire, enregistré le 26 novembre 2024, présenté par l'IFSI du CHU de Nantes a été communiqué dans lequel il fait valoir que les stages de la requérante n'ont pas été interrompus, notamment celui du 29 avril au 23 juin 2024 et qu'elle n'apporte aucun élément pour justifier de l'urgence compte tenu des effets de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, inscrite en troisième année à l'Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) rattaché au CHU de Nantes a reçu la décision du 5 septembre 2024, par laquelle la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'IFSI du CHU de Nantes l'a exclue à titre définitif, à l'issue de son stage au département d'oncologie médicale de l'Institut de cancérologie de l'Ouest du 29 avril au 23 juin 2024. Mme B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision du 5 septembre 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () "

3. En l'état de l'instruction compte tenu d'une part que la matérialité des faits reprochés est suffisamment établie, et que d'autre part, la procédure suivie pour procéder à l'exclusion à titre définitif de Mme B de sa formation a été conduit conformément aux dispositions qui lui était applicable en l'absence notamment de suspension effective d'un de ses stages, aucun des moyens invoqués susvisés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. L'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'étant pas remplie, les conclusions tendant à la suspension de la décision litigieuse ne peuvent, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'IFSI du CHU de Nantes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que demande, à ce titre, M. B. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions de l'IFSI du CHU de Nantes au titre des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'IFSI du CHU de Nantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à l'Institut de formation en soins infirmiers du centre hospitalier universitaire de Nantes.

Fait à Nantes, le 2 décembre 2024.

Le juge des référés,

B. EchasserieauLa greffière,

G. Peigné

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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