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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2418165

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2418165

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2418165
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2024, M. B E et Mme A D, représentés par Me Bazin, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 22 août 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tirana refusant de délivrer un visa de long séjour à M. B E ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur " de délivrer le visa sollicité " ou, à défaut, de procéder au réexamen de la demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1800 euros à verser à leur conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; à défaut, à leur profit.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite :

* la décision maintient les époux séparés ; il en est de même des deux enfants français, habitués à vivre avec leurs deux parents. Ces enfants souffrent particulièrement de cette séparation. Madame essaye d'aller en Albanie le plus souvent possible mais cela est coûteux et très compliqué du point de vue scolaire ;

* Madame ne parvient pas à s'en sortir financièrement et leur fille C a un comportement très perturbé depuis le départ de son père.

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision du 22 août 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tirana refusant de lui délivrer un visa de long séjour, M. E et son épouse, Mme D, font valoir que les membres de la famille sont contraints de vivre séparés, ce qui engendre notamment des conséquences sur l'état de santé psychologique de l'un de leurs enfants. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme D et ses enfants ont rendu visite et ont séjourné en Albanie avec l'intéressé du 3 juillet au 13 septembre 2024, de sorte que les intéressés ne peuvent être regardés comme étant empêchés de se rencontrer. Par ailleurs, s'il est versé à l'instance une attestation datée du 7 mai 2024 d'une psychologue, faisant valoir que la jeune C, née le 6 février 2021, manifeste des comportements inadaptés qu'elle ne connaissait pas lorsque son père était avec elle en France, ce document est antérieur à la visite de la famille en Albanie et révèle en tout état de cause, non un compte-rendu de consultation, mais un simple descriptif des symptômes observés par sa mère. Au regard de l'ensemble de ces éléments, alors que les difficultés financières alléguées ne sont nullement documentées, il n'est ainsi pas démontré que le refus de visa préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du couple pour caractériser une situation d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent une mesure de suspension par le juge des référés.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, en application de la procédure prévue aux dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B E et de Mme A D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B E, à Mme A D et à Me Bazin.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 25 novembre 2024.

Le juge des référés,

Laurent Bouchardon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

1

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