Le Tribunal Administratif de Nantes a statué sur un recours en excès de pouvoir concernant le refus d'un titre de séjour et des mesures d'éloignement. Le tribunal a jugé irrecevable la demande d'annulation du refus de titre de séjour, celle-ci étant tardive, car introduite après l'expiration du délai de deux mois prévu par l'article R. 421-1 du code de justice administrative. En revanche, concernant les arrêtés d'obligation de quitter le territoire et d'assignation à résidence, le tribunal a examiné leur légalité au fond, en application des articles L. 614-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 février 2026, M. B... A... représenté par Me Abdallah, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 1er juillet 2025 par laquelle la préfète de la Mayenne a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d’annuler l’arrêté du 29 décembre 2025 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;
3°) d’annuler l’arrêté du 29 décembre 2025 par lequel le préfet de la Vendée l’a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Givrand (85800) pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d’enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 1er juillet 2025 portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente, elle est insuffisamment motivée et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est illégale par voie d’exception d’illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2026, le préfet de la Vendée conclut, à titre principal, à l’irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.
Il fait valoir que :
- l’ensemble des conclusions à fin d’annulation de la requête sont tardives ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2026, la préfète de la Mayenne conclut, à titre principal, à l’irrecevabilité des conclusions de la requête dirigées contre la décision de refus de séjour en date du 1er juillet 2025 et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.
Elle fait valoir que :
- les conclusions tendant à l’annulation de sa décision de refus de séjour du 1er juillet 2025 sont tardives ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lamarche, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure de l’article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Lamarche a été entendu au cours de l’audience publique du 20 mars 2026.
Les parties n’étant ni présentes ni représentées, la clôture de l’instruction a été prononcée à la suite de l’appel de l’affaire à l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A..., ressortissant tunisien né le 18 octobre 1989, demande au tribunal d’annuler la décision du 1er juillet 2025 par laquelle la préfète de la Mayenne a rejeté sa demande de titre de séjour ainsi que les arrêtés du 29 décembre 2025 par lesquels le préfet de la Vendée, d’une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an et, d’autre part, l’a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Givrand (85800) pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision de la préfète de la Mayenne en date du 1er juillet 2025 :
2. Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ». Selon l’article R. 421-5 du même code : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu’à la condition d’avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ».
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 1er juillet 2025 par laquelle la préfète de la Mayenne a rejeté la demande de titre de séjour de M. A..., a été notifiée le 4 juillet 2025 à l’adresse indiquée à la préfecture par lettre recommandée avec accusé de réception et qu’elle comportait l’indication des voies et délais de recours. Le délai de recours contentieux contre cet arrêté était dès lors expiré à la date d’introduction de la présente requête, le 27 février 2026. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions à d’annulation de cette décision doit être accueillie.
Sur les conclusions à fin d’annulation des arrêtés du préfet de la Vendée en date du 29 décembre 2025 :
4. Aux termes de l’article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 ». Aux termes de l’article L. 732-8 du même code : « La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. ». Selon l’article L. 921-1 de ce code : « Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. ». Enfin, aux termes de l’article R. 921-3 du même code : « Les délais de recours de sept jours et quarante-huit heures respectivement prévus aux articles L. 921-1 et L. 921-2 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. ».
5. Il ressort des pièces du dossier que les arrêtés contestés du 29 décembre 2025, qui comportaient chacun la mention des voies et délais de recours prévus à l’article L. 921-1 précité, ont été notifiés à M. A... le jour même à 18h05. Le requérant disposait ainsi d’un délai de sept jours pour introduire un recours contentieux. Par suite, la requête enregistrée au greffe du tribunal le 27 février 2026 est tardive. La fin de non-recevoir opposée en ce sens en défense doit, dès lors, être accueillie.
6. Il résulte de l’ensemble ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées, ainsi que les conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., au préfet de la Vendée, à la préfète de la Mayenne et à Me Abdallah.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2026.
La magistrate désignée,
M. Lamarche
La greffière,
A-L. Bouilland
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée et à la préfète de la Mayenne en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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