mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2417825 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - 96h - Eloignement |
| Avocat requérant | SCP SAIDJI & MOREAU |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 17 et 18 novembre 2024, sous le n°2417824, Mme D G A, représentée par M. E F en sa qualité d'administrateur ad hoc du conseil départemental de la Loire-Atlantique, représentés par Me Grolleau, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du ministre de l'intérieur du 15 novembre 2024, lui refusant l'admission sur le territoire national au titre de l'asile et décidant son réacheminement vers tout pays où elle sera légalement admissible ;
3°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer, sans délai, un visa de régularisation d'une durée de 8 jours, en application de l'article L. 342-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ne lui a pas été transmis ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, les pièces transmises n'ayant pas été examinées ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'examen du caractère infondé de la demande d'asile à la frontière ne pouvant relever de la notion de crédibilité qui relève de l'examen au fond de la demande pratiquée sur le territoire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, sa vulnérabilité n'ayant pas été prise en compte ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2024, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.
II. Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaires enregistrés les 17 et 18 novembre 2024, sous le n°2417825, Mme C H A, représentée par Me Grolleau, avocate, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du ministre de l'intérieur du 15 novembre 2024, lui refusant l'admission sur le territoire national au titre de l'asile et décidant son réacheminement vers tout pays où elle sera légalement admissible ;
3°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer, sans délai, un visa de régularisation d'une durée de 8 jours, en application de l'article L. 342-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis de l'OFPRA ne lui a pas été transmis ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, les pièces transmises n'ayant pas été examinées ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'examen du caractère infondé de la demande d'asile à la frontière ne pouvant relever de la notion de crédibilité qui relève de l'examen au fond de la demande pratiquée sur le territoire ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 531-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard des conditions matérielles dans lesquelles s'est déroulé l'entretien ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2024, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A, n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 novembre 2024 :
- le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée,
- les observations de Me Grolleau, représentant Mme C H A et Mme D G A représentée par M. F, présentes à l'audience et assistées d'un interprète, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
En l'absence du ministre de l'intérieur ou de son représentant, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de ces observations.
Considérant ce qui suit :
1. Mme H A, de nationalité guinéenne, née le 1er février 1958, est arrivée le 11 novembre 2024 à l'aéroport de Nantes, accompagnée de sa petite-fille mineure, D G A, née le 1er janvier 2008, en provenance de Dakar (Sénégal) par le vol TO8021 du 11 novembre 2024 de 23h40. N'ayant pas été admise à entrer sur le territoire français, au motif que son passeport était revêtu d'un faux visa, la police de l'air aux frontières, par une décision du 12 novembre 2024, les a maintenues, elle et sa petite fille, en zone d'attente pour une durée de quatre jours, décision renouvelée en suivant, en vue de leur réacheminement vers le pays d'embarquement. Par les présentes requêtes Mme D G A, représentée par M. F et Mme C H A demandent au tribunal d'annuler les décisions du 15 novembre 2024 par lesquelles le ministre de l'intérieur leur a refusé l'admission sur le territoire national au titre de l'asile et a fixé le pays de destination vers lequel elles seront réacheminées.
Sur la jonction des requêtes :
2. Les requêtes nos 2417824 et 2417825 présentent à juger des questions semblables qui ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. "
4. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme D G A et Mme C H A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande à entrer en France au titre de l'asile peut être placé en zone d'attente selon les modalités prévues au titre IV à l'exception de l'article L. 341-1, le temps strictement nécessaire pour vérifier : / () 3° Ou, si sa demande n'est pas manifestement infondée ".
6. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Il implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit, en principe, autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. En application des dispositions susmentionnées, c'est seulement dans le cas où sa demande d'asile est manifestement infondée que le ministre peut, après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, lui refuser l'accès au territoire. La demande peut être regardée comme telle lorsque les déclarations de l'étranger et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les menaces de persécutions alléguées au titre de la convention de Genève.
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de Mme D A lors de son entretien devant l'OFPRA et à l'audience, que contrairement à ce que retient le ministre de l'intérieur pour décider de rejeter sa demande d'entrée sur le territoire français, Mme A, qui est d'origine guinéenne, a expliqué être d'origine peule, de confession musulmane, avoir été élevée uniquement par son père dans une famille traditionnelle où la pratique du mariage forcé est systématique et avoir subi contre son gré une excision. En outre, elle précise de manière cohérente et crédible avoir fui à pied le jour du mariage jusqu'à Conakry où elle a été hébergée par un oncle maternel, qui a ensuite organisé avec sa grand-mère sa fuite vers Dakar, puis vers la France. Il ressort également de l'attestation confirmée par ses propos à l'audience produite par sa demi-sœur, de même père, qui vit légalement en Belgique et que cette dernière, également excisée, a également fui un mariage forcé. En outre, il ressort des déclarations de Mme C H A, grand-mère maternelle de D A, qui confirme la volonté du père de sa petite fille et d'un oncle paternel de la marier à un homme plus âgé en raison de son statut social. Dès lors que leurs déclarations ne sont ni incohérentes ni dépourvues de toute crédibilité, sa demande d'asile, eu égard à la documentation versée au dossier et librement accessibles relative à la condition des femmes d'origine peule et musulmane en Guinée, où la pratique de l'excision et du mariage forcé prévalent dans les familles conservatrices et peu éduquées, comme c'est le cas en l'espèce, ne peut être regardée comme manifestement infondée. Par suite, Mmes A sont fondées à soutenir que le ministre de l'intérieur a fait une inexacte application des dispositions du 3° de l'article L. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en leur refusant l'entrée en France au titre de l'asile.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que Mme D G A, représentée par M. F et Mme C H A sont fondées à demander l'annulation des décisions du ministre de l'intérieur du 15 novembre 2024 leur refusant l'entrée en France au titre de l'asile et décidant leur réacheminement vers tout pays dans lequel elles seront légalement admissibles.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 352-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Si le refus d'entrée au titre de l'asile et, le cas échéant, la décision de transfert sont annulés, il est immédiatement mis fin au maintien en zone d'attente de l'étranger, qui est autorisé à entrer en France muni d'un visa de régularisation de huit jours. Dans ce délai, l'autorité administrative compétente lui délivre, à sa demande, l'attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides () ".
10. En vertu des dispositions qui précèdent, il y a lieu de faire droit à la demande de Mmes A tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de leur délivrer l'attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire leur demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de huit jours.
Sur les frais liés au litige :
11. Ainsi qu'il a été dit au point 4, il y a lieu d'admettre provisoirement Mmes D G A et C H A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Grolleau, avocate de Mmes D G A et C H A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clientes à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Grolleau de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérantes par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée aux requérantes.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C H A et Mme D G A, représentée par M. E F, sont admises provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les décisions du ministre de l'intérieur du 15 novembre 2024 sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme C H A et Mme D G A l'attestation de demande d'asile leur permettant d'introduire une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de huit jours.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C H A et Mme D G A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Grolleau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Grolleau, avocate des requérantes, la somme de 1 000 euros en application des dispositions du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C H A et Mme D G A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme Mme C H A et Mme D G A.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C H A, à M. E F représentant Mme D G A, à Me Marion Grolleau et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
La magistrate désignée,
S. MOUNICLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos2417824,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026