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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2504843

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2504843

mercredi 28 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2504843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantGILBERT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, qui contestait un arrêté préfectoral du 10 février 2025 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la signataire bénéficiant d'une délégation régulière. Il a également jugé que le refus de titre de séjour ne méconnaissait ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Par conséquent, la décision d'éloignement n'était pas illégale par voie d'exception et les conclusions à fin d'annulation ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2025, M. B A, représenté par Me Gilbert, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2025 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser au requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception, la décision portant refus de séjour étant elle-même illégale ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23, étant éligible à un titre de plein droit ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire, enregistrés les 25 avril et 2 mai 2025, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête de M. A n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée, a été entendu à l'audience publique du 16 mai 2025.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien, né le 18 juillet 1989 est entré irrégulièrement sur le territoire français en août 2021. Le 27 décembre 2024, il a sollicité un titre de séjour conjoint de français. Par un arrêté du 10 février 2025, le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du 27 mars 2025, le préfet de la Vendée l'a assigné à résidence sur la commune de Champ-Saint-Père. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 février 2025.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme Nadia Seghier, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée. Par un arrêté du 27 janvier 2025, régulièrement publié le 30 janvier 2025 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vendée, le préfet de la Vendée a donné délégation à la signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer " tous arrêtés () relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vendée, à l'exception des arrêtés de conflit ", notamment les décisions relatives au droit au séjour et à l'éloignement des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision portant refus de titre de séjour manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas allégué, que M. A aurait saisi le préfet d'une demande sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant ne peut, dès lors, utilement soutenir que le préfet de la Vendée, qui n'était pas alors tenu d'examiner d'office la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

5. D'autre part, si M. A soutient être présent en France depuis août 2021, il ne produit aucune pièce justifiant sa présence sur le territoire français antérieurement à 2024. S'il n'est pas contesté qu'il est marié avec une ressortissante française et que la vie commune n'a pas cessé depuis le mariage le 2 décembre 2024, celui-ci est récent. Alors qu'il se borne à produire une attestation de concubinage établie le 26 décembre 2024 attestant d'une vie commune depuis le 1er février 2024, une facture d'électricité de septembre 2024 établie aux deux noms ainsi qu'une ordonnance prescrivant de l'acide folique à sa femme, révélant un projet de grossesse, il ne démontre pas l'ancienneté de cette relation alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans en Tunisie. En outre, il ne justifie d'aucune présence régulière sur le territoire et ne fait état d'aucune activité professionnelle, ce qui ne témoigne pas d'une particulière intégration. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Vendée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de la Vendée aurait ainsi commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision d'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de séjour n'ayant pas été démontrée, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait illégale par voie d'exception.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs qu'évoqués au point 4 et 5, en prononçant une obligation de quitter le territoire à l'encontre de M. A, le préfet de la Vendée n'a pas entaché sa décision d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Vendée et à Me Caroline Gilbert.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2025.

La magistrate désignée,

S. MOUNICLa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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