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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2511750

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2511750

mardi 29 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2511750
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantGOUEDO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme C, ressortissante guinéenne, contestant l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a estimé que la requérante avait bénéficié d'un entretien individuel conforme aux articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013, dit "Dublin III", et que les moyens tirés de l'insuffisance de cet entretien et de la méconnaissance des articles 17 et 19 du même règlement n'étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité de la décision de transfert, en application du règlement (UE) n° 604/2013 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2025, Mme D C, représentée par Me Gouedo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2025 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé de son transfert aux autorités espagnoles ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de prendre en charge sa demande d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son avocate au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ait été mené par une personne qualifiée en droit national,

- il n'est pas établi que la durée de cet entretien aurait été suffisante pour permettre la délivrance des informations prévues par l'article 4 de ce même règlement ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions du paragraphe 2 de l'article 19 de ce règlement ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de la dérogation prévue par le paragraphe 1 de l'article 17 de ce règlement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit " B A " ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Cordrie, conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions de transfert d'un demandeur d'asile vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cordrie, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante guinéenne, s'est présentée à la préfecture de Maine-et-Loire pour y déposer une demande d'asile le 25 avril 2025. La consultation du fichier Eurodac a révélé qu'elle avait franchi irrégulièrement la frontière espagnole dans les douze mois précédant sa demande d'asile. Les autorités espagnoles ont fait connaitre, le 23 mai 2025, leur accord à sa prise en charge. Par l'arrêté attaqué du 16 juin 2025, le préfet de Maine-et-Loire a décidé du transfert de Mme C aux autorités espagnoles.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de1'entretien individuel visé à l'article 5. () ". Aux termes de l'article 20 de ce règlement : " () 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur () est parvenu aux autorités compétentes de l'Etat membre concerné. () ". Et aux termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien a lieu dans les conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien () ".

3. Il résulte de ces dispositions citées au point précédent que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 de ce règlement en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a bénéficié, le 25 avril 2025, d'un entretien individuel à la préfecture de Maine-et-Loire, au cours duquel elle a bénéficié de l'assistance d'un interprète en langue soussou, qu'elle a déclaré comprendre. Il ressort du compte-rendu de cet entretien, signé par Mme C, que les informations contenues dans le guide du demandeur d'asile et les brochures A et B conformes aux modèles figurant à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la commission du 30 janvier 2014 lui ont été communiquées oralement et qu'elle a reconnu les avoir comprises. Par suite, le moyen tiré de ce que la durée de son entretien individuel aurait été insuffisante pour permettre la délivrance des informations contenues dans ces brochures doit être écarté.

5. En deuxième lieu, s'il ne résulte ni des dispositions citées au point 2 ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. En défense, le préfet établit que les initiales " ML " apposées de manière manuscrite sur le compte-rendu sont celles d'une agente affectée au sein du bureau de l'asile et de l'intégration de la préfecture, secrétaire administrative de classe normale, qui, compte tenu de son grade et de ses fonctions, doit être regardée comme qualifiée en vertu du droit national pour mener un entretien individuel avec un demandeur d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaitrait les dispositions du paragraphe 2 de l'article 19 du règlement du 26 juin 2013 n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, par suite, qu'être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 : " Clauses discrétionnaires / 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / () ".

8. Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre A, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

9. Si la requérante fait valoir qu'elle est enceinte, et produit une convocation à une échographie de premier trimestre prévue le 5 août 2025 au centre hospitalier de Laval, cette circonstance ne permet pas, à elle seule, d'établir qu'elle se trouverait, à ce stade de sa grossesse, dans une situation de vulnérabilité de nature à faire obstacle à son transfert vers l'Espagne, où il n'est pas davantage établi qu'elle ne pourrait pas recevoir un suivi médical approprié. Par ailleurs, la requérante n'établit pas ni n'allègue que sa demande d'asile serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités espagnoles dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, s'agissant notamment des conditions matérielles d'accueil, alors que l'Espagne est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Gouedo.

Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2025.

Le magistrat désigné,

A. CORDRIE

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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