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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2603383

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2603383

vendredi 27 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2603383
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEX PUBLICA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé précontractuel, rejette la demande de la société Auddicé Val-de-Loire visant à annuler la procédure de passation d'un marché public pour la révision d'un PLU et le rejet de son offre. Le juge estime que la commune de Chemillé-en-Anjou n'a pas commis de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence, notamment en n'écartant pas l'offre d'un concurrent pour prix anormalement bas, et que la requérante n'établit pas l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation. La décision est rendue sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 février et 9 mars 2026, la société Auddicé Val-de-Loire, représentée par Me Collart, demande au juge des référés, statuant en application de l’article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d’annuler la procédure de passation d’un marché public lancée par la commune de Chemillé-en-Anjou (49) ayant pour objet la révision générale de son plan local d’urbanisme (PLU), à compter de l’analyse des offres ;

2°) d’annuler les décisions de rejet de l’offre qu’elle a présentée au titre du lot n°1 « révision générale du PLU » des 8 et 13 février 2026 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Chemillé-en-Anjou une somme de 4 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision d’attribution du marché à la société concurrente procède d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’analyse des offres dès lors que l’offre financière de la société concurrente est anormalement basse et aurait dû être écartée après que des précisions et justifications sur le montant de son offre lui aient été demandées ; en outre, le prix proposé révèle une offre lacunaire qui ne permet pas de satisfaire les enjeux et les attentes du marché en litige ;
- cette décision est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors, d’une part, que la société concurrente ne présente pas les compétences juridiques requises, en méconnaissance des dispositions de la loi duu 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques et, d’autre part, qu’elle ne s’est pas conformée aux exigences du règlement de la consultation ;
- la commune a dénaturé les offres qui lui étaient soumises ;
- ces manquements ont lésé ses droits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2026, la commune de Chemillé-en-Anjou, représentée par Me Boucher, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Auddicé Val-de-Loire au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2026, la SARL « La boîte de l’espace » (ci-après « LBDE »), représentée par Me Giroud, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Auddicé Val-de-Loire au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.


Vu les pièces du dossier.

Vu :
- le code de la commande publique ;
- la loi n°71-1130 du 31 décembre 1971 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lamarche, en application de l’article L. 551-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Au cours de l’audience publique tenue le 11 mars 2026 en présence de Mme Dionis, greffière d’audience, Mme Lamarche a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Collart, avocat de la société Auddicé Val-de-Loire,
- les observations de Me Boucher, avocat de la commune de Chemillé-en-Anjou,
- et les observations de Me Giroud, avocat de la société « LBDE ».

La clôture de l’instruction a prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :

1. La commune de Chemillé-en-Anjou (49) a lancé une procédure formalisée d’appel d’offres ouvert pour la passation d’un marché public de prestations intellectuelles ayant pour objet la révision générale de son plan local d’urbanisme (ci-après « PLU »), alloti en trois lots. Par un courrier daté du 8 février 2026, rectifié le 13 février 2026, la société Auddicé Val-de-Loire a été informée du rejet de l’offre qu’elle avait déposée pour l’attribution du lot n°1 « élaboration du PLU ». Par sa requête, la société Auddicé Val-de-Loire demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative, d’annuler ladite procédure au stade de l’analyse des offres ainsi que la décision de rejet de son offre.


Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 551-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes des dispositions de l’article L. 551-1 du code de justice administrative : « Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / Il peut également être saisi en cas de manquement aux mêmes obligations auxquelles sont soumises, en application de l'article L. 521-20 du code de l'énergie, la sélection de l'actionnaire opérateur d'une société d'économie mixte hydroélectrique et la désignation de l'attributaire de la concession. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ».

3. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l’article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l’administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d’être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l’opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l’avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.

4. Aux termes de l’article 54 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques : « Nul ne peut, directement ou par personne interposée, à titre habituel et rémunéré, donner des consultations juridiques ou rédiger des actes sous seing privé, pour autrui : / 1° S’il n’est titulaire d’une licence en droit ou s’il ne justifie, à défaut, d’une compétence juridique appropriée à la consultation et la rédaction d’actes en matière juridique qu’il est autorisé à pratiquer conformément aux articles 56 à 66. / Les personnes mentionnées aux articles 56, 57 et 58 sont réputées posséder cette compétence juridique. / Pour les personnes exerçant une activité professionnelle réglementée mentionnées à l’article 59, elle résulte des textes les régissant. / Pour chacune des activités non réglementées visées à l’article 60, elle résulte de l’agrément donné, pour la pratique du droit à titre accessoire de celle-ci, par un arrêté qui fixe, le cas échéant, les conditions de qualification ou d’expérience juridique exigées des personnes exerçant cette activité et souhaitant pratiquer le droit à titre accessoire de celle-ci (…) ». Aux termes de l’article 56 de la même loi : « Les avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation, les avocats inscrits à un barreau français, les notaires, les huissiers de justice, les commissaires-priseurs judiciaires, les administrateurs judiciaires et les mandataires- liquidateurs disposent concurremment, dans le cadre des activités définies par leurs statuts respectifs, du droit de donner des consultations juridiques et de rédiger des actes sous seing privé pour autrui ». L’article 60 ajoute : « Les personnes exerçant une activité professionnelle non réglementée pour laquelle elles justifient d’une qualification reconnue par l’Etat ou attestée par un organisme public ou un organisme professionnel agréé peuvent, dans les limites de cette qualification, donner des consultations juridiques relevant directement de leur activité principale et rédiger des actes sous seing privé qui constituent l’accessoire nécessaire de cette activité ».

5. Il appartient au pouvoir adjudicateur, dans le cadre de la procédure de passation d’un marché public portant sur des activités dont l’exercice est réglementé, de s’assurer que les soumissionnaires remplissent les conditions requises pour les exercer. Tel est le cas des consultations juridiques et de la rédaction d’actes sous seing privé qui, ainsi qu’il a été dit au point 4, ne peuvent être effectuées à titre habituel que par les professionnels mentionnés par l’article 54 de la loi du 31 décembre 1971. Lorsque les prestations qui font l'objet du marché n'entrent qu'en partie seulement dans le champ d'activités réglementées, les opérateurs économiques peuvent présenter leur candidature et leur offre sous la forme d'un groupement conjoint, dans le cadre duquel l'un des cotraitants possède les qualifications requises. Ainsi, pour un marché relatif à des prestations ne portant que partiellement sur des consultations juridiques, il est loisible à un opérateur économique ne possédant pas ces qualifications de s'adjoindre, dans le cadre d'un groupement conjoint, en tant que cotraitant, le concours d'un professionnel du droit, à la condition que la répartition des tâches entre les membres du groupement n'implique pas que celui ou ceux d'entre eux qui n'a pas cette qualité soit nécessairement conduit à effectuer des prestations relevant de l'article 54 de la loi du 31 décembre 1971.

6. En l’espèce, le marché porte sur la révision générale du plan local d’urbanisme de la commune de Chemillé-en-Anjou. Il résulte de l’instruction, en particulier du cahier des clauses techniques particulières (CCTP), que ce marché a pour objet de « conduire les études nécessaires pour dresser le bilan du plan local d’urbanisme et de procéder à la révision de ce document dans le respect des textes applicables en tenant compte, le cas échéant, des évolutions juridiques qui interviendront pendant la durée de la procédure, jusqu’à l’approbation par le conseil municipal et l’expiration des délais de recours. » L’un des deux objectifs poursuivis par cette révision est, à cet égard, d’« intégrer le nouveau cadre législatif, réglementaire et local ». Ainsi, au titre des compétences approfondies attendues des candidats à l’attribution du lot n°1 en litige figure le droit de l’urbanisme, de l’environnement et de l’aménagement. Il résulte également du même document que le titulaire du lot n°1 devra rédiger un certain nombre de documents d’urbanisme, notamment le règlement du PLU pour lequel il est expressément précisé : « (…) il est attendu une rédaction claire et facile d’accès, agrémentée d’illustrations explicatives, pour améliorer la compréhension de la règle. D’une manière générale, les documents devront présenter une sécurité juridique consolidée. (…) » En outre, le point 2.1.1.5.3 du CCTP intitulé « veille et accompagnement juridique » précise : « Le prestataire contribue à la sécurité juridique du projet qu’il s’agisse du respect des textes en termes de procédure ou de contenu. Dans le cadre de sa mission de vieille juridique, il avertira la commune de tout changement des textes législatifs ou règlementaires. Le cas échéant, il explicitera les conséquences sur le projet. La commune sera avertie de tout risque juridique et contentieux et bénéficiera d’une analyse écrite précise du risque. Cette mission se poursuivra jusqu’à forclusion des délais du contrôle de la légalité du document approuvé. Durant ces délais, le prestataire sera notamment associé à toutes les réflexions sur les recours reçus, le cas échéant, afin de participer à la rédaction des réponses en soulevant les points pertinents. ». Il résulte ainsi de ces dispositions que plusieurs des missions confiées à l’attributaire comportent une dimension juridique nécessitant, à tout le moins, un travail de qualification juridique, d’application de la règle de droit à une situation particulière et de proposition d’une solution justifiée en droit devant permettre au conseil municipal de prendre des décisions éclairées et juridiquement solides afin, notamment, de prévenir le risque contentieux, et d’assister, le cas échéant, la commune pour répondre aux éventuels recours. Par suite, certaines des prestations du lot n°1 du marché en litige peuvent constituer des consultations juridiques au sens de l’article 54 de la loi du 31 décembre 1971, de sorte que ce lot doit être regardé comme au moins partiellement relatif à des consultations juridiques.

7. Il est constant que la société LBDE à laquelle le lot n°1 du marché public en litige a été attribué, qui ne fait pas partie des personnes mentionnées aux articles 56, 57 et 58 de la loi du 31 décembre 1971, et qui n'exerce pas une activité professionnelle réglementée au sens de l'article 59, ne justifie pas d'une qualification reconnue par l'Etat ou attestée par un organisme public ou un organisme professionnel agréé. Elle n'entre en conséquence dans aucune des catégories de professionnels habilités à effectuer des consultations juridiques. Par suite, sa candidature ne pouvait être régulièrement retenue. Si cette société fait valoir que la société Auddicé Val-de-Loire ne justifie pas davantage de sa compétence juridique, la circonstance que l’offre du concurrent évincé, auteur du référé contractuel, soit irrégulière ne fait, en tout état de cause, pas obstacle à ce qu’il puisse se prévaloir de l’irrégularité de l’offre de la société attributaire du contrat en litige.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, aucun de ceux-ci n’étant susceptible de conduire à l’annulation de la procédure à un stade antérieur, que la procédure de passation du lot n°1 du marché public en litige doit être annulée au stade de l’analyse des offres, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant rejet de l’offre de la société Auddicé Val-de-Loire.


Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Auddicé Val-de-Loire, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes réclamées par la commune de Chemillé-en-Anjou et par la société « LBDE » au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune de Chemillé-en-Anjou le versement d’une somme de 1 500 euros à la société Auddicé Val-de-Loire au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La procédure de passation du lot n°1 du marché public ayant pour objet la révision générale du plan local d’urbanisme de la commune de Chemillé-en-Anjou est annulée au stade de l’analyse des offres, ainsi que les décisions de rejet de l’offre présentée par la société Auddicé-Val-de-Loire.

Article 2 : La commune de Chemillé-en-Anjou versera une somme de 1 500 euros à la société Auddicé-Val-de-Loire au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Auddicé Val-de-Loire, à la commune de Chemillé-en-Anjou et à la société « La boîte de l’espace ».

Fait à Nantes, le 27 mars 2026.


La juge des référés,

M. LAMARCHE
La greffière,

J. DIONIS


La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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