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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2419233

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2419233

mercredi 8 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2419233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantBENVENISTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2024, Mme B D et M. C E, en leur nom propre et au nom de leur enfant mineur A E, demandent au tribunal :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 26 novembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de rétablir rétroactivement leurs conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de leur situation et de rétablir, dans cette attente, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros HT, à titre principal, à verser à leur conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à titre subsidiaire, à verser aux requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen notamment au regard de l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 141-3 et L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de leur situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D et M. E ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Benoist pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 décembre 2024 à 10 heures :

- le rapport de Mme Benoist, magistrate désignée ;

- les observations de Me Benveniste , représentant Mme D et M. E, en leur présence et assistés de Mme F, interprète en langue arménienne : elle précise que l'entretien dont ont bénéficié les requérants est illégal dès lors qu'il n'était pas individualisé, qu'ils ont signé le compte-rendu en l'absence de la présence d'un interprète, qu'ils se trouvaient en situation de vulnérabilité en raison de la situation des demandeurs d'asile en Pologne et qu'ils ne peuvent être, de ce fait, considérés en fuite.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D et M. E, ressortissants arméniens, et leur enfant mineur A E, bénéficiaient des conditions matérielles d'accueil. La directrice territoriale de l'OFII ayant mis fin à ce bénéfice par une décision du 26 novembre 2024, Mme D et M. E demandent au tribunal, par la présente requête, d'annuler cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme D ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 décembre 2024, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce qu'elle soit provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / () ". Et l'article D. 551-18 du même code dispose : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 551-16, elle ne peut être prise que dans des cas exceptionnels. Cette décision prend effet à compter de sa signature. / () ".

4. Les requérants font valoir qu'ils n'ont pas bénéficié du délai de quinze jours prévu par les dispositions citées ci-dessus. Il ressort des pièces du dossier que la lettre informant les requérants de l'intention de leur retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil leur a été notifiée le 14 novembre 2024 contre signature et que la décision leur retirant le bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil est intervenue le 26 novembre 2024, soit avant l'expiration du délai de quinze jours, et antérieurement à l'envoi de leurs observations le 29 novembre 2024. Par suite, la circonstance que l'OFII a adopté la décision contestée le 26 novembre 2024, soit avant l'expiration du délai de quinze jours, a privé les intéressés de la garantie que constitue le caractère contradictoire de la procédure tel que prévu par les dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D et M. E sont fondés à demander l'annulation de la décision du 26 novembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII leur a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que l'OFII réexamine le droit de Mme D et M. E au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à l'OFII de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Benveniste renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Benveniste de la somme de 1000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce que Mme D et M. E soient admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision de la directrice territoriale de l'OFII du 26 novembre 2024 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de réexaminer le droit de Mme D et M. E aux conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'OFII versera à Me Benveniste la somme de 1 000 euros (mille euros) en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Benveniste renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et M. C E, à Me Benveniste et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2025.

La magistrate désignée,

L-L. BENOISTLa greffière,

G. PEIGNE

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

N°2419233

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