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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2606979

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2606979

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2606979
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantSMATI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté les requêtes de M. C... contre l'arrêté de transfert vers la Croatie et l'arrêté d'assignation à résidence. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n°604/2013 (Dublin III) n'étaient pas fondés. Il a également estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en n'utilisant pas la clause discrétionnaire de l'article 17 du même règlement. Enfin, l'assignation à résidence a été validée comme étant légale et proportionnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n°2606979 le 4 avril 2026, M. A... C..., représenté par Me Smati, demande au tribunal :
d’annuler l’arrêté du 16 mars 2026 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert vers la Croatie ;
d’enjoindre au préfet d’enregistrer sa demande d’asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;
de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 relatif au droit à l’information ;
- elle méconnaît l’article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 relatif à l’entretien individuel ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen en ce que le préfet de Maine-et-Loire s’est estimé tenu de le transférer aux autorités croates ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 relatif aux clauses discrétionnaires, eu égard à sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2026, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par M. C... n’est fondé.
M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 7 avril 2026.
II. Par une requête enregistrée sous le n°2608387 le 18 avril 2026, M. A... C..., représenté par Me Smati, demande au tribunal :
d’annuler l’arrêté du 14 avril 2026 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l’a assigné à résidence ;
de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la mesure d’assignation à résidence est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- la mesure l’obligeant à se présenter périodiquement aux services de police est également entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2026, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par M. C... n’est fondé.
M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 17 avril 2026
Le président du tribunal a désigné M. Dardé, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant des procédures prévues par le titre II de livre IX du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Dardé, magistrat désigné a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. C..., ressortissant marocain né le 28 avril 1990, est entré en France le 18 décembre 2025 selon ses déclarations. Il a présenté une demande d’asile enregistrée le 4 février 2026 par de préfet de Maine-et-Loire. La consultation du fichier Eurodac a révélé qu’il avait, le 20 novembre 2024, demandé la protection internationale aux autorités croates Consécutivement à leur saisine par le préfet de Maine-et-Loire, les autorités croates ont accepté le 13 mars 2026 de reprendre en charge M. C.... Par un arrêté du 16 mars 2026, dont M. C... demande l’annulation par sa requête n°2606979, le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert à ces autorités. Par un arrêté du 14 avril suivant, dont M. C... demande l’annulation par sa requête n°26083879, le préfet de Maine-et-Loire l’a assigné à résidence.
Les requêtes de M. C... sont relatives à une même personne, présentent à juger des questions connexes et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la légalité de la décision de transfert :
En premier lieu, en application de l’article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l’objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d’asile dont l’examen relève d’un autre État membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c’est-à-dire qu’elle doit comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l’application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l’indication des éléments de fait sur lesquels l’autorité administrative se fonde pour estimer que l’examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d’un autre État membre, une telle motivation permettant d’identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
Ainsi, s’agissant d’un étranger ayant, dans les conditions posées par le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, présenté une demande d’asile dans un autre État membre et devant, en conséquence, faire l’objet d’une reprise en charge par cet État, doit être regardée comme suffisamment motivée la décision de transfert à fin de reprise en charge qui, après avoir visé le règlement, relève que le demandeur a antérieurement présenté une demande dans l’État en cause, une telle motivation faisant apparaître qu’il est fait application du b), c) ou d) du paragraphe 1 de l’article 18 ou du paragraphe 5 de l’article 20 du règlement.
En l’espèce, la décision en litige vise le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, indique que M. C... a antérieurement présenté des demandes d’asile, le 20 novembre 2024 en Croatie, puis le 26 novembre 2024 en Slovénie, et explique les raisons pour lesquelles l’intéressé est transféré aux autorités croates et non aux autorités slovènes. Elle énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent et se trouve, par suite, suffisamment motivée au regard des principes exposés ci-dessus. Dès lors, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : « 1. Dès qu’une demande de protection internationale est introduite au sens de l’article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l’application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d’une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d’un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l’État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; b) des critères de détermination de l’État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu’une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n’est pas fondée sur ces critères ; c) de l’entretien individuel en vertu de l’article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; (…) 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu’il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c’est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l’entretien individuel visé à l’article 5. (…) ».
Il résulte de ces dispositions que le demandeur d’asile auquel l’administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c’est-à-dire au plus tard lors de l’entretien prévu par les dispositions de l’article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s’assurer qu’il a compris correctement ces informations, l’ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l’article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l’autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions de l’article 4 du règlement du 26 juin 2013 citées au point précédent constitue pour le demandeur d’asile une garantie.
Au cas d’espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C... s’est vu remettre, le 4 février 2026, lors de l’enregistrement de sa demande d’asile dans les services de la préfecture, et à l’occasion de son entretien individuel, les brochures A et B conformes aux modèles figurant à l’annexe X du règlement d’exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014, et qui contiennent l’ensemble des informations prescrites par les dispositions précitées. Ces documents, dont les pages de garde ont été signées par l’intéressé le 4 février 2026, sont rédigés en arabe, langue qu’il a déclaré comprendre ainsi que cela ressort des termes du recueil d’informations et du résumé de l’entretien individuel sur lesquels il a également apposé sa signature. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l’information du demandeur d’asile énoncé à l’article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : « Entretien individuel : 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. (…) 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. (...) ».
Il ressort des pièces du dossier que M. C... a bénéficié de l’entretien individuel mentionné par les dispositions précitées, qui s’est déroulé le 4 février 2026 à la préfecture de Maine-et-Loire. Cet entretien a été conduit par un agent titulaire de la fonction publique, adjoint au chef du bureau de l’asile, secrétaire administratif de classe supérieure, dont l’identité en mentionnée dans le résumé de l’entretien. Compte tenu de son grade et de la nature de ses fonctions, cet agent doit être présumé qualifié en vertu du droit national pour mener un entretien individuel avec un demandeur d’asile. Aucun élément du dossier ne laisse supposer que cet entretien n’aurait pas été mené dans des conditions qui n’en auraient pas garanti la confidentialité. En outre, le préfet établit que cet entretien a été conduit en arabe, langue que le requérant a déclaré comprendre. Ce dernier ne fait état d’aucun élément ni d’aucune circonstance particulière tenant au déroulement de cet entretien de nature à démontrer que celui-ci aurait été mené en l’absence des garanties prévues par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
En quatrième lieu, il ne ressort ni des mentions de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. C..., ou qu’il se serait estimé tenu de le transférer aux autorités croates. Par suite, les moyens tirés de l’erreur de droit soulevés à cet égard doivent être écartés.
En cinquième lieu, aux termes de l’article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : « 1. Par dérogation à l’article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L’État membre qui décide d’examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l’État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. (…) ».
M. C... fait valoir que le préfet de Maine-et-Loire aurait dû reconnaître la France responsable de l’examen de sa demande d’asile en application de ces dispositions dès lors qu’il vit depuis le 22 février 2026 en concubinage avec Mme D... B..., ressortissante française née le 22 septembre 1967, avec laquelle il envisage de conclure un pacte civil de solidarité, et qui a besoin de son assistance au quotidien dès lors qu’elle se trouve en situation de handicap, son taux d’invalidité étant supérieur ou égal à 80 %. Il n’apporte toutefois aucun élément d’appréciation de la réalité et des conditions de cette vie de couple, dont il n’a pas fait état lors de son entretien individuel, hormis une attestation succincte de Mme B... en date du 2 avril 2026. En tout état de cause, il a entamé cette relation deux mois seulement après son entrée en France et moins d’un mois avant la décision en litige. S’il soutient par ailleurs souffrir de troubles psychiatriques, il n’en justifie pas par ses seules allégations et la prise d’un rendez-vous au centre hospitalier universitaire d’Angers. Au demeurant, il n’apporte aucun élément laissant supposer qu’il ne pourrait bénéficier d’une prise en charge médicale appropriée en Croatie. Dans ces conditions, M. C... n’est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire, en refusant de faire application des dispositions de l’article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :
En premier lieu, l’arrêté contesté comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui le fondent pour permettre au requérant de les comprendre et au juge de les contrôler. Dès lors, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.
En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions de l’arrêté en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire se serait estimé en situation de compétence liée pour assigner à résidence M. C... et lui imposer de se présenter deux fois par semaine au commissariat de police d’Angers, ou qu’il se serait abstenu de procéder à un examen particulier de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l’erreur de droit soulevés à cet égard doivent être écartés.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de M. C... ne peuvent qu’être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :


Article 1er : Les requêtes de M. C... sont rejetées.
Le présent jugement sera notifié à M. A... C..., au ministre de l’intérieur, et à Me Smati.
Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.





Le magistrat désigné,

A. Dardé
La greffière,

J. Dionis




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière
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