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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2507582

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2507582

jeudi 22 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2507582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLE ROY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête en référé suspension de Mme B et de ses filles, visant à contester le refus de visa de long séjour pour réunification familiale. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car les requérantes n'établissaient pas un préjudice grave et immédiat du seul fait du départ à venir de leur père. Aucun des moyens soulevés, notamment la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'a été jugé de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions consulaires. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a été déclarée sans objet, celle-ci ayant déjà été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 avril 2025, Mme D B et Mmes C, Hadisa et Sunia E, représentées par Me Leroy, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions du 16 mars 2025 par laquelle les autorités consulaires françaises à Téhéran (Iran) ont refusé de délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à Mmes C, Hadisa et Sunia E ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer la situation dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de les admettres à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à leur conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, à leur verser directement.

Elles soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite en ce que les trois femmes ne peuvent rester seules en Iran après le départ de leur père pour rejoindre le reste de la famille en France au plus tard le 15 juin 2025, date d'expiration de son visa lequel est considéré comme le tuteur de ses filles qui ont besoin de lui pour toutes les démarches, la famille étant particulièrement occidentalisée ; de plus la situation de tension en Iran envers les ressortissant afghans alors que leur visa expirera le 25 juin 2025 elles risquent d'être expulsées de force vers leur pays d'origine où leur genre les soumettra à des conditions contraires aux droits de l'homme ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

* elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

*elle porte une atteinte disproportionnée au respect de la vie familiale des requérantes en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales quand bien même elles n'entrent pas dans le champ d'application de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elles ont toujours vécu avec leur famille et qu'elles ont adopté avec le reste de la famille un mode de vie à l'occidentale qui les singularise aussi bien en Iran qu'en Afghanistan.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite en ce que la simple absence à venir du père des requérantes ne leur cause pas un préjudice grave et immédiat ;

- aucun des moyens de la requête ne créé de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, la décision de la commission n'intervenant qu'à compter du 11 juin 2025 et les intéressées pouvant solliciter avant que le visa de leur père se périme une demande de visa correspondant à leur situation.

La demande d'admission à l'aide juridictionnelle de Mme B a été rejetée par une décision du 15 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 mai 2025 à 10h30 :

- le rapport de M. Echasserieau juge des référés,

- les observations de Me Leroy représentant Mme B et Mmes E en présence de Mme B ;

- et les observations de la représentante du ministre de l'intérieur.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de nationalité afghane, née le 13 juillet 1976 est entrée en France au cours du mois de l'année 2022 et s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 25 octobre 2022. Le 30 décembre 2024, des demandes tendant à la délivrance de visa de long séjour en qualité de membre de famille de réfugié ont été déposées par l'époux de Mme B et les cinq enfants du couple, auprès des autorités consulaires françaises à Téhéran qui ont été rejetées le 16 mars 2025 pour Mmes C, Hadisa et Sunia E. Par la présente requête, la requérante et les intéressées demandent la suspension de l'exécution de ces décisions avant que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, se prononce sur le recours dont elle a accusé réception le 11 avril 2025.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Les demandes d'aide juridictionnelle présentées par les requérantes ayant été définitivement rejetées par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 mai 2025, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée portée aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par les autorités consulaires françaises à Téhéran en rejetant les demandes de visa de Mmes C, Hadisa et Sunia E sur le fondement des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans examiner, eu égard à la situation très particulière de la famille très unie et fortement occidentalisée comme l'établissent les pièces produites, est en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Eu égard aux liens qui unissent Mmes C, Hadisa et Sunia E à leur mère réfugiée en France et le départ imminent de leur père avec deux plus jeunes frères et sœur pour la France, le risque de séparation de la famille et l'isolement des demandeurs de visa en Iran, ces circonstances sont constitutives d'une situation d'urgence, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution des décisions attaquées jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête en annulation par le juge du fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La présente ordonnance implique nécessairement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur, de réexaminer la demande de Mmes C, Hadisa et Sunia E dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. La demande d'admission à l'aide juridictionnelle de Mme B ayant été rejetée par une décision du 15 mai 2025, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B et Mmes E d'une somme totale de 800 euros (huit cents euros).

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution des décisions du 16 mars 2025 par lesquelles les autorités consulaires françaises à Téhéran ont refusé de délivrer à Mmes C, Hadisa et Sunia E, un visa de long séjour sollicité au titre de la réunification familiale, sont suspendues.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen des demandes de visa de Mmes C, Hadisa et Sunia E, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à Mme B et Mmes E, la somme totale de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mmes D B et Mmes C, Hadisa et Sunia E, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Leroy.

Fait à Nantes, le 22 mai 2025.

Le juge des référés,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

M. ALa République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°250758

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