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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2504185

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2504185

mardi 22 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2504185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantSIMEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 6, 10 et 24 mars 2025, M. A, représenté par Me Simen, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2025 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, conformément aux articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique, à charge pour lui de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente pour ce faire;

- son droit à être entendu tel que garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant un délai de départ :

- elle est illégale car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire elle-même illégale.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire elle-même illégale.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2025, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mars 2025.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 mars 2025 :

- le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée,

- les observations de Me Simen, représentant M. A, présent à l'audience et assisté d'un interprète, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

En l'absence du préfet de la Sarthe ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant marocain, né le 22 février 2005, est entré irrégulièrement en France selon ses déclarations en décembre 2021 et s'est maintenu depuis lors sans autorisation de séjour. Par un arrêté du 16 mai 2023, le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai assorti d'une interdiction de retour de deux ans qu'il n'a pas exécutée. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 février 2025 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mars 2025. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :

3. En premier lieu, le préfet de la Sarthe a, par un arrêté du 31 décembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, donné délégation à Mme B F, cheffe du bureau de l'asile, de l'éloignement et du contentieux de la préfecture de la Sarthe, signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire avec ou sans délai, fixant le pays de renvoi et interdiction de retour, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D C, directrice de la citoyenneté et de la légalité. Il n'est pas établi ni même soutenu que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique, toutefois, pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement qu'informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

5. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et il n'est d'ailleurs pas allégué, que le requérant aurait vainement sollicité un entretien auprès des services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter spontanément des observations avant que ne soit prit, le 27 février 2025, l'arrêté contesté, ni qu'il disposait d'éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prises, à son encontre, les décisions litigieuses et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette mesure. En outre, il ressort des pièces du dossier, que le requérant a été auditionné dans le cadre de sa garde à vue suite à son interpellation par les services de police du Mans le 27 février 2025 et qu'il a été interrogé sur sa situation personnelle et familiale, son parcours migratoire, sa situation professionnelle ainsi que sa situation administrative au regard du droit au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu, conformément au principe général du droit de l'Union européenne énoncé notamment à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision attaquée énonce, avec une précision suffisante, les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui la fondent, en particulier les articles L. 611-1 1° et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne en outre les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A en indiquant qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire depuis 2021, qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire sans délai qu'il n'a pas exécutée et qu'il a été condamné par le jugement du 16 juin 2023 du tribunal correctionnel du Mans à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits d'usurpation d'identité, de vol à la roulotte, de dégradations de véhicule et tentative de vol, qu'il est célibataire et sans enfant et ne justifie pas de liens intenses et stables en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas de cette motivation ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Sarthe n'aurait pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit, il n'assortit ce moyen d'aucun commencement de preuve permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Si le requérant se prévaut de sa présence en France depuis trois ans, il ressort des pièces du dossier qu'il se maintient depuis 2021 en situation irrégulière malgré une précédente obligation de quitter le territoire qu'il n'a pas exécuté et qu'il n'a entrepris aucune démarche de régularisation. S'il fait état de nombreux liens privés sur le territoire français, il n'assortit cette allégation d'aucun commencement de preuve alors qu'il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition du 27 février 2025 que ses parents et sa fratrie résident au Maroc où il a vécu jusqu'à l'âge de seize ans. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné par le jugement du 16 juin 2023 du tribunal correctionnel du Mans à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits d'usurpation d'identité, de vol à la roulotte, de dégradations de véhicule et tentative de vol puis à une peine de deux mois le 28 février 2025 pour non-respect de son obligation d'assignation à résidence. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision en litige ne porte pas, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit par suite être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant un délai de départ :

11. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas été démontrée. Aussi, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

12. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas été démontrée. Aussi, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. "

14. La circonstance que le requérant ait noué des liens privés, qu'au demeurant il n'établit pas, durant ses trois années de présence irrégulière ne saurait être constitutive de circonstances humanitaires justifiant que l'interdiction de retour ne soit pas prononcée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au préfet de la Sarthe et à Me Martial Simen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2025.

La magistrate désignée,

S. MOUNICLa greffière,

MC. MINARD

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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