vendredi 18 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2510596 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SEMINO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juin 2025, Mme C A et M. F, agissant en leurs noms propres et en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur, E G D, représentés par Me Semino, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions implicites de l'Ambassade de France à Port-au-Prince (Haïti) ayant refusé de délivrer à Mme C A et au jeune E G D un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas demandés dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ou, à défaut, de réexaminer la situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative, moyennant la renonciation de l'avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle ou, à défaut d'octroi du bénéfice de l'aide juridictionnelle ou en cas d'aide juridictionnelle partielle, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur base de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite :
* la décision attaquée fait perdurer la séparation de la famille alors que l'autorisation de regroupement familial a été accordée le 8 janvier 2025, que leur fils est âgé tout juste d'un an et que la situation sécuritaire en Haïti empêche M. D de rendre visite à sa famille ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'ils ont produit tous les documents permettant d'établir leurs identités et le lien familial qui les unit en plus des éléments de possession d'état qui le démontrent ;
* elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie en ce que les requérants se sont mariés en Haïti alors que le regroupant continue à vivre en France, ils se sont placés eux-mêmes dans la situation de séparation dénoncée et alors que le refus de regroupement familial initié en 2022 n'a pas été contesté ; rien ne permet d'établir que les demandeurs de visa se retrouveraient en situation de détresse, de précarité ou de danger ;
- aucun des moyens soulevés par Mme A et M. D, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* l'identité et le lien de filiation ne sont pas établis par les documents produits dès lors que l'acte de naissance émis par les archives nationales haïtiennes n'a pas été versé au moment de la demande de visa et que des irrégularités manifeste apparaissent sur l'acte de naissance produit dès lors que la naissance de l'enfant a été déclarée par son père le 24 juin 2024 alors qu'il n'est pas établi que ce dernier se trouvait en Haïti à cette date ; en outre le certificat de présentation au temple a été produit en février 2025, plus de six mois après l'acte de naissance en méconnaissance de l'article 3 du décret de 1998 ; les éléments de possession d'état n'établissent pas que le regroupant entretiendrait un lien avec les demandeurs ou qu'il prend en charge son enfant ;
* la décision ne méconnaît pas les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 8 juillet 2025, Mme C A et M. B D, représentés par Me Semino, concluent aux mêmes fins que leur requête par les mêmes moyens.
Ils font valoir que :
- la décision de surseoir à statuer sur la seule demande de visa de Mme A pour opérer une vérification des actes d'état civil n'est pas régulière ;
- la condition d'urgence n'est pas sérieusement contestée ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* si le ministre relève l'absence de production de l'extrait d'acte de naissance c'est parce qu'ils ne parviennent pas à l'obtenir mais pour autant la force probante de l'expédition gratuite de cet acte ne peut pas être écartée de ce fait ;
* la circonstance que la naissance de l'enfant ait été déclarée par sa mère et non par son père comme mentionné ne remet pas en cause la filiation à l'égard de cette dernière ;
* la critique quant à la méconnaissance de l'article 3 du décret de 1988 n'est pas fondée.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 23 juin 2025.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 18 juin 2025 sous le numéro 2510545 par laquelle Mme A et M. D demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 juillet 2025 à 10h30 :
- le rapport de M. Rosier, juge des référés,
- les observations de Me Semino, avocat de Mme A et de M. D, en présence de M. D ;
- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A et M. B D, ressortissants haïtiens nés respectivement le 10 mai 1992 et le 23 septembre 1987, mariés depuis le 3 février 2022, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux du jeune E G D, ressortissant haïtien né le 12 juin 2024, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions implicites de l'Ambassade de France à Port-au-Prince (Haïti) ayant refusé de délivrer à Mme C A et au jeune E G D un visa de long séjour au titre du regroupement familial.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
4. Les décisions implicites de l'Ambassade de France à Port-au-Prince ayant refusé de délivrer à Mme C A et au jeune E G D un visa de long séjour au titre du regroupement familial ont pour effet de maintenir la famille séparée alors d'une part que M. D a obtenu l'autorisation de regroupement familial du préfet d'Ille-et-Vilaine depuis le 8 janvier 2025 et, d'autre part, que le requérant ne peut se rendre en Haïti dans le contexte de violences dont il a été lui-même victime et dont il est justifié par des attestations dont la crédibilité n'est pas remise en cause par le ministre, pour l'ensemble de la famille. Dans ces conditions, la décision attaquée porte ainsi atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à la situation familiale pour que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative soit regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. Les moyens invoqués par Mme A et M. D à l'appui de leur demande de suspension et tirés de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et porte atteinte aux stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution des décisions implicites de l'ambassade de France en Haïti refusant de délivrer un visa de long séjour au titre du regroupement familial à Mme A et à l'enfant E G D.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. L'exécution de la présente ordonnance implique, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen des demandes de visa de Mme A et de l'enfant E G D, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
8. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%). Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Semino d'une somme 800 euros (huit cents euros) au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution des décisions implicites de l'ambassade de France en Haïti refusant de délivrer un visa de long séjour au titre du regroupement familial à Mme A et à l'enfant E G D, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen des demandes de visa de Mme A et de l'enfant E G D, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Semino, avocat de Mme A et de M. D, une somme de 800 (huit cents) euros dans les conditions prévues par les dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à M. B D, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Semino.
Fait à Nantes, le 17 juillet 2025.
Le juge des référés,
P. ROSIER
La greffière,
M-C. MINARD
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026