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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2509047

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2509047

jeudi 19 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2509047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantSMATI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. A, ressortissant roumain, contestant l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 18 mai 2025 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et a écarté le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation. Il a également validé la substitution de base légale demandée par le préfet, fondant l'assignation sur les articles L. 262-1 et L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mai 2025, M. B D A, représentée par Me Smati, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2025 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence dans le département de Maine-et-Loire à pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1800 euros, conformément aux dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi de 1991 sur l'aide juridique, à charge pour lui de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne mentionne pas les deux précédentes décisions portant assignation à résidence, alors qu'elle en constitue le deuxième renouvellement ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2025, le préfet de Maine-et-Loire :

-sollicite qu'il soit substitué aux dispositions de l'article L. 731-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles de l'article L. 262-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant d'assigner à résidence un citoyen de l'Union européenne et selon les modalités prévues au 2° de l'article L. 731-1, lorsqu'ils font l'objet d'une interdiction de circulation sur le territoire français prise en application de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mai 2025.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Mounic, magistrate désignée, a été entendu à l'audience publique du 16 juin 2025.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D A, ressortissant roumain, né le 17 mars 2006, est entré en France en 2008 en tant que mineur et y a vécu sans discontinuité depuis. Par un arrêté du 9 octobre 2024, le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence, décision renouvelée le 12 novembre 2024. M. A a été éloigné le 18 décembre 2024 à destination de la Roumanie avant de revenir en France. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 mai 2025 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence dans le département de Maine-et-Loire pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mai 2025. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ()". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

4. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle vise les textes dont il est fait application, notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que le requérant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai de trente jours édictée par le préfet de Maine-et-Loire le 9 octobre 2024 et que l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet demeure une perspective raisonnable, étant titulaire d'une carte nationale d'identité, mais qu'elle ne peut toutefois être exécutée immédiatement car il convient d'organiser matériellement son départ. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 262-1 du même code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre peuvent être assignés à résidence dans les conditions et selon les modalités prévues : () 2° Au 2° de l'article L. 731-1 et au 2° de l'article L. 731-3, lorsqu'ils font l'objet d'une interdiction de circulation sur le territoire français prise en application de l'article L. 251-4. ". Aux termes de l'article L. 731-1 de ce code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ;2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; ()".

6. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté, confirmé en défense par le préfet de Maine-et-Loire que l'administration a fondé l'assignation à résidence en litige sur le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est reproduit littéralement, à savoir sur le motif que l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire depuis moins de trois ans pour laquelle le délai de départ n'a pas été accordé.

7. Toutefois, il est constant que M. A a exécuté la décision portant obligation de quitter le territoire édictée le 9 octobre 2024 par le préfet de Maine-et-Loire, dès lors qu'il a été éloigné le 18 décembre 2024. La décision contestée, qui fait application des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire a été exécutée et ne saurait constituer la base légale de la décision en litige.

8. En défense, le préfet de Maine-et-Loire sollicite une substitution de base légale sur le fondement des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'intéressé fait l'objet d'une interdiction de circulation d'un an prononcée le 9 octobre 2024 et qu'une assignation à résidence pouvait être prononcée en vertu du 2° des articles L. 262-1 et L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Toutefois, lorsqu'elle constate que la décision contestée devant elle aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que la personne intéressée ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait pu être prononcée.

10. En l'espèce, la décision d'assignation à résidence en litige trouve son fondement dans les dispositions combinées du 2° de l'article L. 262-1 et du 2° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées aux dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles s'est fondé à tort le préfet de Maine-et-Loire, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que le préfet dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces textes. Dans ces conditions, le préfet de Maine-et-Loire pouvait assigner M. A à résidence au motif qu'il fait l'objet d'une interdiction de circulation d'un an.

11. Il résulte de ce qui précède, que le moyen tiré de l'erreur de droit, en ce que la décision ne mentionne pas les précédentes décisions portant assignation à résidence qu'elle renouvelle ne peut être accueilli.

12. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Et aux termes son article R. 733-1 de ce même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, qui est de s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation faite au requérant de se présenter tous les jours, sauf les jours fériés, à 9h00, au commissariat de police d'Angers, commune où il réside et lui faisant interdiction de se déplacer en dehors de cette même commune, serait disproportionnée, lequel, en se bornant à soutenir qu'il est domicilié au centre communal d'action sociale de Verrières-en-Anjou alors qu'à la date de la décision il déclarait, lors de son audition du 18 mai 2025 au commissariat d'Angers, être sans domicile fixe sur la commune d'Angers, ne fait état d'aucun élément de nature à démontrer le caractère excessif de la mesure d'assignation au regard de sa liberté d'aller-et-venir ou son incompatibilité avec sa situation personnelle, durant le temps nécessaire à la mise à exécution de l'obligation de quitter le territoire, ni que le préfet de Maine-et-Loire aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A d'admission provisoire à l'aide Juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Karim Smati.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2025.

La magistrate désignée,

S. MOUNICLa greffière,

A. DIALLO

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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