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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2514722

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2514722

mercredi 10 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2514722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantLACHAUX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné la requête de Mme C, ressortissante guinéenne, contestant le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeurs d'asile. La décision attaquée était fondée sur l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en raison d’une demande d’asile présentée tardivement. Le tribunal a rejeté l’ensemble des moyens soulevés, estimant que la procédure était régulière et que l’OFII n’avait pas commis d’erreur manifeste d’appréciation, notamment en tenant compte de la vulnérabilité de la requérante. En conséquence, la demande d’annulation de la décision du 21 août 2025 a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 août 2025 et le 3 septembre 2025, Mme E C, représentée par Me Lachaux, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 21 août 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'avis émis par le médecin de l'OFII ;

- elle est également entachée d'un vice de procédure faute d'une information préalable ;

- son édiction n'a pas été précédée d'un examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait concernant la date d'enregistrement de sa demande d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 septembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive (UE) 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Sarda, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 septembre 2025 :

- le rapport de M. Sarda, magistrat désigné,

- les observations de Me Lachaux, avocate de Mme C,

- et les observations de Mme C, assistée de Mme A, interprète assermentée,

- l'OFII n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme E C, née le 23 janvier 2002, ressortissante guinéenne, demande au tribunal d'annuler la décision du 21 août 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 3 septembre 2025, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce qu'elle soit provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 de ce même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

4. Il est constant que Mme C est entrée en France, pour la dernière fois, le 24 avril 2025 et n'a déposé sa demande d'asile que le 21 août 2025, soit au-delà du délai de quatre-vingt-dix jours prévu par les dispositions précitées de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme C est la mère de deux enfants mineurs, B A et D F C, nées respectivement le 16 mai 2022 et le 20 octobre 2024. Elle soutient que son mari a été enlevé en Angola alors qu'elle était enceinte de son premier enfant. Si Mme C et ses enfants sont hébergés temporairement chez une amie, elle soutient que cette dernière lui a indiqué qu'ils devraient prochainement quitter ce logement. Par ailleurs, il ressort des pièces produites par la requérante que la jeune D, âgée de moins d'un an à la date de la décision attaquée, a été prise en charge le 20 juillet 2025 au service des urgences pédiatriques du centre hospitalier universitaire d'Angers en raison de vomissements et de diarrhées. Enfin, il n'est pas sérieusement contesté que Mme C ne dispose d'aucune ressource financière. La requérante justifie ainsi se trouver dans une situation de particulière vulnérabilité. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France, la directrice territoriale de l'OFII a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 21 août 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'OFII d'accorder, à titre rétroactif, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de Mme C, dans un délai de quinze jours à compter de sa notification.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire de Mme C à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 août 2025 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif, au profit de Mme C, dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Lachaux, avocate de Mme C, la somme de 1 000 euros, au titre des articles L. 761- 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à Me Lachaux et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2025.

Le magistrat désigné,

M. SARDALa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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