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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2500676

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2500676

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2500676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPAMLAW - AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a été saisi d’une demande de suspension de l’exécution d’une décision de non-opposition à une déclaration préalable, révélée par un certificat du 26 mars 2024, autorisant la société Free mobile à installer trois antennes-relais et une zone technique sur un immeuble à Nantes. Les requérants, voisins immédiats et propriétaire du terrain d’assiette, invoquent notamment un doute sérieux sur la légalité de la décision en raison d’une méconnaissance des articles R. 431-36 et R. 431-10 du code de l’urbanisme (insuffisance du dossier), des règles d’implantation du PLUm, et du principe de précaution (article 5 de la Charte de l’environnement). La commune de Nantes et la société Free mobile contestent l’urgence et la légalité, arguant que le dossier est complet et que les antennes ne constituent pas des constructions au sens du PLUm. Le juge des référés a rejeté la requête, estimant qu’aucun des moyens soulevés n’était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées, et que la condition d’urgence n’était pas établie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 janvier 2025, Mme D C, M. B F, la SCI Meleagrine et Mme E A, représentés par Me Giroud, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de " la décision de non-opposition à la déclaration préalable n° DP 044 109 23 A2359 en date du 11 novembre 2023, révélée par un certificat de décision de non-opposition en date du 26 mars 2024, adoptée au bénéfice de la société Free mobile et ayant pour objet la création de 3 antennes, d'un garde-corps et d'une zone technique sur un immeuble sis 24, rue Condorcet, la décision du 26 mars 2024 retirant la décision d'opposition à la déclaration préalable en date du 8 novembre 2023, ensemble les décisions ayant rejeté les recours gracieux " ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nantes la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir : la SCI Meleagrine est propriétaire du terrain d'assiette du projet, Mme C, M. F et Mme A en sont voisins immédiats ; tous justifient de l'atteinte aux conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur bien, alors que le projet sera situé à moins de dix mètres de leurs habitations respectives et la zone technique adossée à la façade de l'une d'elles, qu'ils seront exposés aux ondes électromagnétiques, et leur vue sera troublée par la construction de fausses cheminées de 3,20 mètres ; la valeur de leur bien est impactée compte tenu du refus de nombreuses personnes de vivre à proximité immédiate d'antennes-relais ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est présumée : en outre, Mme C est affectée d'extrasystoles ventriculaires handicapantes qui s'aggravent et pour lesquelles elle a consulté de nombreux professionnels, qui tiennent pour établi le lien avec l'exposition continue aux émissions magnétiques, de sorte que la construction de nouvelles antennes à proximité immédiate de son logement aggravera son état de santé ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

* elles sont entachées d'un vice de procédure ;

* elles ont été signées par une autorité incompétente ;

* elles méconnaissent les dispositions des articles R. 431-36 et R. 431-10 du code de l'urbanisme : le dossier de déclaration préalable ne comprend pas les éléments de représentation nécessaires permettant d'apprécier les modifications apportées, non plus qu'un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du bâtiment modifié par rapport aux constructions voisines et aux paysages ;

* elles méconnaissent les dispositions de l'article B.2.1 des dispositions générales du Plan local d'urbanisme métropolitain (PLUm) : les antennes doivent être entourées d'une enveloppe de fausses pierres qui ne sont pas esthétiques, visibles depuis l'espace public ;

* elles méconnaissent les dispositions de l'article B.1.1.2 du règlement de zone UM du PLUm : les antennes ne s'implantent pas sur au moins l'une des deux limites séparatives latérales et le retrait minimal de trois mètres de ces limites n'est pas respecté ;

* elles méconnaissent les dispositions de l'article 5 de la Charte de l'environnement et celles de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : les champs radioélectriques porteront atteinte à la santé humaine ;

* elles méconnaissent les dispositions de l'article 5 du décret n°2002-775 du 3 mai 2002 et celles de l'article L. 6111-1 du code de la santé publique : plusieurs établissements concernés sont situés dans un rayon de cent mètres du projet ;

* elles méconnaissent les dispositions de l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques : la solution de la mutualisation des antennes-relais n'a pas été privilégiée, alors que deux antennes sont déjà présentes dans le même secteur géographique ; la SAS Free mobile n'a pas démontré l'impossibilité de procéder à cette mutualisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2025, la commune de Nantes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que les requérants n'exposent pas de moyen au titre de l'urgence et que le projet est justifié par l'intérêt public ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

* le dossier de déclaration préalable contient les documents graphiques permettant d'apprécier l'insertion visuelle du projet depuis la rue ;

* il est de jurisprudence constante que l'insertion visuelle du projet ne peut faire obstacle à l'exécution des travaux que lorsque les lieux avoisinants présentent un intérêt particulier, ce qui n'est pas le cas en l'espèce compte tenu de l'hétérogénéité des caractéristiques du bâti environnant ;

* les dispositions relatives à l'implantation de la construction par rapport aux limites séparatives latérales ne sont pas applicables, compte tenu du fait que les antennes-relais ne constituent pas des constructions au sens du PLUm ;

* le moyen tiré de la méconnaissance du principe de précaution n'est pas étayé au moyen d'éléments scientifiques ;

* la résidence Le Condorcet est une maison de retraite réservée aux séjours de très courte durée et ne constitue pas un établissement particulier au sens du décret n°2002-775 du 3 mai 2002, et la résidence Sainte Famille G se situe à plus de cent mètres du projet ;

* les obligations prévues par le code des postes et des communications ne figurent pas au nombre de celles pouvant donner lieu à opposition à déclaration préalable de travaux et le projet répond au demeurant aux exigences posées par cet article.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2025, la société Free mobile, représentée par Me Martin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, faute pour les requérants de démontrer leur intérêt à agir. La simple visibilité sur l'installation projetée ne préjudicie pas aux conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance des biens des requérants. Sur le prétendu risque dont découlerait l'exposition aux ondes émises par les stations relais de téléphonie mobile, la jurisprudence est absolument constante à considérer que les ondes émises par les stations ne justifient même pas qu'il soit fait application du principe de précaution ;

- à défaut, sur l'urgence : l'implantation d'une station relais, en tant que telle, ne présente aucun caractère difficilement réversible

- sur l'absence de moyens propres à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées :

* le projet n'emporte pas sur son milieu environnant une atteinte telle qu'il aurait dû justifier une opposition au visa de dispositions relatives à l'intégration paysagère applicables. Le milieu environnant ne présente pas de caractéristiques susceptibles de lui conférer un intérêt pouvant le rendre incompatible avec l'implantation d'une station relais du type de celle qui est ici en cause, ce d'autant plus qu'elle a pris soin de camoufler ses antennes dans de fausses cheminées ;

* il n'existe aucun risque sanitaire lié à l'exposition aux ondes émises par les stations relais de radiotéléphonie mobile. La jurisprudence est constante à considérer, qu'en l'état des connaissance scientifiques, les ondes en provenance des stations relais ne s'accompagnent d'aucun risque établi pour la santé des populations riveraines ;

* l'EPHAD " Le repos de Procé " est situé à plus de 100 mètres du lieu d'implantation du projet. " Le Condorcet " n'est pas un " établissement sensible " puisqu'il s'agit d'une maison de retraite pour des séjours à courtes durées. La Résidence Sainte Famille G est quant à elle située à plus de 150 mètres du projet litigieux ;

* l'article D. 98-6-1 du CPCE ne fait peser aucune obligation de partage des lieux d'implantation et/ou des infrastructures sur les opérateurs de téléphonie mobile.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête en annulation des décisions attaquées.

Vu :

- la Charte de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la santé publique ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 janvier 2025 à 9h30 :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- les observations de Me Giroud, avocat des requérants, en présence de Mme C,

- les observations du représentant de la commune de Nantes ;

- et celles de Me Candelier, avocate de la société Free mobile.

La clôture de l'instruction a été reportée au 3 février 2025 à 12h00.

Des pièces complémentaires, présentées pour les requérants, ont été enregistrées le 31 janvier 2025 à 12h11. Elles ont été communiquées.

Un mémoire, présenté pour les requérants, a été enregistré le 3 février 2025 à 11h33. Il a été communiqué.

Les requérants font valoir que :

- leur intérêt à agir est parfaitement établi et justifié, dès lors que les antennes seront visibles naturellement depuis leur balcon ;

- la consultation des cartes sur le site internet de Free mobile révèle que le 24, rue Condorcet à Nantes, comme l'ensemble du secteur environnant, sont d'ores-et-déjà bien couverts par les réseaux 3G, 4G/4G+ et 5G à la date du 1er septembre 2024 ;

- le principe de précaution établi à l'article 5 de la charte de l'environnement tend, précisément, à s'appliquer " lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement ", cet article étant opposable aux autorisations et décisions relatives aux antennes-relais. Le caractère effectif de cet article s'appuie donc sur le caractère incertain, en l'état, des connaissances scientifiques, de sorte qu'il est vain d'indiquer que le risque ne serait pas établi par les connaissances scientifiques à l'heure actuelle, pour en réfuter l'application ;

- c'est à tort que la société soutient en défense que les établissements Le Condorcet et la Résidence Sainte Famille G seraient respectivement situés à plus de 100 mètres et à 150 mètres du projet d'installation d'antenne-relais contesté. Enfin, ces deux établissements sont bien des établissements de soins relevant du décret n° 2002-775 du 03 mai 2002.

L'instruction a été rouverte pour être à nouveau close le 4 février 2025 à 12h00.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, M. B F, la SCI Meleagrine et Mme E A demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de non-opposition à la déclaration préalable n° DP 044 109 23 A2359 en date du 11 novembre 2023, révélée par un certificat de décision de non-opposition en date du 26 mars 2024, adoptée au bénéfice de la société Free mobile et ayant pour objet la création de 3 antennes, d'un garde-corps et d'une zone technique sur un immeuble situé 24, rue Condorcet, ainsi que celle de la décision du 26 mars 2024 retirant la décision d'opposition à la déclaration préalable en date du 8 novembre 2023 et des décisions portant rejet de leurs recours gracieux.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens invoqués dans la requête, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige. Il y a lieu, en conséquence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité et sur la condition d'urgence, de rejeter les conclusions de la requête présentées au titre des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Nantes, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des requérants le versement à la société Free Mobile d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D C, de M. B F, de la SCI MELEAGRINE et de Mme E A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Free mobile au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, à M. B F, à la SCI Meleagrine, à Mme E A, à la commune de Nantes et à la société Free mobile.

Fait à Nantes, le 6 février 2025.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDON

La greffière,

J. DIONISLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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