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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2512077

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2512077

mardi 5 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2512077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSAS HANNOTIN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du maire de Brétignolles-sur-Mer du 10 juillet 2025 réglementant la vente ambulante sur les plages. La société requérante n'a pas justifié d'une situation d'urgence suffisante, car son activité récente sur la commune ne démontrait pas une atteinte grave et immédiate à sa situation économique. Le juge a également estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment l'absence de motivation, la méconnaissance de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales et l'atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 juillet 2025, 16 juillet 2025 et 29 juillet 2025, la SARL Oh Pirates, représentée par Me Payneau, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du maire de la commune de Brétignolles-sur-Mer du 10 juillet 2025 portant réglementation de la vente ambulante sur les plages et leurs abords pendant la saison estivale, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Brétignolles-sur-Mer de l'autoriser à exercer son activité commerciale de vente ambulante sur les plages dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Brétignolles-sur-Mer une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision fait obstacle à l'exercice de son activité de vente ambulante, qui constitue son activité exclusive et pour laquelle son gérant dispose d'une carte en permettant l'exercice, compromet la poursuite de son activité et la prive de ses ressources financières essentielles à sa pérennité alors qu'elle a engagés des frais en prévision de la saison estivale et que son activité ne porte atteinte ni à la salubrité publique ni à l'ordre public ni à aucune considération générale ; elle a été placée en redressement judiciaire ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* l'arrêté n'est pas suffisamment motivé en droit et en fait ;

* l'arrêté n'est pas justifié par l'existence d'un trouble concret à l'ordre public, en méconnaissance de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;

* l'arrêté prévoit une interdiction générale et absolue ou, à tout le moins, présente un caractère disproportionné ;

* l'arrêté porte une atteinte illégale au principe de liberté du commerce et de l'industrie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2025, la commune de Bretignolles-sur-Mer, représentée par la SAS Hannotin Avocats, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société Oh Pirates une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

-les autres pièces du dossier ;

-la requête enregistrée le 11 juillet 2025 sous le numéro 2512008 par laquelle la société Oh Pirates demande l'annulation de l'arrêté du 10 juillet du maire de Brétignolles-sur-Mer portant réglementation de la vente ambulante sur les plages et les abords pendant la saison estivale.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Malingue, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juillet 2025 à 10h30 :

-le rapport de Mme Malingue, juge des référés,

-les observations de Me Payneau, avocate de la société Oh Pirates, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise, en outre, que la condition d'urgence est remplie au regard de sa mise en redressement judiciaire, de l'impossibilité totale d'exercer en Vendée et de l'absence de solution alternative possible ainsi que du caractère saisonnier de son activité ; qu'aucune plainte ne vient étayer la gravité du trouble à la tranquillité publique invoqué pour justifier la mesure de police ;

-et les observations de Me Cheneval, substituant Me Hannotin, représentant la commune de Brétignolles-sur-Mer, qui conclut au rejet de la requête et précise, en outre, que l'arrêté attaqué ne remet pas en cause l'économie générale de la société Oh Pirates, qui dispose d'un établissement dans l'Hérault et d'un établissement en Vendée qui a ouvert au 1er juillet 2025 et s'implante sur un nouveau marché, de sorte que son chiffre d'affaires ne peut être comparé avec celui des années précédentes ; que la concurrence entre les sociétés intervenant dans le secteur dans la vente ambulante ne participe pas à la quiétude des estivants sur les plages et du domaine public ; que l'interdiction ne concerne pas l'intégralité des plages de la commune mais vise notamment à protéger, compte tenu de leur particularité, les plages Natura 2000.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 juillet 2025, le maire de la commune de Brétignolles-sur-Mer a décidé d'interdire la vente ambulante, du 1er juillet au 31 août 2025 sur les plages de la Sauzaie, des Dunes et de Gachère situées en zone Natura 2000 et sites classés, du 1er juillet au 31 août 2025 de 11h30 à 19h sur les plages surveillées et leurs abords de la Sauzaie, de la Parée, du Marais-Girard, des Dunes 1 et 2 ainsi que sur certaines voies conduisant aux plages surveillées. La société Oh Pirates, immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Rouen, qui exerce, depuis le 1er mai 2021, une activité de vente ambulante de produits alimentaires sur les plages et, souhaitant développer son activité sur le littoral vendéen, a ouvert un établissement le 1er juillet 2025 aux Achards, demande de suspendre l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier d'une situation d'urgence liée aux effets de l'arrêté du 10 juillet 2025 au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la société Oh Pirates fait valoir, outre qu'elle ne porte pas atteinte à l'ordre public, que l'arrêté la prive de son activité et de ressources essentielles à sa pérennité, qu'elle a engagé des frais en prévision de la saison estivale et doit faire face à de lourdes charges, que la restriction opposée à l'exploitation fait obstacle à la réalisation d'un chiffre d'affaires semblable à celui des années précédentes, qu'elle n'a réalisé qu'un chiffre d'affaires de 28 000 euros pour la période du 2 juillet au 15 juillet 2025 et qu'elle a été placée en redressement judiciaire par un jugement du tribunal de commerce de Rouen du 29 juillet 2025, qui fixe au 11 juillet 2025 la date de cessation de paiement. Elle produit des factures et justificatifs de charges, les bilans des exercices clos en 2021, 2022 et 2023 qui portent sur une activité qu'elle indique avoir abandonnée, ainsi que des éléments permettant seulement de confirmer l'existence de soldes débiteurs de deux comptes bancaires à hauteur d'environ 13 000 euros chacun. Toutefois, si les frais engagés et les difficultés financières de la société sont avérés, ainsi que l'établit le jugement du 29 juillet 2025 du tribunal de commerce de Rouen, celui-ci retient une date de cessation des paiements au 11 juillet 2025, soit dix jours après l'ouverture de l'établissement de la société en Vendée et un jour après l'adoption de l'arrêté dont la suspension est demandée, de sorte que les difficultés préexistaient à l'intervention de celui-ci. Aucune pièce n'est, par ailleurs, produite à l'appui des affirmations aux termes desquelles la société aurait cessé toute autre activité que celle qu'elle avait prévue de déployer en Vendée. En outre, alors que les contrats de travail produits au dossier mentionnent en objet la vente de denrées alimentaires sur les plages du littoral vendéen situées entre Saint-Jean-de-Monts et La Tranche sur Mer et indiquent qu'un détail du secteur attribué sera précisé lors de la prise de poste du salarié, il n'est pas versé au dossier de pièce exposant les modalités prévisionnelles concrètes de déploiement de l'activité et des salariés de la société Oh Pirates sur les plages de la commune de Brétignolles-sur-Mer, de sorte que l'ampleur de la perte de bénéfices escomptés résultant de l'arrêté du 10 juillet 2025 n'est pas établie. L'impossibilité alléguée d'adapter son activité aux restrictions prévues par cet arrêté ne l'est pas davantage. Par suite, la société n'apporte pas d'élément mettant en mesure d'apprécier l'ampleur de la perte du chiffre d'affaires, qui résulterait des dispositions de l'arrêté contesté, rapportée à son chiffre d'affaires global, et partant, l'atteinte grave et immédiate ainsi portée à sa situation par la décision dont elle demande la suspension.

5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence prévue par à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté, la requête de la société Oh Pirates doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Brétignolles-sur-Mer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Oh Pirates est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Brétignolles-sur-Mer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Oh Pirates et à la commune de Brétignolles-sur-Mer.

Fait à Nantes, le 5 août 2025

La juge des référés,

F. MalingueLa greffière,

G. Peigné

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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