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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2420046

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2420046

mercredi 22 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2420046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 décembre 2024 et

9 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Seguin, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, en application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative et de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, la menace à l'ordre public n'étant pas démontrée;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception, la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour sur laquelle elle se fonde étant elle-même illégale ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2-3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'existence d'une menace à l'ordre public n'étant pas démontrée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant un délai de départ :

- elle est illégale par voie d'exception, les décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire sur lesquelles elle se fonde étant elles-mêmes illégales;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception, les décisions portant refus de titre, obligation de quitter le territoire sans délai étant elles-mêmes illégales.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant l'interdiction de retour du territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception, les décisions portant refus de titre, obligation de quitter le territoire sans délai étant elles-mêmes illégales ;

- elle méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 décembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 janvier 2025 :

- le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée,

- les observations de Me Seguin, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

En l'absence du préfet de Maine-et-Loire ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant mauritanien, né le 31 décembre 1993 est entré régulièrement en France le 23 juin 2006 lorsqu'il était mineur. Il s'est vu délivrer à sa majorité une carte de résident valable du 12 avril 2012 au 11 avril 2022. Par un arrêté du 26 septembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler sa carte de résident et lui a accordé un titre de séjour temporaire valable du 10 août 2022 au 9 août 2023. Le 19 octobre 2023, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale ", lequel a été refusé par un arrêté du 12 décembre 2024 du préfet de Maine-et-Loire, assorti d'une obligation de quitter le territoire sans délai et d'une interdiction de retour de six mois. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 12 décembre 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité, l'intensité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. En l'espèce, il est constant que M. A est entré régulièrement en France, en 2006 à l'âge de 13 ans, au titre du regroupement familial et s'est vu délivrer, à sa majorité, le 12 avril 2012, une carte de résident valable jusqu'au 11 avril 2022. Suite au non-renouvellement de sa carte de résident le 26 septembre 2022, il a ensuite obtenu une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 10 août 2022 au 9 août 2023. Or, s'il est constant que le requérant, présent en France depuis dix-huit ans, a fait l'objet depuis avril 2014 de douze condamnations à des peines d'emprisonnement portant sur une durée totale cumulée de cinq années, il ressort également de sa fiche pénale qu'il a été principalement condamné pour des infractions routières y compris pour des conduites sous l'empire d'un état alcoolique, à l'exception de trois condamnations pour violence en mai 2017, pour des violences sans incapacité par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en mai 2018 pour des violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique et en décembre 2021 pour récidive de violence aggravée par deux circonstances suivies d'incapacité supérieure à huit jours, ces condamnations n'ayant toutefois pas empêché la délivrance d'un titre vie privée et familiale en 2022. Il est également constant qu'il est actuellement en détention depuis le 29 mars 2024 à la maison d'arrêt d'Angers où il purge une peine, édictée par la cour d'appel d'Angers de dix mois d'emprisonnement pour des faits de récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et à une vitesse excessive au regard des circonstances. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait conservé des liens familiaux et personnels dans son pays d'origine, dès lors qu'il vit en France depuis l'âge de treize ans, que sa mère vit en France en situation régulière ainsi que sa sœur. En outre, s'il est constant qu'il est le père d'une enfant française âgée de huit ans, Thiane A avec laquelle il n'établit pas établir de liens, il ressort des pièces du dossier qu'il est également père d'une deuxième enfant française, Letty A, âgée de 4 ans, cette-dernière habitant chez lui depuis octobre 2023 et dont par jugement juge aux affaires familiales du 4 avril 2024, il a obtenu du la résidence habituelle à son domicile avec un droit de visite encadré de sa mère. La circonstance qu'il soit incarcéré depuis le 28 mars 2024, que sa fille est prise en charge par sa sœur et sa mère et qu'elle n'aurait pas visité son père en prison, l'historique des visites au parloir ne faisant état que de visites régulières de sa mère et sa compagne française, avec laquelle il se déclare en union libre depuis février 2023, n'ont pas pour effet de remettre en cause le jugement du juge aux affaires familiales ni les liens établis entre le requérant et sa fille. Dans ces conditions, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence en France du requérant constitue, à la date de l'arrêté en litige, une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, les derniers faits de violence datent de 2021 et alors que les liens familiaux et personnels de M. A sont établis en France, la décision portant refus de titre de séjour en porterait à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux motifs poursuivis de la décision. Par suite, en refusant de lui renouveler son titre de séjour vie privée et familiale, quand bien même la commission du titre de séjour a émis un avis défavorable, le préfet de Maine-et-Loire a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à solliciter l'annulation de la décision de refus de titre de séjour du 16 décembre 2024. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour doivent être également annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que le préfet de Maine-et-Loire délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de changement dans les circonstances de fait et de droit.

Sur les frais du litige :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

27 décembre 2024. Son conseil peut donc se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Seguin, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Seguin de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 décembre 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de changement dans les circonstances de fait et de droit.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Seguin en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Denis Seguin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2025.

La magistrate désignée,

S. MOUNICLa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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