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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2500215

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2500215

lundi 27 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2500215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBECHIEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2025, M. D E B, agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal de son fils mineur, C E B, représenté par Me Bechieau, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours exercé contre la décision du 17 septembre 2024 par laquelle l'ambassade de France à Kampala (Ouganda) a refusé de délivrer un visa de long séjour sollicité au titre de la réunification familiale à son fils mineur, C E B ;

2°) d'enjoindre au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut de procéder au réexamen de la demande de visa dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le jeune C E B est particulièrement vulnérable, étant isolé en Ouganda où il a fait une demande d'asile, depuis son départ de l'Erythrée, il y a un an, et où sa mère, qui ne subvient plus à ses besoins depuis son départ, est demeurée ; de plus, dès lors que son fils a fui irrégulièrement l'Ethiopie et alors qu'il va atteindre bientôt sa majorité, il craint qu'il ne soit expulsé vers son pays d'origine, où il sera exposé à un risque de condamnation pour avoir fui ses obligations militaires ; ils vivent séparés depuis seize ans, son fils n'a aucun représentant légal ni repère familier en Ouganda où il vit dans des conditions extrêmement précaires et n'est pas scolarisé ; l'absence de son père est une source de perturbation psychologique et matérielle ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle n'est pas motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation de son fils ;

* elle est entachée d'une erreur de fait et méconnait les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le lien de filiation et avec son père et son identité sont établis ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'aucune pièce n'est produite pour justifier du caractère précaire de la situation du fils du requérant en Ouganda.

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

* il n'est produit aucune pièce d'identité du demandeur de visa, le certificat de baptême ne peut en tenir lieu. En outre, il n'est produit aucune décision de justice portant sur une délégation d'autorité parentale mais seulement une déclaration de la mère de l'enfant ; les éléments de possession d'état ne permettent pas davantage d'établir la filiation du demandeur de visa ;

* elle ne méconnaît ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant au regard de la fragilité de l'état civil du demandeur de visa et du caractère lacunaire des éléments de possession d'état.

Par un mémoire en réplique, enregistrée le 21 janvier 2025, M. D E B, représenté par Me Bechieau, conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Il fait valoir que :

- S'agissant de l'urgence, son fils est mineur, il est séparé de son père depuis 2008, sa mère réside en Érythrée et il n'a aucune représentant légal ni repère familier en Ouganda.

- Sur le doute sérieux de la légalité de la décision attaquée :

* en l'absence de système national d'enregistrement des naissances en Érythrée, un certificat de baptême est reconnu par les autorités publiques comme une preuve légale de naissance ;

* étant titulaire du statut de réfugié, il n'a pas la possibilité de se rendre en Érythrée pour obtenir un jugement de délégation de l'autorité parentale ;

* il produit de nouveaux éléments de possession d'état pour attester de la filiation.

M. D E B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2025.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête par laquelle M. D E B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 janvier 2025 à 10 h 30 :

- le rapport de M. Rosier, juge des référés,

- les observations de Me Paya, substituant Me Bechieau, avocate du requérant en présence de ce dernier qui reprend ses écritures ;

- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E B, ressortissant érythréen née le 15 février 1982, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié, par une décision du 25 février 2016 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le 8 janvier 2024, son fils mineur, C E B né le 15 avril 2007, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale auprès de l'ambassade de France à Kampala (Ouganda), laquelle a été rejetée le 17 septembre 2024. Par la présente requête, M. E B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours exercé contre la décision du 17 septembre 2024 par laquelle l'ambassade de France à Kampala a refusé de délivrer un visa de long séjour sollicité en qualité de membre de famille d'un étranger, bénéficiaire de la qualité de réfugié, au jeune C E B.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En premier lieu, eu égard, d'une part, à la situation du jeune demandeur de visa, qui séjourne actuellement en Ouganda, sans représentant légal, d'autre part, au contexte sécuritaire lié au risque d'expulsion vers l'Erythrée, et, enfin à la durée de séparation de M. E B et son fils, alors que celui-ci n'a pas manqué de diligence dans la procédure de réunification familiale en cause après que son fils ait fui son pays vers l'Ouganda pour échapper à ses obligations militaires, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

4. En second lieu, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le jeune demandeur de visa vive en Ouganda éloigné de sa mère qui ne subvient plus à ses besoins depuis un an, laquelle a confié sa garde au réunifiant par une attestation légalisée par les autorités érythréennes, et alors que celui-ci est exposé à des risques graves pour sa sécurité compte tenu de la précarité de sa situation et du risque d'expulsion et de condamnation en Erythrée, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, est, en l'état de l'instruction et dans les circonstances de l'espèce, de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.

5. En conséquence, les deux conditions prévues par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant satisfaites, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Eu égard à l'office du juge des référés, il y a lieu d'enjoindre au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de la demande de visa du jeune C E B, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

7. M. E B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Régent d'une somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours exercé contre la décision du 17 septembre 2024 par laquelle l'ambassade de France à Kampala a refusé de délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale au jeune C E B, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de la demande de visa de long séjour du jeune C E B, dans un délai de huit jours à compter de la notification de cette ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bechieau, avocate de M. E B, la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D E B, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Bechieau.

Fait à Nantes, le 27 janvier 2025.

Le juge des référés,

P. ROSIERLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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