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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2509387

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2509387

mardi 24 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2509387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPERROT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension des décisions de refus de visa de long séjour opposées à une famille somalienne au titre de la réunification familiale d’un réfugié. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, les requérants n’ayant pas justifié de circonstances particulières établissant une atteinte grave et immédiate à leur situation, malgré l’état de santé allégué de l’enfant. La décision s’appuie sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les moyens de légalité soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mai 2025 et des pièces complémentaires enregistrées les 22 et 23 juin 2025, M. A F E et Mme G I, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs, B, D, C A F, et leur fils majeur, M. H A F, représentés par Me Perrot, demandent au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les décisions du 5 mars 2025 par lesquelles l'ambassade de France à Addis-Abeba (Ethiopie) a refusé de délivrer des visas de long séjour à Mme G I, à M. H A F et aux jeunes B, D, C A F, au titre de la réunification de famille de réfugié en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer la situation des demandeurs de visa dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Perrot, conseil des requérants, la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, étant précisé que cette dernière renoncera alors à la part contributive de l'État.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est présumée du fait de la séparation prolongée de la famille depuis le 12 août 2019 et de l'état de santé alarmant de la jeune C avec une suspicion de syndrome de Protée ;

- les moyens qu'ils soulèvent sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

* elles ne sont pas suffisamment motivées ;

* elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur de droit dès lors qu'ils justifient du lien familial par des éléments de possession d'état ;

* elles sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 561-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elles portent une atteinte disproportionnée au droit de mener une vie privée et familiale normale ;

* elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2025, le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant a obtenu la protection subsidiaire en 2023 et les visas n'ont été demandés qu'en janvier 2025 ; aucun élément ne vient éclairer les conditions de vie des demandeurs en Ethiopie ; les documents médicaux de la jeune C ne permettent pas de dater l'apparition des symptômes ni leur degré de gravité et alors que le diagnostic définitif n'est pas posé ;

- les moyens soulevés par M. F E et Mme I ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 juin 2025à 9h30, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :

- le rapport de M. Rosier, juge des référés,

- les observations de Me Perrot, représentant M. F E et Mme I, qui indique réorienter ses conclusions contre la décision implicite de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France et demande à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- et les observations de la représentante du ministre de l'intérieur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F E et Mme G I et leur fils majeur, M. H A F, ressortissants somaliens, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France ayant rejeté leur recours contre les décisions du 5 mars 2025 de l'ambassade de France à Addis-Abeba (Ethiopie) ayant refusé de délivrer des visas de long séjour à Mme G I, à M. H A F et aux jeunes B, D, C A F, au titre de la réunification de famille de réfugié en France.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. La décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours contre la décision de l'autorité consulaire à Addis-Abeba (Ethiopie) ayant refusé de délivrer des visas de long séjour à Mme G I, à M. H A F et aux jeunes B, D, C A F, au titre de la réunification familiale a pour effet de maintenir la famille séparée alors qu'ils ont été diligents dans leurs démarches. En outre, l'état de santé alarmant de la jeune C nécessite qu'elle puisse bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée qui ne peut se faire en Ethiopie. Dans ces conditions, la décision attaquée porte ainsi atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à la situation de la famille de M. F E pour que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative soit regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. Les moyens invoqués par M. F E, Mme I et M. A F à l'appui de leur demande de suspension et tirés de ce que la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation quant à l'identité des demandeurs de visa et à leur lien familial avec le réunifiant et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant au regard de la situation familiale notamment au regard de l'état de santé de la jeune C sont, en l'état de l'instruction de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution de la présente ordonnance implique seulement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer les demandes de visa de Mme G I, de M. H A F et des jeunes B, D, C A F dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu, en l'état de l'instruction, de prévoir une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. F E au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Perrot d'une somme de 800 (huit cents) euros.

O R D O N NE :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions du 5 mars 2025 de l'ambassade de France à Addis-Abeba refusant de délivrer des visas de long séjour à Mme I, à M. A F et aux jeunes B, D, C A F, au titre de la réunification familiale, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer les demandes de visa de Mme I, de M. A F et des jeunes B, D, C A F dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Perrot, avocate de M. F E, de Mme G I, de M. A F, la somme de 800 (huit cents) euros au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A F E, à Mme G I, de M. H A F, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Perrot.

Fait à Nantes, le 24 juin 2025.

Le juge des référés,

P. ROSIER

La greffière,

A. DIALLO

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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