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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2511285

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2511285

jeudi 3 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2511285
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPRONOST

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de la commission de recours contre les refus de visa confirmant le refus consulaire de délivrer un visa de long séjour à M. A en tant que membre de famille de réfugié. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, en raison du manque de diligence des requérants dans leurs démarches et de l'absence de preuves suffisantes des risques encourus en Éthiopie ou de l'intensité des liens conjugaux. La solution retenue est le rejet de la requête, sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2025, M. C A et Mme B D, en leur nom et pour le compte de l'enfant Mikyas Betow représentés par Me Pronost, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté leur recours contre la décision du 17 décembre 2024 par laquelle les autorités consulaires françaises à Addis-Abeba (Ethiopie) ont refusé de délivrer à M. A un visa de long séjour en tant que membre de famille de réfugié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer la situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) d'admettre Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros hors taxe à verser à leur conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou directement à Mme D si l'aide juridictionnelle est refusée.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est présumée s'agissant de demande de réunification de famille de réfugié et elle est satisfaite eu égard à la durée de séparation de leur couple, qu'il n'est pas concevable qu'ils attendent l'examen de leur recours en annulation, au regard du contexte en Ethiopie et des pressions qu'ils subissent en tant qu'orthodoxes alors qu'elle a été diligente dans ses démarches compte tenu qu'elle était dans l'ignorance qu'un acte de mariage de l'OFPRA n'était pas nécessaire ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, de nationalité érythréenne, née le 1er janvier 1988 est entrée en France et s'est vu reconnaître le statut de réfugié par l'OFPRA le 25 septembre 2018. M. A a déposé une demande de visa de long séjour en qualité de membre de famille de réfugié le 10 juillet 2024 que les autorités consulaires françaises à Addis-Abeba ont rejeté par décisions du 17 décembre 2024. Par la présente requête, les requérants demandent la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, dont elle a été saisie le 10 février 2025, exercé contre la décision consulaire précitée.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter sans instruction ni audience les demandes qui ne présentent pas un caractère d'urgence.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. En l'espèce, pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence à statuer sur la requête tendant à ce que soit ordonnée la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours contre la décision des autorités consulaires françaises à Addis-Abeba refusant de délivrer un visa de long séjour à M. A , les requérants se prévalent de la durée de séparation du couple, des pressions religieuses exercées sur les requérants en Ethiopie et de l'ignorance de la requérante des procédures pour faire venir sa famille en France. Toutefois, d'une part, la circonstance que la demande de visa a été déposée le 10 juillet 2024 alors que la requérante s'est vue reconnaître le statut de réfugié le 25 septembre 2018 et que le motif pour justifier d'un tel délai, fondés sur la méconnaissance par la requérante des procédures à suivre, lequel n'est pas suffisamment établi par une lettre du pôle habitat d'Arras du 28 février 2022, est de nature à constituer un manque de diligence contribuant à la situation d'urgence dont les requérants se prévalent désormais. D'autre part, les risques encourus personnellement par M. A en Ethiopie en raison de son appartenance à la communauté orthodoxe ne sont pas suffisamment établis. De plus, les conditions de vie de M. A en Ethiopie ne sont pas plus justifiées alors, notamment, qu'aucun transfert d'argent n'est joint au dossier. Enfin, la réalité comme l'intensité des liens entre la requérante et celui qu'elle présente comme son époux ne sont justifiés que par les quelques photos communiquées sans autre preuve de contact, en dehors d'un voyage récent, en huit années de séparation. Par suite, les circonstances évoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France dans l'attente de l'examen du recours en annulation. Dans ces conditions, la condition d'urgence, exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, en l'état de l'instruction, nonobstant l'attention qui doit être portée aux demandes de réunification familiales des personnes réfugiées en France, être regardée comme satisfaite. Il suit de là, sans qu'il y ait lieu d'admettre la requérante à l'aide juridictionnelle à titre provisoire, que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1erer : La demande de Mme D d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire est rejetée.

Article 2r : La requête de M. A et Mme D est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Mme B D et à Me Pronost.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 3 juillet 2025.

Le juge des référés,

B. Echasserieau

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2511285

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