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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2506101

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2506101

mercredi 16 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2506101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantKADDOURI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C, ressortissant tunisien, contestant l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 1er avril 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté suffisamment précis sur la situation personnelle et le parcours de l'intéressé. La solution retenue confirme la légalité de l'arrêté préfectoral, en application des articles 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2025, M. B C, représenté par Me Kaddouri, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler en toutes ses dispositions l'arrêté du 1er avril 2025 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut, de réexaminer sa situation administrative, dans un délai de deux mois, à compter de la notification de la décision à intervenir, et l'assortir d'une astreinte de deux cents euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation de séjour et de travail en attendant qu'il soit statué à nouveau sur sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, conformément aux articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi de 1991 sur l'aide juridique, à charge pour lui de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, en l'absence de décision lui accordant le bénéfice de l'aide juridictionnelle, condamner l'Etat verser la même somme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :

- il est signé par une autorité incompétente;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant un délai de départ :

- elle est illégale par voie d'exception.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant l'interdiction de retour du territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2025.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée, a été entendu à l'audience publique du 30 juin 2025.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant tunisien, né le 1er mars 1998, est entré en France, selon ses déclarations en 2020, irrégulièrement et s'est maintenu depuis sans solliciter de titre de séjour. Par un arrêté du 1er avril 2025, le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du 2 juin 2025, le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence dans le département de Maine-et-Loire pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er avril 2025.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :

2. En premier lieu, le préfet de Maine-et-Loire a, par un arrêté du 19 février 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°18 du même jour, donné délégation à M. A D, directeur de l'immigration, dont il n'est pas établi qu'il n'était pas absent ou empêché, à l'effet de signer les décisions d'éloignement des étrangers et notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire assorties ou non d'un délai de départ volontaire et d'une interdiction de retour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Il fait, en outre, état des éléments relatifs au parcours et à la situation personnelle du requérant et précise notamment, qu'il est entré en France selon ses déclarations, en 2020, de manière irrégulière et qu'il ne justifie d'aucune démarche de régularisation. Il précise, par ailleurs, que si le requérant ne constitue pas une menace à l'ordre public, il a été placé en garde à vue pour le motif de viol. Il indique, en outre, qu'il ne justifie pas d'attaches personnelles, anciennes, intenses et stables en France. Par ailleurs, l'arrêté attaqué justifie le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, par l'existence d'un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français, compte tenu notamment de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français. Enfin, l'arrêté mentionne que le refus d'un délai de départ volontaire et l'absence de circonstances humanitaires justifient le prononcé d'une interdiction de retour, dont la durée, fixée à un an, ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en l'absence notamment de liens personnels et familiaux suffisamment intenses et stables en France. L'arrêté litigieux comporte ainsi et avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui le fondent. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient insuffisamment motivées.

4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations , l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France, au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. En l'espèce, si M. C se prévaut de sa présence en France depuis cinq ans, il ressort des pièces du dossier qu'il se maintient en situation irrégulière et qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour. En outre, s'il soutient vivre en concubinage depuis un an avec une ressortissante française, sans avoir d'enfants, en se bornant à verser au dossier une attestation d'hébergement à son domicile depuis le 2 août 2024, il n'établit pas la réalité ni l'intensité de cette relation, qui n'est en tout état de cause pas évoquée dans ladite attestation. De plus, s'il fait état de la présence en France, en situation régulière de ses frères et sœur, il n'établit par aucune pièce du dossier la nature et les liens qu'il entretiendrait avec eux. Enfin en se bornant à soutenir qu'il maîtrise parfaitement la langue française, qu'il ne vit pas en état de polygamie, est inconnu des services de police et de gendarmerie et adhère aux valeurs de la République française, il n'établit pas avoir établi le centre de ses intérêts en France ni fait état d'une particulière intégration, alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans en Tunisie où il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales et qu'il déclare lors de son audition le 1er avril 2025 être sans ressource et ne pas travailler. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie personnelle et familiale tel que garanti par les stipulations précitées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Au regard de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, pour les même motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation au pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :

7. En l'absence d'illégalité de la mesure d'éloignement, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette dernière à l'encontre des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant l'interdiction de retour du territoire français :

8. Aux termes aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

9. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle indique que si le requérant réside en France depuis environ cinq ans, il se maintient en situation irrégulière sans avoir sollicité de titre de séjour, quand bien même il n'a pas fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire. En outre elle précise que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France ne sont pas établis et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie. Enfin la décision mentionne que bien que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, il a fait l'objet d'une garde à vue pour viol. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire, a tenu compte de l'ensemble des critères prévus par les dispositions susmentionnées et n'a pas insuffisamment motivé sa décision au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Hamid Kaddouri.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2025 .

La magistrate désignée,

S. MOUNICLa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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