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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2510225

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2510225

vendredi 11 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2510225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBLIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de la commission de recours contre les refus de visa, confirmant le refus de délivrance d’un visa de long séjour en qualité d’ascendant à charge de ressortissant français. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas établie, faute de preuves suffisantes de la dégradation de l’état de santé de la requérante ou d’un risque actuel et grave en Iran. Il a également considéré qu’aucun des moyens soulevés (défaut de motivation, violation des articles L.412-1 et L.423-11 du CESEDA, et des articles 3 et 8 de la CEDH) n’était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2025, Mme B C et M. A D, représentés par Me Blin, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France a rejeté leur recours contre la décision du 9 juillet 2024 de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) refusant de délivrer à Mme B C un visa de long séjour en qualité d'ascendant à charge de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la situation de Mme B C dans un délai de sept jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) d'admettre leur conseil au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou directement à eux si l'aide est refusée.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est dans une situation de particulière vulnérabilité en Iran et elle souffre de troubles cardio-vasculaires pour lesquels elle a déjà subi une opération en Iran ; son état de santé se dégrade faute de pouvoir accéder à la chirurgie nécessaire à son état ; en outre, l'Iran mène actuellement une politique acharnée d'expulsion des afghans vers l'Afghanistan sans prise en considération des risques encourus en cas de retour ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

*elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle viole les dispositions des articles L.412-1 et L.423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

* elle viole les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de la politique acharnée d'expulsion de l'Iran à l'égard des afghans vers l'Afghanistan.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2025, le ministre de l'intérieur conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a réceptionné son recours administratif préalable le 12 août 2024 et la requête a été introduite plus deux mois après le refus implicite en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative et alors que la demande d'aide juridictionnelle a été formulée au-delà des deux mois du recours de deux mois ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'aucun élément n'est produit permettant d'apprécier la dégradation de l'état de santé de la requérante, ni la preuve de son intervention chirurgicale ou de la dégradation de son état psychique alors qu'elle bénéficie d'une prise en charge locale ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

* le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision consulaire est inopérant ;

* la requérante n'apporte pas la preuve qu'elle serait à la charge de M. D par la seule production de cinq transferts d'argent ou que celle-ci serait également prise en charge pas ses autres enfants résidant à l'étranger ou par sa fille présente à ses côtés ; au surplus, M. D, qui a quatre enfants à charge, n'est pas imposable et ne justifie pas pouvoir subvenir aux besoins d'une septième personne dans son foyer ;

* elle ne viole pas les stipulations des article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision du 19 juin 2025, Mme C n'a pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 juin 2025 sous le numéro 2510150 par laquelle Mme C et M. D demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 juillet 2025 à 10h30. :

- le rapport de M. Rosier, juge des référés,

- les observations de Me Blin, avocate des requérants, en présence de M. D, qui reprend ses écritures à l'audience et souligne que le ministre a d'abord défendu sur un refus de visa au titre de la réunification familiale pour après défendre sur la demande de visa d'ascendant à charge de ressortissant français, que la preuve de réception de l'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire n'est pas rapportée et insiste sur la gravité des problèmes de santé de la demanderesse de visa et la situation de celle-ci en Iran qui fait l'objet de bombardements récents ;

- et les observations du représentant du ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, qui reconnait une erreur de plume mais indique que l'examen de la demande a bien porté sur un visa en qualité d'ascendant à charge de ressortissant français et insiste sur l'irrecevabilité de la requête bien que le courrier accusant réception du recours administratif préalable obligatoire ait été fait par courrier simple et l'absence d'urgence de celle-ci introduite un an après le recours administratif préalable obligatoire.

La clôture de l'instruction a été reportée le 8 juillet 2025 à 15h00.

Des pièces complémentaires transmises pour le ministre de l'intérieur ont été enregistrées le 8 juillet à 14h43 mais n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle

1. Par une décision du 19 juin 2025, le bureau d'aide juridictionnelle n'a pas admis Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, ses conclusions tendant à l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

3. Aucun des moyens invoqués par Mme C et M. D, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours exercés contre la décision du 9 juillet 2024 de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) refusant de délivrer à Mme B C un visa de long séjour en qualité d'ascendant à charge de ressortissant français.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense ni d'apprécier la condition d'urgence, que les conclusions présentées par Mme C et M. D sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquences, celles tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte et la demande au titre des frais d'instance, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1erer : La demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : La requête de Mme C et de M. D est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à M. A D, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Blin.

Fait à Nantes, le 11 juillet 2025.

Le juge des référés,

P. ROSIER

La greffière,

M-C. MINARD

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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