Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 16 mars et 20 mai 2026 sous le n° 2605245, M. A... F... D..., représenté par Me Donazar, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 24 février 2026 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit d’office à l’expiration de ce délai ;
2°) d’enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour est insuffisamment motivée et entachée d’un défaut d’examen sérieux et particulier de sa situation personnelle, elle a été édictée à l’issue d’une procédure irrégulière au regard du principe du contradictoire et des droits de la défense, elle est entachée d’une erreur dans l’appréciation du caractère réel et sérieux de ses études ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle et universitaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2026, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 11 avril 2026 sous le n° 2607448, M. A... E..., représenté par Me Donazar, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 7 avril 2026 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l’a assigné à résidence dans le département de Maine-et-Loire (49) pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d’enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté contesté a été signé et notifié par une autorité dont la compétence n’est pas justifiée ;
- il est insuffisamment motivé et entaché d’un défaut d’examen sérieux et particulier de sa situation ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation quant à l’existence d’un risque de fuite ;
- la mesure d’assignation à résidence n’est ni nécessaire ni proportionnée ;
- les modalités de pointage sont disproportionnées et entachées d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2026, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lamarche, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure de l’article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Lamarche a été entendu au cours de l’audience publique du 21 mai 2026.
Les parties n’étant ni présentes ni représentées, la clôture de l’instruction a été prononcée à la suite de l’appel des affaires à l’audience.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... F... D..., ressortissant malgache né le 10 janvier 2004, est entré régulièrement en France le 17 août 2022 muni d’un visa de long séjour valant titre de séjour « étudiant » valable jusqu’au 31 juillet 2023. A l’expiration de ce visa, M. D... a été mis en possession d’une carte de séjour temporaire mention « étudiant » régulièrement renouvelée jusqu’au 31 octobre 2025. Par un arrêté du 24 février 2026, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté la demande de renouvellement de ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduite à l’expiration de ce délai. Le 7 avril suivant, le préfet l’a assigné à résidence dans le département de Maine-et-Loire (49) pour une durée de quarante-cinq jours. Par ses requêtes, M. D... demande au tribunal d’annuler ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2605245 et n° 2607448, présentées par M. D..., concernent la situation du même requérant et ont fait l’objet d’une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la légalité de l’arrêté du 26 février 2026 portant refus de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :
En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions en litige :
3. En premier lieu, l’arrêté contesté vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, en particulier les articles L. 422-1 et L. 611-1 3° ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et indiquent, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s’est fondé. Si ces décisions ne mentionnent pas tous les éléments caractérisant la situation de l’intéressé, elles lui permettent de comprendre les motifs qui lui sont opposés. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige, ni d’aucune autre pièce du dossier, que le préfet de Maine‑et‑Loire n’aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Par suite, le moyen ainsi invoqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union, lorsqu’il sollicite la délivrance ou le renouvellement d’un titre de séjour, l’étranger, en raison même de l’accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu’en cas de refus, il pourra faire l’objet d’une mesure d’éloignement et d’une décision fixant le pays de renvoi. A l’occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l’administration les motifs pour lesquels il sollicite la délivrance d’un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l’instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l’administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d’éléments nouveaux. Le droit de l’intéressé d’être entendu, ainsi satisfait avant que n’intervienne le refus de titre de séjour, n’impose pas à l’autorité administrative de mettre l’intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations.
6. M. D... soutient que la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour a été édictée en méconnaissance de son droit à être entendu, du principe du contradictoire et des droits de la défense. Toutefois, il a été mis en mesure, lors du dépôt de sa demande de renouvellement, puis au cours de son instruction, de faire valoir ses observations auprès des services de la préfecture, en particulier les éléments relatifs à son inscription en première année de « BTS tourisme », sans démontrer en avoir été empêché. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure dont serait entachée la décision en litige ne peut qu’être écarté.
7. En dernier lieu, termes de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. » Il appartient à l’administration, saisie d’une demande de renouvellement de carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant », d’apprécier, sous le contrôle du juge, si l’intéressé peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné à la réalité et au sérieux des études entreprises, appréciés en fonction de l’ensemble du dossier du demandeur, et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d’orientation.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. D... est entré régulièrement en France le 17 août 2022 pour y poursuivre des études. Il n’a pas validé la 1ère année de licence en droit à laquelle au sein de laquelle il était inscrit à l’université d’Angers au titre de l’année universitaire 2022-2023, obtenant une moyenne d’à peine plus de 6/20 au premier semestre et d’à peine plus de 7/20 au second. En 2023-2024, le requérant s’est réorienté en 1ère année de licence mention « tourisme » au sein de la même université, qu’il n’a pas validé. En dépit de son redoublement, il a, de nouveau, été ajourné l’année suivante. Au titre de l’année 2025-2026, M. D... s’est inscrit en 1ère année de « BTS tourisme » au sein de l’école supérieure des Pays de la Loire (ESPL) d’Angers. Si le requérant se prévaut d’avoir obtenu une moyenne de 12,34 au 1er semestre, il ressort du bulletin de notes versé à l’instance que cette moyenne est inférieure à celle de la classe. En outre, il cumule cinq heures d’absences injustifiées et son observation générale indique : « Moyenne semestrielle intéressante mais vous êtes capable de faire beaucoup mieux. Cela passera par un meilleur investissement en cours (présence active et dynamique) avec de la participation attendue. ». Ainsi, il ressort des pièces du dossier qu’à la date de la décision en litige, M. D... n’avait obtenu aucun diplôme depuis son arrivée en France en 2022. Dans ces conditions, il n’est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire, en estimant qu’il ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études en l’absence de progression et d’obtention d’un diplôme, aurait fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou entaché sa décision d’erreur d’appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. M. D..., célibataire et sans charge de famille à la date de la décision en litige, résidait en France depuis moins de quatre ans sous couvert d’une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant » qui ne lui donnait pas vocation à s’y installer durablement. Il n’est pas établi que l’intéressé soit dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où il a vécu la majorité de son existence. Par ailleurs, il n’établit pas, ni même n’allègue, avoir noué des liens stables et intenses sur le territoire français. Par suite, compte tendu de la durée et des conditions du séjour en France de l’intéressé rappelées au point précédent, le moyen tiré de ce que la décision contestée présenterait un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle et universitaire ne peut qu’être écarté.
Sur la légalité de l’arrêté du 7 avril 2026 portant assignation à résidence :
10. En premier lieu, par un arrêté du 16 février 2026 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs, M. C... B..., directeur de l’immigration de la préfecture de Maine-et-Loire, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les catégories d’actes dont relèvent l’arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de son signataire doit être écarté.
11. En deuxième lieu, les conditions de notification d’un acte administratif sont sans incidence sur sa légalité. M. D... ne peut donc utilement contester la qualité et l’habilitation de l’agent lui ayant notifié l’arrêté en litige.
12. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Les décisions d'assignation à résidence (…) sont motivées ».
13. D’une part, l’arrêté du 7 avril 2026 vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde, en particulier son article L. 731-1. D’autre part, le préfet de Maine-et-Loire a précisé de manière suffisante que M. D... a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français le 24 février 2026 à laquelle il n’a pas déféré dans le délai de départ volontaire de trente jours, qu’il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, l’arrêté en litige comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.
14. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l’arrêté en litige ni d’aucune autre pièce du dossier que le préfet n’aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et universitaire de M. D.... Par suite, le moyen ainsi invoqué doit être écarté.
15. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (…). ». Aux termes de l’article L. 733-1 du même code : « L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. ». Aux termes de l’article de l’article L. 732-3 de ce code : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ». Enfin, l’article R. 733-1 du même code précise : « L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger (…) définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ».
16. Les mesures contraignantes prises par le préfet à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
17. L’arrêté contesté fait obligation à M. D... de se présenter tous les mardis et jeudis à 9 heures au commissariat de police d’Angers (49100) et lui interdit de sortir du département de Maine-et-Loire sans autorisation préalable. Cette mesure d’assignation à résidence vise à assurer l'exécution de son éloignement lorsque les conditions seront réunies. Le requérant souligne que ces modalités de pointage sont parfois incompatibles avec le planning des cours de sa 1ère année de BTS. Toutefois, il ne justifie pas avoir sollicité du préfet, de façon expresse et motivée, et s’être vu refuser par ce dernier l’autorisation de se présenter au commissariat certains jours de la semaine à une heure différente de celle qui lui a été indiquée, compatible avec son emploi du temps universitaire. Par ailleurs, la circonstance que le requérant présenterait de bonnes garanties de représentation et justifierait d’éléments permettant d’écarter tout risque de soustraction à l’exécution de la mesure d’éloignement est sans incidence sur la légalité d’une mesure d’assignation, laquelle n’est pas conditionnée à l’existence d’un tel risque. Enfin, M. D... se borne à soutenir que la décision est disproportionnée mais ne fait, en particulier, état d’aucun autre élément ou de contraintes liées à sa situation personnelle susceptibles de l’empêcher de satisfaire à ces obligations ou de nature à démontrer le caractère excessif des modalités de son assignation durant le temps nécessaire à la mise à exécution de la mesure d’éloignement. Les mesures prononcées par l’arrêté en litige apparaissent ainsi nécessaires et adaptées et ne présentent pas un caractère disproportionné au regard de l’objectif poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de l’arrêté contesté sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.
18. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les requêtes de M. D... doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. D... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... F... D..., au préfet de Maine-et-Loire et à Me Donazar.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.
La magistrate désignée,
M. Lamarche
La greffière,
J. Martin
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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