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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2500862

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2500862

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2500862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2025, la société par actions simplifiée (SAS) Free mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel le maire de la commune de La Plaine-sur-Mer (Loire-Atlantique) s'est opposé à la déclaration préalable de travaux DP 44126 004 05 en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie mobile sur la parcelle cadastrée 126 BR 64 située 13 la Basse Musse ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de La Plaine-sur-Mer, à titre principal, de lui délivrer une décision de non-opposition, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa déclaration préalable en prenant une décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Plaine-sur-Mer la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et des engagements qu'elle a pris vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par ses réseaux de téléphonie 4G et THD, lesquels ne sont pas encore satisfaits ; la station relais concernée par cette décision est nécessaire au déploiement du réseau puisque la partie de territoire sur laquelle elle doit être implantée n'est pas couverte ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* il n'est pas établi qu'elle ait été prise par une autorité compétente ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : le projet répond aux conditions posées par cet article, dès lors que son terrain d'assiette est situé en zone UE, au sein d'une parcelle déjà urbanisée ; le projet s'inscrit en continuité de cette zone urbanisée, comme en attestent les photographies satellites, et la simple présence d'une voie au nord de la passerelle est sans incidence sur cette continuité, conformément à la jurisprudence applicable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2025, la commune de La Plaine-sur-Mer, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Free Mobile, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait ;

- Le projet méconnait l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors qu'il doit être tenu compte du SCOT du Pays de Retz qui couvre le territoire de la commune de la Plaine-sur-Mer pour apprécier si ce terrain se situe ou non en continuité avec un village ou une agglomération existante ; or, le terrain d'assiette de ce projet ne se situe pas en continuité avec une agglomération ou un village existant, il est éloigné de l'agglomération de la Plaine-sur-Mer d'environ 300 mètres et du clocher de son église d'environ 700 mètres et séparé par des voies qui déterminent des compartiments de terrains différents et le SCOT interdit toute extension de l'urbanisation à partir des hameaux.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 4 février 2025, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Elle fait valoir :

- La commune ne conteste pas que la condition d'urgence est remplie ;

- Sur le doute sérieux, l'extrait de carte produit par la commune permet de voir que le projet n'est pas inclus dans l'une des coupures d'urbanisation identifiées et se situe donc en continuité de l'urbanisation existante au sens des dispositions de l'article L. 121-8 du Code de l'urbanisme et alors que le terrain d'assiette est situé en zone UE et qu'il ressort de l'OAP " Est Bourg " que les parcelles à proximité du terrain d'assiette ont vocation à accueillir des maisons d'habitation.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 16 décembre 2024 sous le numéro 2419724 par laquelle Free mobile demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 février 2025 à 10h :

- le rapport de M. Rosier, juge des référés,

- les observations de Me Candelier, substituant Me Martin, avocat de la société Free Mobile, qui reprend ses écritures à l'audience ;

- et les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, avocat de la commune de La Plaine-sur-mer, qui reprend ses écritures à l'audience et fait valoir qu'un nouvel arrêté, qu'elle communiquera après l'audience, a été pris pour le secteur Est qui est inclut dans une ZAC.

Une pièce complémentaire produite par la commune de la Plaine-sur-Mer a été enregistrée le 4 février 2025 à 12h14 et a été communiquée.

La clôture de l'instruction a été reportée le 4 février 2025 à 16 heures.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé auprès de la commune de La Plaine-sur-Mer une déclaration préalable de travaux aux fins d'installer une station relais de téléphonie mobile sur la parcelle cadastrée 126 BR 64 située 13 la Basse Musse. Par la présente requête, la société Free Mobile demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 18 octobre 2024 par laquelle le maire s'est opposé à la déclaration préalable.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs ". Aux termes de l'article 42 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 : " / () / III. - Jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'État, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites, dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de la présente loi, mais non identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme en l'absence de modification ou de révision de ces documents initiée postérieurement à la publication de la présente loi ". Aux termes par ailleurs de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage () est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. Toutefois, ces critères ne sont pas applicables lorsque l'urbanisation est conforme aux dispositions d'un schéma de cohérence territoriale ou d'un schéma d'aménagement régional ou compatible avec celles d'un schéma de mise en valeur de la mer. En l'absence de ces documents, l'urbanisation peut être réalisée avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'État après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites appréciant l'impact de l'urbanisation sur la nature. Le plan local d'urbanisme respecte les dispositions de cet accord. / () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu ne permettre l'extension de l'urbanisation dans les communes littorales qu'en continuité avec les agglomérations et villages existants et a limitativement énuméré les constructions, travaux, installations ou ouvrages pouvant néanmoins y être implantés sans respecter cette règle de continuité. L'implantation d'une infrastructure de téléphonie mobile comprenant une antenne-relais et ses systèmes d'accroche ainsi que, le cas échéant, les locaux ou installations techniques nécessaires à son fonctionnement n'est pas mentionnée au nombre de ces constructions. Par suite, elle doit être regardée comme constituant une extension de l'urbanisation soumise au principe de continuité avec les agglomérations et villages existants au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Il en va de même dans la rédaction qu'a donnée la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique au premier alinéa de cet article, qui dispose depuis lors que : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. ".

5. L'exigence de continuité avec les agglomérations et villages existants ou les espaces déjà urbanisés est directement applicable à toutes les autorisations d'occupation ou d'utilisation du sol, sans qu'ait d'incidence la circonstance éventuelle que le plan local d'urbanisme, en compatibilité avec les orientations des schémas de cohérence territoriale et des schémas de secteur ou, en l'absence de ces schémas, avec les dispositions particulières au littoral du code de l'urbanisme, le cas échéant précisées par une directive territoriale d'aménagement ou par un document en tenant lieu, aurait ouvert à l'urbanisation la zone dans laquelle se situe le terrain d'assiette.

6. Il résulte de l'instruction que le site d'implantation de la station d'antenne relais sous la conduite de la SAS Free Mobile se situe à environ 300 mètres de l'agglomération de la Plaine-sur-Mer et à environ 700 mètres du clocher de son église. Si la société requérante justifie de la présence aux alentours de groupes d'habitations privatives et d'équipements d'infrastructures situés sur une zone d'aménagement concerté, il ressort des pièces, notamment des cartes fournies par cette société, que le groupe d'habitations le plus proche du site en litige situé à 80 mètres, dont elle se prévaut, n'est constitué que d'un peu moins de huit habitations et que les autres constructions sont constituées de bâtiments industriels. Ainsi, et alors même que le terrain d'assiette se situe en zone UE, le secteur environnant le terrain en litige se caractérise par la présence de vastes espaces naturels ou agricoles ne comportant que très peu d'immeubles bâtis. Eu égard au faible nombre de constructions situées à proximité et à leur implantation diffuse, ce secteur ne constitue pas un ensemble urbanisé cohérent pouvant être qualifié de village au sens des dispositions précitées. Ainsi, le projet litigieux constitue une extension de l'urbanisation ne s'inscrivant pas en continuité d'une agglomération ou d'un village existant au sens des dispositions précitées. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et de l'erreur d'appréciation quant à l'implantation du projet en continuité de l'urbanisation existante commise par le maire de La Plaine-sur-Mer doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du respect par le projet litigieux de l'exigence posée par l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme au regard de la localisation du terrain d'assiette du projet n'est pas propre à créer un doute sérieux sur la légalité du refus opposé à la demande de permis de construire de la société Free Mobile.

8. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A B, 2ème adjoint au maire, disposait d'une délégation de signature régulièrement affichée l'autorisant à signer les décisions d'autorisations d'occupation des sols en général et celles se rapportant aux déclarations préalables en particulier.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition tenant à l'urgence, qu'il y a lieu de rejeter la requête de la société Free Mobile.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de la Plaine-sur-Mer, qui n'est pas la partie perdante, verse à la SAS Free Mobile la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la SAS Free mobile une somme de 1 000 euros à verser à la commune de la Plaine-sur-Mer au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de SAS Free Mobile est rejetée.

Article 2 : La société Free Mobile versera à la commune de la Plaine-sur-Mer la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Free Mobile et à la commune de La Plaine-sur-Mer.

Fait à Nantes, le 13 février 2025.

Le juge des référés,

P. ROSIER

La greffière,

M-C. MINARDLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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