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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-1901840

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-1901840

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-1901840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantROULET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2019, M. A B, représenté par Me Roulet, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2019 par lequel le préfet du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'erreur de droit à défaut pour le préfet d'avoir préalablement consulté la commission nationale de l'admission exceptionnelle au séjour ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire enregistré le 11 juin 2019, le préfet du Loiret, représenté par Me de Villèle, avocat, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. B de la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-347 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Weinkopf, substituant Me Roulet, avocate, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant pakistanais né le 2 août 1987, est entré sur le territoire français le 30 mars 2013 muni d'un visa D délivré par le consulat d'Italie valable du 15 mars 2013 au 14 septembre 2013. Le 3 octobre 2013, il a présenté une demande d'asile dont il a été débouté par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 23 juin 2015, confirmée le 4 septembre 2015 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 20 octobre 2015, le préfet de police de Paris lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire, il a été interpellé le 24 mai 2017 dans le cadre d'un contrôle d'identité. Le jour même, le préfet des Hauts-de-Seine a pris à son encontre un nouvel arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français auquel il n'a pas déféré. Le 24 octobre 2018, il a saisi le préfet du Loiret d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié en produisant à l'appui de sa demande un contrat de travail établi par la SARL CSM en qualité de conseiller en traduction/assistant conseil. Par l'arrêté attaqué du 18 avril 2019, le préfet du Loiret lui a refusé le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté du 18 avril 2019 rappelle les conditions de l'entrée et du séjour sur le territoire français de M. B et le fait qu'il produit à l'appui de sa demande un contrat de travail établi par la société SARL CSM. Il mentionne en outre les textes dont il est fait application et notamment l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux de la part du préfet, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que celui-ci fait mention des principaux éléments relatifs à sa situation personnelle. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux de la part du préfet, qui n'était pas tenu de reprendre dans son arrêté l'ensemble des éléments de faits invoqués. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En troisème lieu, aux termes du 2ème alinéa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable : " L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ".

5. Dès lors que M. B résidait sur le territoire français depuis moins de dix ans, le préfet n'était pas tenu de soumettre sa demande d'admission exceptionnelle au séjour à la commission du titre de séjour. Par ailleurs, à supposer même que le requérant ait entendu invoquer le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission nationale de l'admission exceptionnelle au séjour, la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 a abrogé les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à cette commission. Ainsi le moyen est inopérant et ne peut être qu'écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 ".

7. Si M. B, qui a déjà fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, se prévaut d'un contrat de travail établi par la SARL CSM en qualité de conseiller en traduction/assistant conseil, cette circonstance ne suffit pas à justifier à elle seule son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable. Présent sur le territoire français depuis à peine six ans à la date de la décision attaquée, célibataire et sans charge de famille alors qu'il n'établit pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans, le requérant ne justifie par ailleurs d'aucune circonstance humanitaire particulière. Dès lors le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet en prenant l'arrêté litigieux doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7, alors que le requérant n'établit pas avoir noué en France des liens particuliers justifiant de son intégration à la société française, que le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée que porterait l'arrêté attaqué à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, si le requérant fait valoir qu'il encourt dans son pays d'origine des menaces graves pour sa vie, il n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais de l'instance.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il convient de rejeter les conclusions présentées par la préfète du Loiret relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la préfète du Loiret au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

Le rapporteur,

Stéphane C

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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