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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2418112

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2418112

mardi 23 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2418112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantROULLEAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., ressortissant congolais, contestant l’arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 10 octobre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, estimant que l’intéressé, entré récemment en France et n’y justifiant pas de liens intenses et stables, pouvait poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d’origine. Il a également jugé que l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, invoqué pour une régularisation, ne confère pas un droit au séjour mais un pouvoir discrétionnaire à l’administration, ce qui ne fait pas obstacle à la mesure d’éloignement. La solution retenue est donc le rejet de la demande d’annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2024, M. C..., représenté par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d’enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il aurait dû bénéficier d’une régularisation sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.


Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.

M. A... a été admis à l’aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Douet, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.




Considérant ce qui suit :


M. C..., ressortissant de la République du Congo né le 10 mars 1960, est entré en France le 10 décembre 2021, sous couvert d’un visa de court séjour. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 15 septembre 2022 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 1er octobre 2024. Par un arrêté du 10 octobre 2024, le préfet de Maine-et-Loire a obligé M. A... à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.


En premier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».


Il ressort des pièces du dossier que M. A... est entré en France en décembre 2021, soit depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée. Il se prévaut notamment de sa relation avec une ressortissante française depuis le mois d’octobre 2022.

Toutefois, en l’état des pièces du dossier, aucun élément ne permet de justifier de l’existence d’une vie commune entre les intéressés, tandis que l’intéressé s’est déclaré, dans le cadre de sa demande d’asile, en concubinage avec quatre enfants dans son pays d’origine. En outre, si le requérant se prévaut également de la présence de sa sœur de nationalité française sur le territoire français et de sa participation hebdomadaire à des activités bénévoles, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’intéressé ait développé sur le territoire français des liens intenses, stables et anciens alors qu’il a vécu en République du Congo jusqu’à l’âge de 61 ans. Ainsi, M. A... ne peut soutenir que la décision porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts pour lesquels elle a été prise, sa vie privée et familiale pouvant se poursuivre dans son pays d’origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En deuxième lieu, lorsque la loi prescrit l’attribution de plein droit d’un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu’il puisse légalement faire l’objet d’une mesure d’obligation de quitter le territoire français. Tel n’est pas le cas de la mise en œuvre de l'article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lequel ne prescrit pas la délivrance d’un titre de plein droit mais laisse à l’administration un large pouvoir pour apprécier si l’admission au séjour d’un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l’intéressé se prévaut. Il en résulte que M. A... ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile à l’encontre d'une mesure d’obligation de quitter le territoire français alors qu’il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article.

En dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ». Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

Les faits dont M. A... fait état en vue d’établir qu’il encourt un risque personnel en cas de retour dans son pays d’origine du fait de son engagement politique ne sont pas attestés par des éléments suffisamment précis ni probants, l’intéressé se bornant au demeurant à se prévaloir de ses déclarations et des pièces déjà présentées devant l’office français de protection des réfugiés et des apatrides et la cour nationale du droit d’asile (CNDA) alors que sa demande d’asile a été définitivement rejetée le 1er octobre 2024 par la CNDA. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que le requête de M. A... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.


D É C I D E :


Article 1er :
La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. C..., au préfet de Maine-et-Loire et à Me Roulleau.



Délibéré après l’audience du 2 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,
Mme Malingue, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2025.

La présidente-rapporteure,

H. DOUET
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,

F. MALINGUE

Le greffier,

L. L
ÉCUYER


La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,


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