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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2514950

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2514950

jeudi 11 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2514950
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantJEANNOT

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Nantes rejette la demande de suspension d’un refus de visa de long séjour pour réunification familiale, présentée par une mère bénéficiaire de la protection subsidiaire pour sa fille mineure guinéenne. La requérante invoquait un risque imminent d’excision pour justifier l’urgence, mais le juge estime que ce risque n’est pas suffisamment documenté et que le délai de plus d’un an pour saisir le juge des référés n’est pas expliqué. En conséquence, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est pas remplie, entraînant le rejet de l’ensemble des conclusions.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 août 2025, Mme C E A, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de sa fille mineure, D B, représentée par Me Jeannot, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 21 mars 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours exercé contre la décision du 21 novembre 2023 par laquelle l'ambassade de France à Conakry (Guinée) a refusé de délivrer à sa fille un visa de long séjour sollicité au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Jeannot d'une somme de 2 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le refus de visa a pour conséquence d'exposer sa fille à un risque important et imminent de mutilation sexuelle féminine ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* l'auteur de la décision contestée ne justifie pas de sa compétence ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait, de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la filiation l'unissant à sa fille tout comme l'autorisation du père de l'intéressée de la rejoindre sur le territoire français sont établies ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 et 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne, qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire le 18 octobre 2022 par une décision de la Cour nationale du droit d'asile, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 21 mars 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours exercé contre la décision du 21 novembre 2023 par laquelle l'ambassade de France à Conakry (Guinée) a refusé de délivrer à sa fille un visa de long séjour sollicité au titre de la réunification familiale.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter sans instruction ni audience les demandes qui ne présentent pas un caractère d'urgence.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier l'urgence à suspendre l'exécution de la décision Mme A fait valoir le risque que sa fille subisse une excision. Toutefois, les craintes de mutilation sexuelle visant l'enfant D B, s'agissant à tout le moins de l'imminence de leur occurrence, ne sont pas documentées de manière suffisamment probante par les seuls propos généraux rapportés. Au surplus, la décision de la décision contestée de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est datée du 21 mars 2024 mais la requérante n'a saisi le juge des référés que le 29 août 2025, soit après plus d'un an, sans donner aucune explication sur ce délai. Les circonstances ainsi invoquées ne sont pas, en dépit de la séparation des intéressés, de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des décisions litigieuses. La condition d'urgence n'étant pas remplie, il y a lieu, par suite, de rejeter la requête en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C E A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 11 septembre 2025.

Le juge des référés,

P. Rosier

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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