Le Tribunal administratif de Nantes, statuant en référé, a rejeté la demande du syndicat CGT des Pays-de-la-Loire visant à suspendre la décision de la région de déployer des outils d’intelligence artificielle sans consultation préalable du comité social territorial. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment le défaut de consultation obligatoire en vertu des articles L. 251-1, L. 253-5 et R. 253-24 du code général de la fonction publique, ne créait, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision. La condition d'urgence n'a pas été examinée. Les frais de justice ont été laissés à la charge de chaque partie.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 13, 23 et 27 septembre 2025, le syndicat CGT de la région des Pays-de-la-Loire, représenté par Me Carpentier, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 18 juillet 2025 par laquelle le vice-président du conseil régional des Pays-de-la-Loire chargé des finances et des ressources humaines a rejeté sa demande tendant à l’abrogation de la décision d’introduire des outils d’intelligence artificielle au sein des services de la région et à ce qu’il soit procédé à la consultation du comité social territorial préalablement à ce déploiement ;
2°) de mettre à la charge de la région des Pays-de-la-Loire une somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le syndicat requérant soutient que :
- la condition d’urgence est remplie : la décision préjudice de manière grave et immédiate aux intérêts qu’il défend dès lors notamment qu’il est procédé au déploiement d’outils d’intelligence artificielle au sein des service de la collectivité, sans que les instances représentatives du personnel n’aient été consultées, privant les agents d’un droit constitutionnellement garanti, et alors que l’introduction de telles technologies est susceptibles d’avoir des impacts significatifs sur l’organisation du travail, la charge de travail ainsi que sur l’ état de santé de ces derniers ; aucun motif d’intérêt général n’est susceptible de faire obstacle à la mesure de suspension demandée ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* le déploiement d’outils d’intelligence artificielle, à partir de 2024, devait être précédé d’une consultation du comité social territorial (CST) et de sa formation spécialisée au regard notamment des dispositions des articles L. 251-1, L. 253-5 et R. 253-24 du code général de la fonction publique et de celles des articles 54 et 70 du décret n° 2021-571 du 10 mai 2021 dès lors que ce déploiement implique l’introduction d’une nouvelle technologie susceptible d’avoir un impact sur les conditions de travail, l’organisation de celui-ci ainsi que sur la santé et la sécurité des agents, sans que n’y fasse obstacle la circonstance que l’utilisation de cette technologie demeure facultative ;
* elle procède d’une erreur de droit ; en conditionnant la consultation du CST au caractère impératif de l’utilisation de l’intelligence artificielle, l’autorité administrative ajoute une condition non prévue par la loi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2025, la région des Pays-de-la-Loire, représentée par Me Bernot, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge du syndicat CGT de la région des Pays-de-de-la-Loire une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- il n’existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 septembre 2025, sous le n° 2515830, par laquelle le requérant demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, a désigné M. Danet, premier conseiller, pour statuer en matière de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 29 septembre à 10h :
- le rapport de M. Danet, juge des référés ;
- les observations de Me Carpentier, avocat du syndicat CGT de la région des Pays-de-la-Loire ;
- et les observations de Me William, substituant Me Bernot, avocate de la région des Pays-de-la-Loire.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».
2. En l’état de l’instruction aucun des moyens invoqués par le requérant, tels qu’énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l’état de l’instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, et sans qu’il soit besoin d’apprécier la condition d’urgence, les conclusions aux fins de suspension de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
3. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la région des Pays-de-la-Loire, qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse au syndicat requérant la somme que ce dernier réclament au titre des au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
4. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la région des Pays-de-la-Loire présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.
ORDONNE :
Article 1er : La requête du syndicat CGT de la région des Pays-de-la-Loire est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la région des Pays-de-la-Loire présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnnance sera notifiée à syndicat CGT de la région des Pays-de-la-Loire et à la région des Pays-de-la-Loire.
Fait à Nantes, le 8 octobre 2025.
Le juge des référés,
J. DANET
La greffière,
A-L. BOUILLAND
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, préfet de la région des Pays-de-la-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,