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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2511941

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2511941

mercredi 30 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2511941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantGUERIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, un ressortissant azerbaïdjanais, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision de l'OFII était suffisamment motivée et que le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne était inopérant, cette disposition ne s'appliquant qu'aux institutions de l'Union. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. B, incluant ses demandes d'annulation, d'injonction et de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2025, M. A B, représenté par Me Guerin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 juin 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de prendre une nouvelle décision dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1500 euros hors taxes en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ou, à défaut, à son profit en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi qu'il aurait été informé, dans une langue qu'il comprend, avec l'assistance d'un interprète, que les conditions matérielles d'accueil pouvaient lui être retirées, en méconnaissance des dispositions des articles L. 551-10, D. 551-16 et R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen, notamment de sa vulnérabilité, à la lumière des dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts, dès lors qu'il présente un facteur particulier de vulnérabilité ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juillet 2025, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Moreno, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Moreno, magistrate désignée, a été entendu à l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant azerbaidjanais né le 15 septembre 1965, est entré en France le 30 novembre 2022. Une demande d'asile a été déposée le 13 décembre 2022 et M. B a accepté les conditions matérielles d'accueil le même jour. Par un arrêté du 6 janvier 2023, le préfet de Maine-et-Loire a prononcé son transfert aux autorités hongroises pour l'examen de sa demande d'asile. Par une décision du 22 septembre 2023, l'OFII a pris une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision du 23 juin 2025 par laquelle l'OFII a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée () ".

3. La décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relative à l'attribution des conditions matérielles d'accueil et rappelle que les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues le 22 septembre 2023. Elle indique à l'intéressé que les motifs qu'il évoque ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. La décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. En outre aux termes de l'article L. 522-1 : du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité, le 13 décembre 2022, dans le cadre de l'enregistrement de sa demande d'asile, puis d'une réévaluation le 17 juin 2025. Durant ces entretiens, le requérant a pu porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des informations relatives à sa situation personnelle dont il souhaitait se prévaloir. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaitrait l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 doit être écarté.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Aux termes des dispositions de l'article D. 551-16 de ce code : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23 ". Aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; (). / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a certifié sur l'honneur, à l'issue de l'entretien réalisé le 17 juin 2025 à l'occasion de la réévaluation de sa vulnérabilité, que les informations relatives aux conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil lui ont été communiquées oralement, en langue azéri, langue qu'il a déclaré comprendre, avec l'assistance d'un interprète assermenté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 551-10, D. 551-16 et R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen.

11. En cinquième lieu, d'une part, l'OFII a décidé de suspendre les conditions matérielles d'accueil au motif que le requérant ne s'est pas présenté aux autorités, en méconnaissance des obligations des autorités chargées de l'asile. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été déclaré en fuite à partir du 14 août 2024 et ne donne aucune explication propre à justifier des raisons pour lesquelles il ne s'est pas présenté aux autorités. D'autre part, M. B soutient qu'il vit à la rue et que son âge est un facteur de vulnérabilité particulière. Toutefois, par ces seules allégations le requérant, âgé de 60 ans, ne justifie pas d'une vulnérabilité particulière autre que celle tenant à la précarité de son statut de demandeur d'asile concerné par un transfert vers l'Etat responsable de ladite demande et de sa situation de personne isolée. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. En se prévalant de son âge et de ses conditions de vie, M. B n'établit pas l'atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale dont il se prévaut. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en conséquence être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Nantes, le 30 juillet 2025.

La magistrate désignée,

C. MORENOLa greffière,

G. PEIGNÉ

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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