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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2515415

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2515415

mardi 23 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2515415
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantTHIEULEUX

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a annulé la décision du 29 août 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) refusait à Mme B, ressortissante éthiopienne, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que l'OFII n'avait pas procédé à une évaluation de la vulnérabilité de la requérante, en méconnaissance des articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette absence d'évaluation préalable a entaché la décision d'illégalité, conduisant à son annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2025, Mme A B, représentée par Me Thieuleux, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 29 août 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir à titre rétroactif le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation à l'aide juridictionnelle, au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre à la charge de l'Etat la même somme, à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- son édiction n'a pas été précédée d'un examen de sa vulnérabilité ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en outre, il n'est pas établi que l'entretien réalisé par l'OFII ait été mené par une personne disposant d'une qualification particulière ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-15 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est contraire aux stipulations des articles 1er et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 septembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive (UE) 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Sarda, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Sarda a été entendu au cours de l'audience publique du 17 septembre 2025.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 23 avril 1999, ressortissante éthiopienne, demande au tribunal d'annuler la décision du 29 août 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 3 septembre 2025, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce qu'elle soit provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Et aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".

5. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique qu'après examen des besoins et de la situation personnelle et familiale de Mme B, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est totalement refusé au motif qu'elle a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Cette décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen de la situation de la requérante, notamment au regard de sa vulnérabilité. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié, le 29 août 2025, d'un entretien individuel au cours duquel sa vulnérabilité a été évaluée. Cet entretien s'est déroulé en langue anglaise, langue que l'intéressée a déclaré comprendre. Alors qu'aucune des dispositions précitées n'impose que soit portée la mention, sur la fiche d'évaluation de vulnérabilité, de l'identité de l'agent ayant conduit l'entretien, celui-ci doit, en l'absence d'élément contraire, être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'entretien du 29 août 2025 aurait été conduit dans des conditions ne permettant pas d'en garantir la confidentialité. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait intervenue en méconnaissance des articles L. 551-10 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par Mme B a été définitivement rejetée par une décision du 29 juillet 2025 de la cour nationale du droit d'asile. Il est constant que l'intéressée a sollicité le 29 août 2025 un réexamen de sa demande d'asile. Si la requérante, âgée de 26 ans, célibataire, sans enfant à charge, soutient qu'elle rencontre des problèmes de santé, elle ne l'établit pas en se limitant à produire une " attestation de présence ", délivrée postérieurement à la date de la décision attaquée, par le pôle " accès aux soins " d'une association localisée à Laval. Par ailleurs, si Mme B fait valoir qu'elle ne dispose d'aucune ressource financière et qu'elle est " ponctuellement prise en charge par le 115 ", les pièces qu'elle produit ne suffisent pas à elles-seules à démontrer qu'elle se trouverait dans une situation de particulière vulnérabilité. En outre, s'agissant de ses conditions d'hébergement, elle reconnaît qu'elle parvient parfois à dormir chez des connaissances ou des membres de sa communauté d'origine. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la directrice territoriale de l'OFII aurait entaché sa décision d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

10. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point précédent et alors que la requérante se borne à faire valoir qu'elle " présente une particulière vulnérabilité ", les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 1er et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire de Mme B à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Thieuleux et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2025.

Le magistrat désigné,

M. SARDA La greffière,

L. LECUYER

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2515415

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