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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2417791

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2417791

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2417791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantCAVALIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., attachée d'administration, qui demandait l'annulation de son placement en congé de longue maladie d'office. La juridiction a jugé que la rectrice, en vertu d'une délégation de pouvoirs, était compétente pour prendre cette décision et a écarté les vices de procédure allégués. La décision s'appuie principalement sur l'arrêté du 26 décembre 2022 et les dispositions du code général de la fonction publique relatives aux congés de longue maladie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 novembre 2024 et 12 janvier 2026, Mme C... A..., représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d’annuler les arrêtés du 27 septembre 2024 par lesquels la rectrice de l’académie de Nantes l’a placée d’office en congé de longue maladie du 26 février au 25 novembre 2024 inclus ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente, seul le président de l’université étant habilité à décider le placement d’office en congé de longue maladie d’une attachée d’administration de l’Etat ;
- elles sont entachées de vices de procédure en ce que, d’une part, l’avis du conseil médical du 10 septembre 2024 mentionne l’article 2 de l’arrêté du 14 mars 1986 qui ne lui est pas applicable et, d’autre part, le rapport du médecin du travail, qui ne se prononce pas sur la mise en congé de longue maladie d’office, ne lui a pas été transmis et qu’elle n’a pas été reçue par un médecin expert avant la réunion du conseil médical ;
- elles procèdent d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’elle ne souffre d’aucune des affections prévues à l’article 2 de l’arrêté du 14 mars 1986.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2025, la rectrice de la région académique Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de l’éducation ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- l’arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;
- l’arrêté du 26 décembre 2022 portant délégation de pouvoirs des ministres chargés de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports aux recteurs d'académie et aux vice-recteurs des îles Wallis et Futuna, de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française en matière de recrutement et de gestion de certains personnels stagiaires et titulaires relevant des ministres chargés de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports ;
- le code de la justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Moreno,
- les conclusions de M. Garnier, rapporteur public,
- et les observations de Me Cavalier, représentant Mme A....

Considérant ce qui suit :

Mme A..., attachée d’administration de l’Etat, occupant depuis 2020 les fonctions de chargée d’aide au pilotage de la contractualisation à l’université d’Angers a été informée d’un changement d’affectation à intervenir au début de l’année 2024. Le déroulement de la rencontre avec le directeur des ressources humaines et le directeur général des services le 14 février 2024, au sujet de la nouvelle affectation de Mme A..., a conduit la rectrice de l’académie de Nantes à suspendre l’intéressée de ses fonctions à titre conservatoire. Placée en arrêt maladie à compter du 7 juin 2024, puis en congés ordinaires du 22 juillet au 23 août 2024, Mme A... a été placée en congé de longue maladie d’office du 26 février 2024 au 25 août 2024 par un arrêté du 27 septembre 2024 de la rectrice de la région académique des Pays de la Loire, prolongé du 26 août 2024 au 25 novembre 2024 par un arrêté du même jour. Par la présente requête, Mme A... demande l’annulation de ces deux arrêtés.

En premier lieu, aux termes de l’article 1 de l’arrêté du 26 décembre 2022 visé ci-dessus : « Les recteurs d'académie et les vice-recteurs reçoivent, dans les limites fixées aux articles 2 à 9, délégation de pouvoirs des ministres chargés de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports pour le recrutement et la gestion des personnels stagiaires et titulaires nommés dans les emplois ou appartenant aux corps suivants classés dans les catégories prévues à l'article L. 411-2 du code général de la fonction publique, relevant du ressort de leur académie ou de leur vice-rectorat : (…) a) Membres du corps interministériel des attachés d'administration de l'Etat régi par le décret du 17 octobre 2011 susvisé, affectés dans les services et établissements publics relevant des ministres chargés de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche ; ». Aux termes de l’article 2 de l’arrêté du 26 décembre 2022 : « Les pouvoirs délégués aux recteurs d'académie en matière de recrutement et de gestion des personnels des corps mentionnés aux 1 et 2 et aux a, b, c, d et e du 3 de l'article 1er sont les suivants : / (…) /II. - En matière de modalités d'exercice des fonctions / 1° Octroi des congés prévus aux articles L. 214-1, L. 215-1, L. 422-1, L. 621-1, aux titres III et IV du livre VI et aux articles L. 822-1, L. 822-6, L. 822-12, L. 822-21 du code général de la fonction publique, sauf dans les cas où l'avis du conseil médical supérieur est requis ; (…) ».

Par un arrêté n° 2024/08 du 1er février 2024, la rectrice de la région académique Pays de la Loire a donné délégation à M. Diaz, secrétaire général de la région académique Pays de la Loire, secrétaire général de l’académie de Nantes, à l’effet de signer, notamment, les décisions relatives à l’octroi des congés de longue maladie. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur des arrêtés contestés doit être écarté.

En deuxième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 822-6 du code général de la fonction publique : « Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de longue maladie, dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. ». Aux termes de l’article 2 de l’arrêté du 14 mars 1986 visé ci-dessus : « Les affections suivantes peuvent donner droit à un congé de longue maladie dans les conditions prévues aux articles 29 et 30 des décrets susvisés : - tuberculose ; / - maladies mentales ; /- affections cancéreuses ; / - poliomyélite antérieure aiguë / - déficit immunitaire grave et acquis ; »D’autre part, aux termes de l’article 34 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : « Lorsqu'un chef de service estime, au vu d'une attestation médicale ou sur le rapport des supérieurs hiérarchiques, que l'état de santé d'un fonctionnaire pourrait justifier qu'il lui soit fait application des dispositions de l'article L. 822-6 ou de l'article L. 822-12 du code général de la fonction publique, il saisit le conseil médical de cette question. Il informe de cette saisine le médecin du travail qui transmet un rapport au conseil médical ». Aux termes de l’article 7 du même décret : « I.- Les conseils médicaux en formation restreinte sont consultés pour avis sur : 1° L'octroi d'une première période de congé de longue maladie ou de congé de longue durée ; (…) ». Aux termes de l’article 12 du même décret : « Au moins dix jours ouvrés avant la date à laquelle son dossier sera examiné, le secrétariat du conseil médical informe le fonctionnaire concerné de cette date et de son droit à : 1° Consulter son dossier ; 2° Présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux ; 3° Etre accompagné ou représenté, s'il le souhaite, par une personne de son choix à toutes les étapes de la procédure. (…) ». Enfin, aux termes de l’article 14 du même décret : « Le médecin du travail attaché au service auquel appartient le fonctionnaire dont le dossier est soumis au conseil médical est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 34 et 47-7 du présent décret. »

Ces dispositions ne subordonnent pas la mise en congé de longue maladie à une demande du fonctionnaire et ne sauraient donc par elles-mêmes faire obstacle à ce qu’un fonctionnaire soit placé d’office dans la position dont il s’agit dès lors que sa maladie a été dûment constatée et qu’elle le met dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions.

En l’espèce, Mme A... ne peut utilement soutenir que l’avis du conseil médical du 10 septembre 2024 serait irrégulier en ce qu’il vise l’article 2 de l’arrêté du 14 mars 1986, qui est, contrairement à ce qu’elle soutient, applicable aux congés de longue maladie, et que le rapport médical sur lequel s’est fondé le conseil ne s’est pas prononcé sur sa mise en congé de longue maladie d’office, les textes n’imposant pas une telle obligation. Si Mme A... soutient également qu’elle n’a pas été reçue par un médecin expert avant la réunion du conseil médical, il est constant qu’elle a été examinée en décembre 2023 par le docteur B... et qu’elle a ensuite refusé de se rendre à plusieurs convocations médicales. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’un nouveau rapport médical aurait dû être établi en raison de l’évolution de son état de santé depuis décembre 2023, alors que les dispositions de l’article 10 du décret du 14 mars 1986 selon lesquelles le conseil médical peut recourir à l’expertise d’un médecin agrée n’imposent aucune obligation en la matière. Enfin, la circonstance que le rapport médical ne lui aurait pas été communiqué avant la séance du conseil est sans incidence sur la régularité de la procédure, les dispositions précitées prévoyant seulement que le rapport est transmis au conseil médical, ce qui a été fait le 13 mai 2024. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.

En troisième et dernier lieu, Mme A... fait valoir que les décisions attaquées sont entachées d’une manifeste erreur d’appréciation, dès lors que son état de santé lui permettait de travailler et qu’elle ne souffre d’aucune des pathologies mentionnées à l’article 2 de l’arrêté du 14 mars 1986. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport médical du Dr. B..., que Mme A... présentait une anxiété importante en lien avec son travail et qu’un accompagnement psychologique avait été préconisé dès décembre 2023. Par ailleurs, alors que cela ressort du compte rendu de l’entretien du 14 février 2024, Mme A... ne conteste pas avoir exprimé à plusieurs reprises sa volonté de mettre fin à ses jours en raison des difficultés rencontrées dans le cadre de son activité professionnelle. Dans ces conditions, et alors que le comité médical a, dans sa séance du 10 septembre 2024, émis un avis favorable à l’octroi d’un congé de longue durée d’office, au vu du dossier médical de la requérante, le certificat médical établi le 6 novembre 2024, soit postérieurement aux décisions attaquées, par un médecin généraliste agréé, qui se borne à indiquer « avis défavorable au renouvellement du congé long. L’agent est apte à reprendre à la date du 26 novembre 2024 », ne permet pas d’établir que l’intéressée était, à la date des décisions attaquées, apte à exercer ses fonctions. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A... et au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace.

Copie sera adressée à la rectrice de la région académique Pays de la Loire.


Délibéré après l’audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,
Mme Moreno, conseillère,
M. Lehembre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.




La rapporteure,




C. Moreno



Le président,




E. Berthon
La greffière,




S. Fournier

La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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