jeudi 19 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2501169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SMATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 14 juin 2024 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays d'origine comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ; le préfet n'a pas examiné la possibilité de lui délivrer un titre de séjour " salarié " alors qu'il avait demandé la délivrance, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié " et alors qu'il faisait état d'une promesse d'embauche dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée en qualité de peintre ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
S'agissant de la décision de refus de départ volontaire à trente jours :
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
S'agissant de la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'ensemble des attaches privées et familiales dont il dispose en France justifiaient qu'il ne soit pas prononcé d'interdiction de retour sur le territoire français à son encontre ; tant que le principe que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français sont disproportionnés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Des pièces produites par M. B, produites le 3 mai 2025, n'ont pas été communiquées.
Par une ordonnance du 16 avril 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 mai 2025.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 mai 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 17 août 1979, déclare être entré régulièrement en France le 11 mars 2002, sous couvert d'un visa d'une durée de quinze jours. Le 25 mai 2005, il a été condamné par le tribunal de grande instance de Paris à une peine complémentaire d'interdiction du territoire français pendant trois ans pour des faits d'agression sexuelle et d'entrée ou de séjour irrégulier en France. Il a, par la suite, demandé son admission exceptionnelle au séjour et s'est vu opposer un refus assorti d'une obligation de quitter le territoire par un arrêté du 5 mai 2015. Il s'est vu opposer un nouveau refus de titre assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour de douze mois le 8 janvier 2020. Son recours contre ces dernières décisions a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 11 mars 2021. M. B a enfin sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 14 juin 2024 portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant vingt-quatre mois à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement. M. B demande au tribunal d'annuler les décisions du 14 juin 2024.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Toutefois, le préfet n'est pas tenu de mentionner dans les motifs de sa décision l'ensemble des éléments dont se prévaut le demandeur mais seulement ceux qu'il a pris en compte pour fonder sa décision.
3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire a visé les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la décision fait application, ainsi que les articles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision est également fondée sur des éléments de faits actualisés issus de l'analyse de la situation personnelle de M. B et non pas sur des observations générales et stéréotypées comme le soutient le requérant. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus d'admission au séjour du 14 juin 2024 comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fonde et est ainsi suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 14 juin 2024 ni des autres pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas examiné la situation personnelle de M. B avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. En particulier, il ressort clairement de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet a pris en compte l'existence de la promesse d'embauche produite par l'intéressé puisqu'il a relevé qu'il ne justifiait pas des qualifications professionnelles correspondantes à la promesse d'embauche en qualité de peintre. Il suit de là que contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de Maine-et-Loire a examiné la possibilité de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié ", sur le fondement des dispositions, au demeurant non applicable, de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
6. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien modifié du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article 11 de la même convention : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. Chaque État délivre notamment aux ressortissants de l'autre État tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ".
7. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Toutefois, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance d'un titre de séjour justifiée par une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 précité à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, au sens de l'article 11 de cet accord. Si dans de telles circonstances le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour mention " salarié " sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il lui est néanmoins toujours possible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Dans cette dernière hypothèse, le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Alors qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, le préfet de Maine-et-Loire n'était pas tenu d'analyser la possibilité de délivrer un titre de séjour mention " salarié " sur le fondement de ces dispositions, il a décidé, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, d'apprécier l'opportunité d'une régularisation.
9. Il ressort des pièces du dossier que si le requérant justifie d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée sur un emploi de peintre, il n'établit ni même n'allègue qu'il disposerait de diplômes ou de qualifications en lien avec cet emploi. En outre, la seule circonstance que le requérant fasse état d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée n'est pas susceptible de caractériser l'existence d'un motif de nature à entrainer sa régularisation. Enfin, le requérant ne fait pas état de considérations humanitaires susceptibles d'entrainer son admission exceptionnelle au séjour, la seule durée de son séjour sur le territoire français, non établi dans la continuité, n'étant pas susceptible de caractériser une telle considération humanitaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
11. Si M. B soutient qu'il réside en France depuis l'année 2002, il n'établit pas la continuité de son séjour en France depuis cette date, alors que le préfet de Maine-et-Loire a relevé, en 2020 et dans ses écritures en défense dans le cadre du présent contentieux, qu'il ne justifiait pas de sa présence continue et régulière sur le territoire français depuis sa date d'entrée. Il soutient également être hébergé et pris en charge financièrement par sa sœur et son beau-frère et produit une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée. Cependant, il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français non exécutées en 2015 et en 2020. Il a, de plus, été condamné en 2005 à une interdiction du territoire national pendant trois ans pour des faits d'agression sexuelle, interdiction qui n'aurait pas été exécutée. En outre, il n'a jamais été titulaire d'un titre de séjour l'autorisant à séjourner en France. Par ailleurs, il est célibataire, sans enfant et il ne démontre pas avoir noué des relations d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire national. Enfin, il ne justifie d'aucune insertion professionnelle. Il n'est pas dépourvu de toute attache privée ou familiale en Tunisie où il a vécu la majeure partie de sa vie et a des membres de sa fratrie. Il suit de là qu'en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11 du jugement, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. B.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ". L'article L. 611-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
14. La décision obligeant M. B à quitter le territoire français, qui a été prise en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 dudit code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus de séjour, lequel, ainsi qu'il a été dit au point 3 du jugement, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit, par suite, être écarté.
15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 12 du jugement que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français du 14 juin 2024 serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.
16. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11 du jugement.
Sur la décision fixant le pays de destination :
17. Il résulte de ce qui a été dit aux points 13 à 16 du jugement que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision du 14 juin 2024 fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Il résulte des dispositions précitées que lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation des délais de départ volontaire fixés par les décisions portant obligation de quitter le territoire doit être écarté. L'article L. 613-1 du même code dispose que : " Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Par ailleurs, l'article L. 612-2 du même code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".
19. La décision attaquée refuse d'accorder à M. B un délai de départ volontaire. Dès lors, cette décision doit faire l'objet d'une motivation spécifique. En l'espèce, il est précisé dans l'arrêté en litige, qui mentionne les dispositions de droit applicables, que l'absence d'exécution des décisions d'éloignement précédemment adoptées à l'encontre de l'intéressé caractérisait le risque de refus d'exécution de l'obligation de quitter le territoire prononcé concomitamment. Par suite, la décision refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire est suffisamment motivée et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
20. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 13 à 16 du jugement que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision du 14 juin 2024 refusant de lui accorder un délai de départ volontaire serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de vingt-quatre mois :
21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 13 à 16 du jugement que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision du 14 juin 2024 prononçant à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.
22. En deuxième lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
23. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois vise les textes dont le préfet de Maine-et-Loire a fait application, notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables au requérant et précise les éléments qui ont conduit le préfet de Maine-et-Loire à prendre cette mesure. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent son fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.
24. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
25. Ainsi qu'il a été dit aux points précédents du présent jugement, le requérant a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire auxquelles il s'est soustrait et il s'est maintenu de manière irrégulière en France pendant plusieurs années. En outre, M. B n'établit pas l'intensité de ses liens avec la France ni même, ainsi qu'il a été dit, la continuité de son séjour en France. Dans ces conditions le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté. En outre, le requérant ne justifie d'aucun motif humanitaire qui feraient obstacle au prononcé de l'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite les moyens tirés de la violation des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
26. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B au préfet de Maine-et-Loire et à Me Smati.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2025.
La présidente-rapporteure,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
R. HANNOYER
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
AE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026