Le Tribunal administratif de Nantes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension d'un refus de visa au titre du regroupement familial. Le juge a estimé que la condition d'urgence, exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, n'était pas caractérisée, notamment au regard de l'absence de soins médicaux adaptés à l'étranger. En conséquence, la requête a été rejetée en application de l'article L. 522-3 du même code.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mars 2026, Mme B... A..., agissant en son nom et pour le compte de l’enfant mineure D... C..., représentée par Me Da Costa Cruz, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution des décisions de l’ambassade de France à Dacca du 14 janvier 2026 refusant de lui délivrer, ainsi qu’à l’enfant D..., un visa d’entrée et de long séjour au titre du regroupement familial ;
2°) d’enjoindre à l’autorité administrative de réexaminer les demandes de visa dans un délai de quinze jours à compter de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite eu égard à la durée de la séparation familiale, imputable à l’administration, alors que M. C... a déposé sa demande de regroupement familial en mai 2022 et qu’il n’y a été répondu favorablement que le 24 juin 2025 ; la convocation à l’ambassade est intervenue le 3 juillet 2025 et les décisions consulaires ont été prises le 25 janvier 2026 ; Mme A... souffre d’un diabète de type 2 nécessitant des soins à l’étranger dans un établissement médical spécialisé ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- le recours administratif préalable obligatoire formé auprès de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France le 23 février 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Danet, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (...) ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste qu’elle irrecevable ou mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans instruction ni audience.
2. Dans le cas où une décision administrative ne peut, comme en l’espèce, être déférée au juge qu’après l’exercice d’un recours administratif préalable, une requête tendant à la suspension de cette décision peut être présentée au juge des référés dès que ce recours préalable obligatoire a été formé, la mesure ordonnée en ce sens valant, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé. Le requérant doit toutefois démontrer l’urgence particulière qui justifie la saisine du juge des référés avant même que l’administration ait statué sur le recours introduit devant elle.
3. Mme A..., ressortissante bangladaise née le 1er janvier 1996, a sollicité auprès l’ambassade de France à Dacca, le 3 juillet 2025, pour elle et sa fille mineure D..., la délivrance d’un visa de long séjour au titre du regroupement familial, en vue de rejoindre en France son époux allégué, Farid C..., résidant sous couvert d’une carte de séjour pluriannuelle et ayant obtenu une autorisation de regroupement familial le 24 juin 2025. Ces demandes ont été rejetées par deux décisions du 14 janvier 2026, notifiées le 25 janvier suivant. Un recours a été adressé le 23 février 2026 à la CRRV, dans les conditions prévues par l’article D. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
4. Au soutien de sa demande de suspension de l’exécution des décisions consulaires précitées, la requérante fait état de la durée de séparation familiale qu’elles engendrent, compte tenu du délai écoulé depuis le dépôt de la demande de regroupement familial par son époux en 2022. Elle fait également valoir qu’elle souffre d’un diabète de type 2 nécessitant des soins à l’étranger dans un établissement médical spécialisé. Toutefois, ces seules circonstances ne permettent pas de caractériser une situation d’urgence particulière, telle qu’évoquée au point 2, justifiant la suspension des effets de la décision litigieuse avant l’intervention de la décision de la CRRV. Au demeurant, la durée de séparation invoquée est principalement imputable à la durée d’instruction de la demande de regroupement familial, dont les décisions en litige ne sont assurément pas la cause. En outre, les seules pièces versées au dossier ne permettent pas d’établir que Mme A... ne pourrait bénéficier de soins et de traitements adaptés à son état de santé au Bangladesh dans l’attente de l’issue de son recours administratif. Ainsi, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée en l’espèce comme remplie. Par suite, il y a lieu de faire application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête, en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A....
Une copie sera adressée ministre de l'intérieur.
Fait à Nantes, le 3 avril 2026.
Le juge des référés,
J. Danet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,