Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires, enregistrés les 5, 23 et 30 mars 2026, M. E... D..., représenté par Me Lefèvre, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures :
1°) sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de l’arrêté de permis de construire n° PC 044 131 24D1116 en date du 10 octobre 2024 par lequel la commune de Pornic a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de la construction d’une deuxième maison d’habitation sur un terrain sis 2, Chemin des Mousseaux, parcelle cadastrée Section CZ n° 294 à Pornic (44210), ensemble la décision implicite en date du 9 février 2025 née du silence gardé par la direction des affaires culturelles (DRAC) et le Préfet de la Région Pays de la Loire par suite du recours administratif préalable obligatoire formalisé le 9 décembre 2024, reçu le 12 décembre suivant ;
2°) d’enjoindre de délivrer l’autorisation sollicitée à titre conservatoire ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Pornic la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article L 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- la condition d’urgence est présumée satisfaite au regard des dispositions de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
s’agissant de la décision de refus de permis de construire :
* elle est entachée d’un vice de procédure puisque le refus de permis de construire litigieux n’a pas été délivré par le Maire, mais par M. B... A... dont il n’est pas justifié qu’il aurait reçu une délégation régulière de compétence et de signature du maire ;
* elle méconnaît les dispositions de l’article A. 424-2 du code de l’urbanisme en ce que la justification et le sens des avis ne sont pas tous indiqués ce qui a eu pour effet, à la fois, d’influencer sur l’appréciation portée par le service instructeur sur la demande de permis d’aménager, et de priver les tiers d’une garantie ;
* le refus de permis de construire est fondé exclusivement sur l’avis de l’architecte des bâtiments de France (ABF) du 29 août 2024 qui est irrégulier en ce que :
le projet ne crée pas un frangement dans le mur de pierres sèches, qui est sans aucune base rocheuse contrairement à ce qui a été indiqué, d’autant qu’il respecte les contraintes séparatives et réduit à une seule construction pour diminuer l’impact visuel ;
d’une part, sur le terrain d’assiette du projet, deux sujets ont été classés en tant qu’arbres patrimoniaux et ils se situent à l’entrée de la parcelle, le plan de masse PCMI 2 reprend chacun des éléments figurant dans le règlement du PLU de la commune de Pornic en indiquant le recul racinaire d’au moins 1,2 fois le rayon du houppier, seul un arbre, situé en zone Uapf, a été abattu pour des raisons de sécurité (soulèvement racinaire mettant en danger la solidité des murs de soutien), mais il sera remplacé par un autre arbre de haut jet à la charge du pétitionnaire, d’autre part, il est prévu la suppression du terrain de tennis et ainsi l’aménagement arboré de cet espace, outre une perméabilisation accrue du sol en accord avec le classement en zone Ni, ce qui permettrait la mise en valeur et le développement des qualités paysagères du lieu par des plantations, ce qui n’est absolument pas le cas actuellement avec cette surface bétonnée et alors que cette décision de l’ABF vient en contradiction avec celle du 21 janvier 2022 prise à l’époque par M. E... C..., qui avait autorisé le premier projet de deux maisons.
s’agissant de la décision du préfet de région portant rejet du recours administratif préalable obligatoire :
elle est insuffisamment motivée ;
elle est entachée d’un défaut de base légale :
Il n’a jamais prévu de détruire le mur qui fait l’objet de protection au titre du PLU ;
Concernant l’impact sur le paysage singulier, d’une part, sur le terrain d’assiette du projet, 2 sujets ont été classés en tant qu’arbres patrimoniaux et ils se situent à l’entrée de la parcelle, d’autre part, il est prévu la suppression du terrain de tennis et ainsi l’aménagement arboré de cet espace, outre une perméabilisation accrue du sol en accord avec le classement en zone Ni, ce qui permettrait la mise en valeur et le développement des qualités paysagères du lieu par des plantations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2026, la commune de Pornic, représentée par la SELARL Cabinet Coudray Urbanlaw, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de M. D... la somme 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
les conclusions de M. D... tendant à l’annulation de la décision implicite de rejet et de la décision en date du 7 avril 2025 portant rejet du recours administratif préalable obligatoire (RAPO) sont irrecevables ;
- s’agissant de la décision de refus de permis de construire :
* les moyens dirigés contre le refus de permis de construire sont inopérants, en tout cas mal fondés, puisqu’il n’est pas contesté que le terrain d’assiette du projet est compris dans le périmètre du site patrimonial remarquable (SPR) et soumis à l’avis conforme de l’ABF ;
* les moyens dirigés contre la décision de refus de permis de construire sont mal fondés :
le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de la décision contestée manque en fait ;
l’arrêté contesté ne méconnaît pas les dispositions de l’article A 424-2 du code de l’urbanisme : la circonstance que l’arrêté du 10 octobre 2024 ne mentionne pas le sens de tous les avis recueillis dans le cadre de l’instruction est sans incidence sur sa légalité ;
concernant le moyen tiré du caractère erroné des griefs tirés de l’atteinte au mur de pierre et au paysage singulier, ils sont identiques à ceux développés à l’encontre de la décision implicite du préfet et développés infra ;
- s’agissant de la décision implicite du préfet de région portant rejet du recours administratif préalable obligatoire :
* le moyen tiré de l’insuffisance de motivation est voué au rejet dès lors que le courrier du 7 avril 2025 en réponse à sa demande de communication de motifs a permis à M. D... de comprendre la nature et la portée de la décision du préfet, et alors que le requérant ne manque pas de contester ces motifs de refus dans le cadre de l’instance au fond ;
* le moyen tiré du défaut de base légale est inopérant dès lors que l’ABF, comme le préfet, ne se fonde pas sur les règles du règlement du PLU de Pornic mais sur le respect de l’intérêt public attaché au patrimoine, conformément aux dispositions de l’article L. 632-2 du code du patrimoine dès lors que :
le projet prévoit une atteinte manifeste à l’intégrité des murs de soutènement présents sur la parcelle, lesquels présentent un intérêt incontestable pour le patrimoine, et alors que la qualité du mur de soutènement n’est pas sérieusement contestable au seul motif qu’il soit, partiellement, enduit de ciment, puisque l’essentiel de l’ouvrage (dont le projet prévoit la démolition) est en pierre sèche ;
le projet porte atteinte à l’intérêt paysager des lieux en ce qu’il prévoit l’implantation de la maison sur l’emprise de ces jardins en terrasse et les espaces de jardins auxquels l’ABF fait référence ne sont pas seulement ceux situés au niveau bas de la parcelle, mais les jardins situés sur les terrasses.
Vu :
les pièces du dossier.
- la requête n° 2505883 enregistrée le 3 avril 2025 par laquelle M. D... demande l’annulation des décisions contestées.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code du patrimoine ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir appelé l’affaire à l’audience publique du 23 mars 2026 à 9h30, prononcé son rapport et entendu les observations de Me Lefèvre, représentant M. D..., et les observations de Me Rouxel, représentant la commune de Pornic, le juge des référés a décidé de renvoyer le dossier.
Un avis de renvoi d’audience a été pris le 23 mars 2026 et l’audience a été renvoyée au 30 mars 2026 à 14h30.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2026, le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’il n’existe aucun doute sur la légalité de la décision de refus de permis de construire du maire de Pornic et de la décision préfectorale de refus implicite qu’il a opposée au RAPO de M D... suite à l’avis défavorable de l’ABF :
le Plan de valorisation de l’architecture et du patrimoine [PVAP] du Site Patrimonial Remarquable [SPR] de Pornic a été approuvé à l’unanimité par les membres de la Commission locale du Site patrimonial remarquable (CLSPR) le 15 avril 2025 et la parcelle concernée par le projet se situe, dans le périmètre du SPR, dans la vallée du Cracaud, ancienne vallée fluviale et maritime caractérisée par son paysage naturel végétal de grande qualité à la topographie accidentée ;
le mur inclus dans la parcelle fait partie des murs en pierres porteurs sur la frange Nord-ouest de la base rocheuse du bourg castral à la topographie imposante, support et soutien d’une succession de niveaux étagés, permet de gagner des terres depuis la ville haute et de créer ces jardins et le projet impliquant la création d'un frangement important dans ce mur est donc de nature à porter gravement atteinte à cet élément très remarquable de l'espace protégé ;
une nouvelle construction impacterait fortement ce paysage singulier de grande valeur en ne permettant plus de maintenir en l'état ces espaces de jardin pour y maintenir et y développer des éléments végétaux structurants, contribuant par leur enracinement à la fixation des terres et à la préservation de la qualité du paysage urbain. Ces parties significatives de jardin apparaissent également comme de véritables « respirations » par rapport au bâti environnant composant le tissu urbain du quartier.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 30 mars 2026 à 14h30 :
- le rapport de M. Rosier, juge des référés ;
- les observations de Me Lefèvre, représentant M. D... ;
- et les observations de Me Rouxel, représentant la commune de Pornic.
Le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique, n’était ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Par une demande du 20 juin 2024, complétée le 17 juillet 2024, M. D... a sollicité la délivrance d’un permis de construire une maison d’habitation. Par la présente requête, il demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de l’arrêté de permis de construire n° PC 044 131 24D1116 en date du 10 octobre 2024 par lequel la commune de Pornic a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de la construction d’une deuxième maison d’habitation sur un terrain sis 2, Chemin des Mousseaux, parcelle cadastrée Section CZ n° 294 à Pornic (44210), ensemble la décision implicite en date du 9 février 2025 née du silence gardé par la direction des affaires culturelles (DRAC) et le Préfet de la Région Pays de la Loire par suite du recours administratif préalable obligatoire formalisé le 9 décembre 2024, reçu le 12 décembre suivant.
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».
Les moyens visés ci-dessus, invoqués par M. D... à l’appui de sa demande de suspension, ne paraissent pas, en l’état de l’instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions en litige. Il y a lieu, dans ces conditions, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Pornic, ni de se prononcer sur la condition d’urgence, de rejeter les conclusions à fin de suspension de M. D....
Sur les frais liés au litige :
4. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pornic qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. D... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
5. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. D... la somme demandée par la commune de Pornic.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Pornic présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E... D..., à la commune de Pornic et au préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 7 avril 2026.
Le juge des référés,
P. Rosier
La greffière,
L. Lécuyer
La République mande et ordonne au préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire- Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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