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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2508136

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2508136

mercredi 28 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2508136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL CARADEUX CONSULTANT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a été saisi en référé suspension par la société ELS contre la délibération du 10 mars 2025 du conseil municipal de Saint-Brévin-les-Pins et la décision du 21 mars 2025 de la maire résiliant le sous-traité d'exploitation de la plage lot n°4. La société invoquait l'urgence, notamment l'atteinte à la continuité du service public des bains de mer et la cessation imminente de son activité, ainsi qu'un doute sérieux sur la légalité des décisions pour défaut de motivation et irrégularité de la procédure de résiliation. La commune a contesté l'urgence, arguant que la société ne payait plus la redevance et qu'un nouvel exploitant était désigné pour juillet 2025, et a défendu la régularité de la procédure. Le juge des référés a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie, la société ne démontrant pas une atteinte grave et immédiate à ses intérêts ou à l'intérêt public, et qu'aucun des moyens soulevés n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées, en application de l'article

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2025, la société ELS, représenté par Me Davy, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la délibération du 10 mars 2025 par laquelle le conseil municipal de Saint-Brévin les Pins a approuvé la résiliation de la convention de sous-traité d'exploitation des plages lot n°4 ainsi que de la décision du 21 mars 2025 par laquelle la maire de la commune de Saint-Brévin les Pins a résilié ce même sous-traité ;

2°) d'ordonner la reprise des relations contractuelles entre la commune de Saint Brévin les Pins et la société ELS ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint Brévin les Pins la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite :

* le démarrage de l'exploitation de la saison 2025 devait intervenir vers le 10 avril, de sorte que les usagers du service public des bains de mer sont délibérément privés par la commune d'activités sur lot n° 4 durant, au moins, les vacances de Printemps, les ponts des mois de mai/juin et les congés de juin/juillet, ainsi en résiliant la sous-concession, sans assurer la continuité du service public des bains de mer sur le lot n°4, la commune a porté une atteinte grave et immédiate à l'intérêt public ; par ailleurs, la commune n'a, à ce jour, pas encore désigné de nouvel exploitant ni repris en régie ces activités;

* la décision attaquée aura pour conséquence la cessation de son activité dès lors qu'elle entrainera la fermeture du seul restaurant qu'elle exploite avec une perte de 100% de son chiffre d'affaires ; elle doit faire face au remboursement de deux prêts bancaires et de dettes ;

*l'exécution immédiate de la résiliation litigieuse n'est justifiée par aucun motif d'intérêt général et qu'aucun nouvel exploitant ne pourra être désigné avant fin juin/début juillet 2025 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée ;

* il n'est pas établi que la commune ait effectivement informé le préfet de sa décision de résilier la sous concession ;

* la convocation des conseillers municipaux est irrégulière et méconnaît les dispositions des articles L. 2110-10 et L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ;

* la résiliation méconnaît les dispositions de l'article R. 2124-36 du code général de la propriété des personnes publiques dès lors qu'aucune procédure de mise en demeure régulière n'a été effectuée ;

* aucune faute contractuelle ne lui saurait être reprochée, de sorte que la résiliation est infondée et, en tout état de cause, la résiliation est disproportionnée à l'objectif poursuivi ;

* la résiliation étant irrégulière et mal fondée, elle justifie que soir prononcée la reprise des relations contractuelles.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 23 et 26 mai 2025, la commune de Saint Brévin les Pins, représentée par Me Caradeux, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que soit mis à la charge de la société ELS une somme de 3000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie :

* la résiliation entrainera la fin de la société en raison non pas des difficultés financières qu'elle impliquera mais de la disparition de l'objet même de la société ; par ailleurs, la décision attaquée ne la placera pas en cessation de paiement dès lors que la société requérante a déjà cessé de payer la redevance domaniale depuis plus de deux ans et n'a pas respecté l'échéancier octroyé par le comptable public ;la poursuite de l'activité de la société ne pourrait qu'aggraver la situation et porter atteinte aux deniers publics compte tenu des carences continues de la société ELS et de ce que la commune est tenu de verser 30% des redevances domaniales à l'Etat ; la société ne justifie pas avoir honoré ses emprunts bancaires pendant l'exécution du contrat et ne justifie également pas de l'emploi des sommes empruntées ; la société ELS dispose d'un autre établissement susceptible de lui assurer des revenus ; en cas de vente de cette affaire, le patrimoine personnel du dirigeant de la société ELS permettra de faire face aux passif de celle-ci ;

* sur l'atteinte au principe de continuité du service public : elle a organisé une mise en concurrence et attribué la nouvelle sous-concession à la société Ker Regber dont l'activité doit démarrer au 1er juillet 2025 ; l'interruption d'activité sera très limitée ; par ailleurs, il est constant que le périmètre de la sous-concession, dont l'activité est limitée à la location de transats et cabines de plage, accompagnée d'une offre de restauration, ne comprend pas de mission susceptible de caractériser l'existence d'un service public ;

*la suspension de la décision litigieuse aurait pour effet de nuire aux intérêts de la société Ker Regber, nouvel attributaire du lot, ainsi qu'à l'intérêt général dès lors que la société requérante est dans l'impossibilité d'exploiter pleinement la sous-concession et de payer la redevance domaniale ;

- aucun des moyens soulevés par la société ELS, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* le registre des délibérations adoptées lors du conseil du 10 mars 2025 mentionne que les convocations ont été régulièrement adressées aux conseillers municipaux ;

* une mise en demeure a effectivement été adressée à la société ELS ;

* la décision attaquée est suffisamment motivée, elle identifie expressément la convention de sous-traité portant sur le lot 4 ainsi que les manquements contractuels qui la justifient;

* la délibération approuvant la décision de résiliation a été régulièrement communiquée au préfet de la Loire-Atlantique.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 9 mai 2025 sous le numéro 2508210 par laquelle la société ELS demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marowski, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 mai 2025 à 14h30 :

- le rapport de M. Marowski, juge des référés,

- les observations de Me Robert, substituant Me Davy, avocat de la société ELS ;

- et les observations de Me Dubos, substituant Me Caradeux, avocat de la commune de Saint Brévin les Pins.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Un mémoire, présenté pour la société ELS, a été enregistré le 26 mai 2025 à 15H00.

L'instruction a été rouverte pour être à nouveau close le 27 mai 2025 à 16h30.

Considérant ce qui suit :

1. La société ELS demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la délibération du 10 mars 2025 par laquelle le conseil municipal de Saint-Brévin les Pins approuve la résiliation de la convention de sous-traité d'exploitation des plages lot n°4 ainsi que de la décision du 21 mars 2025 par laquelle la maire de la commune de Saint-Brévin les Pins a résilié ce même sous-traité.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. Elle doit exercer ce recours, y compris si le contrat en cause est relatif à des travaux publics, dans un délai de deux mois à compter de la date à laquelle elle a été informée de la mesure de résiliation. De telles conclusions peuvent être assorties d'une demande tendant, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de l'exécution de la résiliation, afin que les relations contractuelles soient provisoirement reprises.

4. En premier lieu, il incombe au juge des référés saisi, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de conclusions tendant à la suspension d'une mesure de résiliation, après avoir vérifié que l'exécution du contrat n'est pas devenue sans objet, de prendre en compte, pour apprécier la condition d'urgence, d'une part les atteintes graves et immédiates que la résiliation litigieuse est susceptible de porter à un intérêt public ou aux intérêts du requérant, notamment à la situation financière de ce dernier ou à l'exercice même de son activité, d'autre part l'intérêt général ou l'intérêt de tiers, notamment du titulaire d'un nouveau contrat dont la conclusion aurait été rendue nécessaire par la résiliation litigieuse, qui peut s'attacher à l'exécution immédiate de la mesure de résiliation.

5. En second lieu, pour déterminer si un moyen est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la validité de la mesure de résiliation litigieuse, il incombe au juge des référés d'apprécier si, en l'état de l'instruction, les vices invoqués paraissent d'une gravité suffisante pour conduire à la reprise des relations contractuelles et non à la seule indemnisation du préjudice résultant, pour le requérant, de la résiliation.

6. En l'espèce, aucun des moyens invoqués par la société ELS, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité tant de la délibération du 10 mars 2025 par laquelle le conseil municipal de Saint-Brévin les Pins a approuvé la résiliation de la convention de sous-traité d'exploitation des plages lot n°4 ainsi que de la décision du 21 mars 2025 par laquelle la maire de la commune de Saint-Brévin les Pins a résilié ce même sous-traité.

7. Il y a lieu, en conséquence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, de rejeter les conclusions présentées par la requête de la société ELS sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à la reprise des relations contractuelles.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société ELS est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint Brévin les Pins au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société ELS et à la commune de Saint Brévin les Pins.

Fait à Nantes, le 28 mai 2025.

Le juge des référés,

Y. MAROWSKI

La greffière,

M.C. MINARDLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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