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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2513000

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2513000

mardi 19 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2513000
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMICHEL

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejetant le recours de Mme C... contre un refus de visa de long séjour pour réunification familiale. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie en raison de la séparation prolongée de la famille et de l'isolement de la requérante en Syrie. Il a également considéré que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales était, en l'état, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2025, Mme B... C..., représentée par Me Michel, demande à la juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté son recours contre la décision du 20 mars 2024 par laquelle les autorités consulaires françaises à Beyrouth ont refusé de lui délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d’enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite compte tenu de la durée de séparation de la famille et de l’insécurité dans laquelle elle vit en Syrie alors qu’elle est d’origine druze ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d’un défaut de motivation ;
* elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
* elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, en particulier au regard de sa vulnérabilité.



Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas satisfaite ;
- aucun des moyens soulevés par la requérante n’est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision.



Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 15 juillet 2024 sous le numéro 2411022 par laquelle Mme C... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, sur le fondement de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, a désigné Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère, pour exercer les fonctions de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 13 août 2025 à 9h30 :
- le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier, juge des référés,
- et les observations du représentant du le ministre de l'intérieur.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

Mme C..., ressortissante syrienne née le 12 mars 2002, demande à la juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté son recours contre la décision de refus de visa au titre de la réunification familiale prise à son encontre par les autorités consulaires françaises à Beyrouth le 20 mars 2024.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».

En premier lieu, l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation de la personne requérante ou aux intérêts qu’elle entend défendre. Il appartient à la juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par la personne requérante, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence s’apprécie objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de chaque espèce.

Il résulte de l’instruction que Mme C... est séparée des autres membres de sa famille, en particulier son père et son frère, qui ont rejoint le territoire français, et est isolée en Syrie. Dans les circonstances de l’espèce, Mme C... justifie que la décision de refus de visa porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts. Par suite, la condition d’urgence au sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, tel qu’il est énoncé dans les visas de la présente ordonnance paraît, en l’état de l’instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de visa attaquée.

Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de prononcer la suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours de Mme C... contre la décision du 20 mars 2024 par laquelle les autorités consulaires françaises à Beyrouth ont refusé de lui délivrer un visa de long séjour.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Eu égard à l’office du juge des référés, il y a lieu d’enjoindre au ministre de l’intérieur de réexaminer la demande de visa de Mme C..., dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 800 euros à verser à Mme C... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.






O R D O N N E :

Article 1er : L’exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours de Mme C... contre la décision du 20 mars 2024 par laquelle les autorités consulaires françaises à Beyrouth ont refusé de lui délivrer un visa de long séjour est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa de Mme C..., dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L’Etat versera à Mme C... une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... C..., à M. D... C... et au ministre de l'intérieur.


Fait à Nantes, le 19 août 2025.


La juge des référés,




M. EL MOUATS-SAINT-DIZIER

La greffière,




M. A...



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,

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