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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2506933

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2506933

vendredi 16 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2506933
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantTHULLIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a annulé la décision du 11 avril 2025 par laquelle l'OFII refusait à M. B, demandeur d'asile guinéen, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que l'OFII n'avait pas procédé à un examen individuel et suffisant de la vulnérabilité du requérant, en méconnaissance des articles L. 522-1 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 20 de la directive 2013/33/UE. La solution retenue est l'annulation de la décision contestée pour défaut d'évaluation de la vulnérabilité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2025, M. C B, représenté par Me Thullier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 avril 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder, rétroactivement, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat, ou, en cas de refus d'octroi de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa vulnérabilité ;

- la qualification de l'agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ayant mené l'entretien de vulnérabilité n'est pas établie ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, l'OFII n'établissant pas qu'il serait entré sur le territoire français plus de trois mois avant le dépôt de sa demande d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie d'un motif légitime ; sa vulnérabilité est établie ;

- elle porte atteinte au droit d'asile ainsi qu'à son droit à la dignité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 20 § 5 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ; sa vulnérabilité est établie ;

- elle méconnaît le principe de dignité humaine, garanti par l'article 1 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2025, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Tavernier, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 mai 2025 :

- le rapport de M. Tavernier, magistrat désigné,

- les observations de Me Thullier, avocate de M. B,

- et les observations de M. B,

- l'OFII n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 18 mai 2001, a présenté une demande d'asile auprès de la préfecture de la Loire-Atlantique le 7 avril 2025. Par une décision du 11 avril 2025, dont le requérant demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ". Aux termes de l'article L. 522-2 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " () 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. 5 () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de l'acceptation de l'offre de prise en charge : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié, le 7 avril 2025, d'un entretien individuel visant notamment à évaluer sa vulnérabilité, en français, langue que l'intéressé a déclaré comprendre. Alors qu'aucune des dispositions précitées n'impose que soit portée la mention, sur la fiche d'évaluation de vulnérabilité, de l'identité de l'agent ayant conduit l'entretien, celui-ci doit, en l'absence d'élément contraire, être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, il ne ressort pas de la fiche d'évaluation de vulnérabilité versée au débat que cet entretien n'aurait pas permis de mener une analyse approfondie de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il ne serait pas établi que l'entretien de vulnérabilité aurait été conduit par une personne qualifiée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de droit sur lesquelles elle se fonde, à savoir les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait propres à la situation du requérant en indiquant que l'intéressé n'a pas présenté de demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son arrivée en France. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle du requérant, notamment de sa vulnérabilité, avant de prendre sa décision. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

7. En quatrième lieu, la décision attaquée est fondée sur le motif tiré de ce que M. B a présenté, sans motif légitime, sa demande d'asile au-delà du délai de quatre-vingt-dix jours prévu par l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A cet égard, si ce dernier soutient être entré en France le 1er avril 2025 après avoir résidé plus d'un an et demi en Italie, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français sans délai du 15 août 2023. Dans ces conditions, alors que le requérant n'établit pas qu'il aurait exécuté cette mesure d'éloignement et ne justifie pas davantage qu'il aurait résidé en Italie, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, si le requérant soutient justifier d'un motif légitime au sens des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, ce dernier ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, qu'il se trouvait, à la date de la décision attaquée, dans une situation de particulière vulnérabilité. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ni qu'auraient été méconnus les articles L. 522-1 et L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 20 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013, ni, au regard du cadre juridique exposé aux points 2 et 3 du présent jugement, qu'aurait été porté une atteinte grave et illégale au droit d'asile et au droit à la dignité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Thullier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2025.

Le magistrat désigné,

T. TAVERNIERLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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