Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Yarroudh-Feurion, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 23 août 2025 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l’a assigné résidence sur le territoire de la commune de Nantes (44) pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l’Etat.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué contesté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il n’existe aucune perspective raisonnable d’éloignement à destination de l’Algérie ;
- la mesure d’assignation à résidence n’est justifiée ni dans son principe ni dans ses modalités, lesquelles sont, en outre, disproportionnées et méconnaît les stipulations des articles 5 et 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Des pièces complémentaires, produites par le préfet de la Loire-Atlantique, ont été enregistrées le 6 octobre 2025.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2025, le préfet de la Loire-Atlantique conclut, à titre principal, à l’irrecevabilité de la requête, et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive,
- en tout état de cause, les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2025.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lamarche, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure de l’article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu’en matière de référés, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Lamarche a été entendu au cours de l’audience publique du 10 octobre 2025.
Les parties n’étant ni présentes ni représentées, la clôture de l’instruction a été prononcée à la suite de l’appel de l’affaire à l’audience.
Une note en délibéré, présentée par M. B..., a été enregistrée le 10 octobre 2025.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., ressortissant algérien né le 28 juillet 2003, est entré en France au cours de l’année 2020 selon ses déclarations. Par un jugement rendu le 5 février 2024, le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire a prononcé à son encontre une peine d’interdiction du territoire français à titre définitif. Par un arrêté du 15 janvier 2025, le préfet de la Loire-Atlantique a fixé le pays à destination duquel M. B... sera reconduit. Par des arrêtés des 15 avril et 5 juin 2025 le préfet a prononcé l’assignation à résidence de M. B... sur le territoire de la commune de Nantes (44000) pour une durée de 45 jours, renouvelable deux fois. Par sa requête, M. B... demande au tribunal, d’annuler l’arrêté daté du 23 août 2025 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l’a une nouvelle fois assigné résidence sur le territoire de la commune de Nantes pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
2. M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2025. Il n’y a pas lieu, par suite, de l’admettre à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle dans cette instance.
Sur la légalité de la décision en litige :
3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ».
4. D’une part, la décision contestée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde, en particulier son article L. 731-1. D’autre part, le préfet de la Loire-Atlantique a précisé de manière suffisante que M. B... a fait l’objet d’une interdiction définitive du territoire français prononcée par le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire le 5 février 2024, qu’il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, la mesure d’assignation à résidence en litige comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, aux termes de l’article L.731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile: « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / (…)7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; (…) ». Aux termes de l’article L. 732-3 du même code : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ». Aux termes de l’article L. 733-1 de ce code : « L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie (…) ». Enfin, l’article R. 733-1 précise : « L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger (…) définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ». Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l’encontre d’un étranger assigné à résidence, qui limitent l’exercice de sa liberté d’aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l’objectif qu’elles poursuivent, qui est de s'assurer du respect de l’interdiction faite à l’étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
6. L’arrêté contesté fait obligation au requérant de se présenter tous les jours de la semaine, sauf les week-ends et les jours fériés, entre 8h et 9h, au commissariat central de police de Nantes (44000) et lui fait interdiction de se déplacer en dehors du territoire de cette commune sans autorisation préalable. Cette mesure d’assignation vise à assurer l'exécution de la mesure d'éloignement lorsque les conditions seront réunies. En se bornant à évoquer, en termes généraux, la dégradation des relations diplomatiques entre la France et l’Algérie, M. B..., qui s’est lui-même déclaré de nationalité algérienne lors de son audition par les services de police de Saint-Nazaire le 22 août 2025 dans le cadre de sa garde à vue pour violences conjugales, n’établit pas que son éloignement à destination de son pays d’origine ne constituerait pas une perspective raisonnable. Par ailleurs, le requérant ne démontre pas que l’obligation de pointage journalier au commissariat serait disproportionnée compte tenu des carences constatées dans le respect des obligations résultant des précédentes mesures d’assignation à résidence dont il a fait l’objet et alors qu’il se déclare sans profession. Ainsi, M. B..., qui ne fait état d’aucun autre élément particulier ou de contraintes liées à sa situation personnelle susceptibles de l’empêcher de satisfaire à ces obligations, ne démontre pas que la mesure d’assignation en litige serait disproportionnée dans son principe ou dans ses modalités d’application ni qu’elle méconnaîtrait les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l’article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté (…) ».
8. Si une mesure d’assignation à résidence de la nature de celle qui a été prise à l’égard du requérant apporte des restrictions à l’exercice de certaines libertés, en particulier la liberté d’aller et venir, elle ne présente pas, compte tenu de sa durée et de ses modalités d’exécution, le caractère d’une mesure privative de liberté au sens des stipulations l’article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, M. B... ne peut utilement s’en prévaloir pour contester la mesure d’assignation à résidence prise à son encontre.
9. En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; (…) »
10. Si M. B... invoque la méconnaissance des stipulations qui viennent d’être citées, il ne fait état d’aucun élément permettant d’apprécier l’atteinte portée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Au demeurant, la mesure d’assignation à résidence en litige n’a ni pour objet ni pour effet de se prononcer sur son droit au séjour en France ou de l’éloigner du territoire. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne peut qu’être écarté.
11. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu d’admettre M. B..., à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B... est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Yarroudh-Feurion.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2025
La magistrate désignée,
M. LAMARCHE
La greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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