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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2607050

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2607050

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2607050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantKADDOURI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C... A... contestant le second renouvellement de son assignation à résidence dans le Maine-et-Loire. Le requérant, ressortissant tchadien sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français, soutenait une insuffisance de motivation, un défaut d'examen de sa situation et une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a jugé que l'arrêté préfectoral du 18 mars 2026 était suffisamment motivé en droit et en fait, et que le préfet avait procédé à un examen réel de la situation. La solution retenue est fondée sur les articles L. 731-1, L. 732-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2026, M. B... C... A..., représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 18 mars 2026 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a prononcé le second renouvellement de son assignation à résidence dans le département de Maine-et-Loire (49) pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l’Etat ou, dans l’hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle, à lui verser directement sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- il procède d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application des dispositions de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2026, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

M. C... A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2026.

Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lamarche, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure de l’article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Lamarche a été entendu au cours de l’audience publique du 21 mai 2026.

Les parties n’étant ni présentes ni représentées, la clôture de l’instruction a été prononcée à la suite de l’appel de l’affaire à l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B... C... A..., ressortissant tchadien né le 2 août 1996, est entré régulièrement en France le 7 octobre 2012 et a bénéficié d’une carte de résident en qualité d’enfant de parent réfugié valable du 11 février 2014 au 10 février 2024. A la suite de son interpellation par les services de police d’Angers (49) le 18 juin 2025, le préfet de Maine-et-Loire a édicté à son encontre, le 19 juin 2025, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Le 7janvier 2026, le préfet l’a assigné à résidence dans le département de Maine-et-Loire pour une durée de quarante-cinq jours. Cet arrêté a été renouvelé le 10 février suivant. Par sa requête, M. C... A... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 18 mars 2026 par lequel le préfet de Maine et Loire a prononcé le second renouvellement de cette assignation à résidence.

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Les décisions d'assignation à résidence (…) sont motivées ».

3. D’une part, la décision contestée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde, en particulier son article L. 731-1. D’autre part, le préfet de Maine-et-Loire a précisé de manière suffisante que M. C... A... a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français le 19 juin 2025 à laquelle il n’a pas déféré dans le délai de départ volontaire de trente jours, qu’il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, l’arrêté en litige comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l’arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de Maine-et-Loire n’aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (…) ». De plus, aux termes de l’article L. 732-3 du même code : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ». Aux termes de l’article L. 733-1 de ce code : « L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie (…) ». Enfin, aux termes de l’article R. 733-1 du même code: « L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger (…) définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ».

6. Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l’encontre d’un étranger assigné à résidence, qui limitent l’exercice de sa liberté d’aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l’objectif qu’elles poursuivent, qui est de s'assurer du respect de l’interdiction faite à l’étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

7. L’arrêté contesté fait obligation au requérant de se présenter tous les mercredis et jeudis, hors jours fériés, à 9 heures, au commissariat de police d’Angers (49) et lui fait interdiction de sortir du département de Maine-et-Loire sans autorisation préalable. Cette mesure d’assignation vise à assurer l'exécution de son éloignement lorsque les conditions seront réunies. M. C... A... se borne à soutenir que la décision n’est ni nécessaire, ni adaptée, ni proportionnée. Il n’apporte aucun élément laissant supposer que l’exécution de la mesure d’éloignement ne constituerait pas une perspective raisonnable, ni aucun élément de nature à démontrer le caractère excessif des modalités de son assignation à résidence ou leur incompatibilité avec sa situation personnelle, alors, au demeurant, que le temps qui sépare son domicile du commissariat est, selon les données librement accessibles sur internet, d’environ 20 minutes à pied et 15 minutes en transports en commun. S’il fait par ailleurs valoir qu’il présente de très bonnes garanties de représentation et justifie d’éléments permettant d’écarter tout risque de soustraction à l’exécution de cette mesure d’éloignement, la légalité d’une mesure d’assignation n’est pas, en tout état de cause, conditionnée à l’existence d’un tel risque. Les mesures prononcées par l’arrêté litigieux apparaissent ainsi nécessaires et adaptées et ne présentent pas un caractère disproportionné au regard de l’objectif poursuivi. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l’article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l’erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu’être écartés.

8. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la requête de M. C... A... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C... A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... A..., au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.

La magistrate désignée,



M. Lamarche

La greffière,



J. Martin

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
4

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