Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension d'une décision implicite de rejet de visa de long séjour pour un ressortissant marocain. Le juge a estimé que le requérant n'avait pas démontré l'existence d'une urgence suffisamment grave et immédiate, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant la suspension. L'ordonnance a été rendue en application des articles L. 521-1 et L. 522-3 du même code, le juge considérant que la demande n'était pas fondée en l'absence de preuve d'une situation de précarité particulière ou d'une impossibilité de travailler ailleurs.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Meniri, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours formé contre la décision du 18 novembre 2025 par laquelle l’autorité consulaire française à Madrid (Espagne) a rejeté sa demande de visa d'entrée et de long séjour en qualité de salarié ;
2°) d’enjoindre à l’autorité administrative de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer un récépissé autorisant sa présence sur le territoire et lui permettant d’exercer une activité professionnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir.
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite ; il a été recruté en qualité de technicien de maintenance par l’entreprise MC Maintenance basée à Pusignan, laquelle rencontre d’importantes difficultés de recrutement ; elle lui a fait bénéficier de formations ; il se retrouve bloqué sur le territoire espagnol alors que son titre de séjour dans ce pays expire prochainement ; la proposition d’embauche constitue une opportunité en termes de conditions d’emploi et de ressources, compte tenu par ailleurs de la cohérence entre son profil et le poste envisagé.
- il existe un doute sérieux quant à la légalité la décision attaquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le recours formé auprès de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France (CRRV) le 1er décembre 2025.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Danet, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (...) ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste qu’elle irrecevable ou mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans instruction ni audience.
2. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d’un acte administratif, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.
3. M. B..., ressortissant marocain né le 28 novembre 1990, a sollicité, le 12 novembre 2025, auprès de l’autorité consulaire française à Madrid, la délivrance d’un visa d'entrée et de long séjour en qualité de salarié, en vue d’occuper un emploi de technicien de maintenance auprès de l’entreprise MC Maintenance industrielle, basée à Pusignan (69330). Par une décision du 18 novembre 2025, l’autorité consulaire a rejeté cette demande. M. B... a formé un recours contre cette décision auprès de la CRRV par courrier reçu le 1er décembre 2025. Dans le cadre de la présente instance, il demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision implicite de rejet de la CRRV, née du silence gardé par cette dernière pendant un délai de deux mois à compter de sa saisine.
4. Au soutien de sa demande et pour établir l’urgence, M. B... fait valoir que la décision en litige affecte la situation de l’entreprise qui l’a recruté, laquelle est confrontée à d’importantes difficultés de recrutement et qu’elle a déjà engagé des frais de formation. Il soutient également que cette décision le prive d’une opportunité professionnelle et le contraint à rester sur le territoire espagnol où son titre de séjour expirera prochainement. Toutefois, ces seules circonstances ne sont pas suffisantes pour établir que la décision attaquée préjudicierait de manière grave et immédiate à sa situation ou aux intérêts qu’il entend défendre. A cet égard, le requérant n’établit pas qu’il serait dans l’impossibilité d’exercer en Espagne ou dans son pays d’origine des fonctions professionnelles correspondant à ses qualifications et à son expérience et susceptible de lui procurer les revenus nécessaires pour subvenir à ses besoins. Il ne démontre pas davantage qu’il se trouverait actuellement dans une situation de particulière précarité. Par suite, il y a lieu de faire application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....
Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.
Fait à Nantes, le 3 avril 2026.
Le juge des référés,
J. Danet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,