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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2511948

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2511948

mercredi 30 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2511948
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI AARPI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension des décisions implicites de refus de visa de long séjour opposées à Mme A F et ses trois enfants, présentée par M. C G D, réfugié somalien. La condition d'urgence n'a pas été retenue, la famille étant restée en Somalie sans justifier d'une vulnérabilité particulière. Par ailleurs, aucun doute sérieux n'a été soulevé sur la légalité des refus, en raison d'incohérences dans les actes d'état civil produits et de l'insuffisance des preuves de liens familiaux. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2025, M. C G D et Mme J, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leurs trois enfants mineurs E, H et L C G, représentés par Me Anglade, demandent au juge des référés :

1°) d'admettre M. C G D, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions implicites de rejet nées du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur les recours administratifs préalables obligatoires reçus le 16 avril 2025 et formés contre les décisions du 17 mars 2025 par lesquelles l'autorité consulaire française à Addis Abeba (Ethiopie) a refusé de délivrer à Mme B A F et aux trois enfants mineurs E, H et I G un visa d'entrée et de long séjour en qualité de membres de la famille d'un réfugié ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de leur demande aux fins de délivrance du visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros HT à verser à leur avocate en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour cette dernière de se désister du bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la famille est séparée et que Mme A F, femme isolée, et leurs trois enfants mineurs sont dans une situation de particulière vulnérabilité en Somalie, pays dans lequel ils risquent d'être persécutés en raison de leur genre et de leur jeune âge ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

* elles sont entachées d'une erreur d'appréciation et d'un défaut d'examen s'agissant du caractère probant des documents d'état civil transmis ;

*elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur leur vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que :

*Mme A F est restée en Somalie avec ses enfants, qu'elle élève seule depuis l'année 2015 et qui ne sont donc pas isolés ;

*ils ne justifient pas être dans une situation de vulnérabilité ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

* l'acte de mariage des deux requérants, émanant de l'OFPRA, mentionne la ville de " Qalamow ", en contradiction avec les actes somaliens établis en 2024, qui indiquent la ville de " Mogadiscio " et qui ont été établis après l'obtention du statut de réfugié par le requérant ; il existe des discordances entre les actes de naissance et les passeports, s'agissant des lieux de naissance de tous les membres de la famille ; l'ensemble des actes d'état civil ont été produits postérieurement à l'obtention du statut de réfugié par le requérant ;

* les éléments produits afin d'établir la possession d'état sont très légers ; il s'agit de trois transferts d'argent réalisés en avril, mai et juin 2024 et destinés à un individu dont les liens avec les enfants des requérants ne sont pas établis ; aucune photo ni aucun échange n'est produit afin d'établir l'existence de liens entre M. G D et les autres membres de la famille.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 30 juin 2025 sous le numéro n° 2511294 par laquelle M. G D demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Baufumé, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 juillet 2021 à 10h :

- le rapport de Mme Baufumé;

- et les observations de la représentante du ministre de l'intérieur, qui reprend ses écritures en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1 M. C G D, de nationalité somalienne et né le 1er juin 1980, s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 9 mars 2023. Il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions implicites de rejet nées du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur les recours administratif préalables obligatoires reçus le 16 avril 2025 et formés contre les décisions du 17 mars 2025 par lesquelles l'autorité consulaire française à Addis Abeba (Ethiopie) a refusé de délivrer à Mme B A F et aux trois enfants mineurs E, H et L C G un visa d'entrée et de long séjour en qualité de membres de la famille d'un réfugié.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. G D n'a pas présenté de demande d'aide juridictionnelle. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre les effets des décisions contestées, les requérants se prévalent de la durée de la séparation entre M. G D, d'une part, et sa femme et ses enfants, d'autre part, ainsi que du fait que ces derniers risquent de subir des persécutions dans leur pays d'origine du fait de leur âge et de leur genre. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme A F a attendu le 5 mars 2025 soit près de deux ans après l'attribution de la protection subsidiaire à M. G D pour initier sa demande de visa et celle de ses enfants. Par ailleurs, les requérants n'établissent pas, en l'espèce, que Mme A F ou ses enfants auraient été menacés ou exposés à des risques de mauvais traitement dans leur pays d'origine ni ne produisent d'élément permettant de connaître leurs conditions de vie dans ce pays depuis le départ de M. G D. Dans ces conditions, les requérants ne démontrent pas, en l'état de l'instruction, que les décisions attaquées portent une atteinte suffisamment grave à leurs intérêts. Par suite, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative dans l'attente de l'examen de son recours en annulation, ne peut être regardée comme satisfaite.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, que les conclusions présentées par M. G D et Mme A F sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant au prononcé d'une injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. G D n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. G D et Mme A F est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. K, à Mme J et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à Me Anglade.

Fait à Nantes, le 30 juillet 2025.

La juge des référés,

A. BaufuméLa greffière,

A. Diallo

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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