jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2000401 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELAS FACTORHY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°1908425 du 24 janvier 2020, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif d'Orléans le dossier de la requête présentée par M. A B et l'Union des syndicats anti-précarité.
Par cette requête, enregistrée le 24 janvier 2020 au greffe du tribunal administratif d'Orléans sous le n° 2000401, M. A B et l'Union des syndicats anti-précarité demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2019 par laquelle la ministre du travail a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 11 mars 2019 rejetant la demande d'autorisation de licenciement formée par l'association GE Ouest et a autorisé son licenciement ;
2°) de rejeter la demande d'autorisation formée par l'association GE Ouest ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat et de l'association GE Ouest la somme de 3 000 euros chacun sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à M. B et à l'Union des syndicats anti-précarité.
Ils soutiennent que :
- la clause de variabilité du salaire prévue par le contrat de travail est illégale ; il en va de même de la clause prévoyant une mobilité géographique dans un rayon de cinquante kilomètres ; il n'a pas perçu les congés payés de l'année 2017 ; ces congés n'ont pas été planifiés en réaction à la grève du 6 mars 2017 ;
- depuis le 1er février 2019, jour de dépôt de la première liste de candidats, les dix-sept salariés du GE Ouest du site XPO Trappes bénéficiaient d'une protection au titre de la connaissance de l'imminence de leurs candidatures depuis le 12 avril 2017 ; le 1er septembre 2019, il bénéficiait également d'une protection au titre de sa deuxième candidature renouvelée le 30 avril 2019, après l'annulation de la liste de l'intersyndicale par le jugement du tribunal judiciaire de Tours du 19 avril 2019 ; cette protection n'est pas visée par la ministre dans sa décision ;
- le conseil social et économique n'a pas été consulté avant son licenciement ; lorsque le syndicat a demandé la mise en place d'instances représentatives du personnel en février 2017, un employeur de bonne foi aurait dû négocier un accord préélectoral au mois de mars 2017 ; la première réunion de négociation de l'accord préélectoral a été fixée au 1er mars 2018 et l'employeur s'est évertué à faire durer les négociations jusqu'à la fin de septembre 2018 pour choisir de fixer unilatéralement les modalités et la date des élections, dont le premier tour a été fixé à la fin février 2019, puis le processus électoral a été illégalement suspendu ;
- la décision de la ministre n'est pas suffisamment motivée, notamment en ce qu'elle se réfère à une instance judiciaire statuant sur un objet différent ;
- la décision méconnaît les conclusions des rapports de la Direccte des Yvelines des 17 juin 2019 et 6 août 2019 ;
- s'agissant de la situation de M. B, ce dernier a été privé de toute rémunération depuis le 13 avril 2017 ; les fiches de mission n'indiquaient pas l'heure de prise de poste et l'adresse du nouveau poste aux Mureaux, ni les moyens de transport disponibles ; les engagements contractuels ne prévoyaient pas d'autre employeur qu'XPO Trappes, alors que l'article 5 du contrat de travail stipule qu'un avenant doit lister les entreprises et les sites sur lesquels le salarié peut être amené à travailler ; GE Ouest n'a pas apporté la preuve que les sociétés ID Logistics et Géodis Automotive Limay étaient adhérentes de l'association GE Ouest ;
- le motif tiré d'absences irrégulières est illégal ; les fins de mission chez XPO Trappes le 8 mars 2017 sont des mesures de rétorsion à la suite du mouvement de grève du 6 mars 2017 ; il se prévaut des articles L. 1253-9 et R. 1253-34 du code du travail ; le salarié doit connaître à l'avance envers quels adhérents du groupement il s'engage et où il devra travailler ; toute clause contraire du contrat de travail est réputée non écrite ;
- la clause salariale du contrat, en ce qu'elle met en place une situation inter-contrat ayant pour conséquence la perception du seul salaire horaire du groupement et obligeant le salarié à accepter une réduction de son salaire, est illégale ;
- aucune disposition n'oblige un salarié laissé sans affectation à prendre contact avec son employeur, alors que ce salarié n'acceptait pas d'être muté sur un autre poste que celui prévu dans son contrat de travail ; il appartenait à l'employeur de réaffecter le salarié sur son poste de travail (soit XPO Trappes) en lui indiquant le jour et l'heure de la reprise de son poste de travail ; le refus d'aller travailler chez un autre utilisateur est une exception d'inexécution ; il devait être réaffecté sur son emploi postérieurement aux refus d'autorisation de le licencier, ainsi que l'a jugé la cour d'appel de Versailles le 11 juillet 2019 (arrêt Khil et Sap vs GE Ouest ) ;
- il n'a jamais reçu paiement de la participation et de l'intéressement ; l'article L. 1253-9 du code du travail instaure une égalité de rémunération entre les salariés d'un groupement et ceux de l'utilisateur ;
- l'intérêt général doit être pris en considération, alors que le licenciement de dix-sept salariés candidats aboutit à priver le groupement de comité économique et social.
Par un mémoire, enregistré le 6 janvier 2020, l'association GE Ouest, représentée par Me Desaint, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le GEL Paris Ouest est devenu le GE Ouest le 31 décembre 2016 ;
- le requérant a été mis à plusieurs reprises à disposition de l'adhérent XPO Trappes puis en congés payés jusqu'au 13 avril 2017 ; il n'a pas répondu aux demandes de mise à disposition d'un autre adhérent malgré les courriers et coups de téléphone ;
- la demande d'organisation d'élections professionnelles par le syndicat SAP a été présentée le 24 avril 2017 ; une demande d'autorisation de licenciement a été présentée le 24 juillet 2017 et rejetée le 22 septembre 2017 (qui a été annulée le 20 mars 2018, mais le refus d'autorisation maintenu) ; tirant les conséquences de ce refus, elle a contacté M. B à compter du 6 octobre 2017, mais il n'a pas répondu à trois reprises et ne s'est pas présenté à l'entretien préalable au licenciement ; une nouvelle demande d'autorisation de licenciement a été présentée le 6 avril 2018, rejetée pour défaut de consultation du comité d'établissement le 6 juin 2018 ; tirant les conséquences de ce refus, elle a contacté M. B à compter du 11 juin 2018 ; le 18 juillet 2018, un courrier de mise en demeure de justifier son absence depuis le 12 juin 2018 a été notifié au salarié ; le syndicat, et non le salarié, a répondu le 11 juin 2018 et le 21 juillet 2018 ; une nouvelle mise en demeure a été notifiée au salarié le 20 août 2018, puis le 12 octobre 2018 ; M. B ne s'est pas présenté à l'entretien préalable au licenciement fixé le 11 décembre 2018 ; une nouvelle demande d'autorisation a été présentée le 8 janvier 2019 ; la décision de refus de l'inspectrice du travail du 11 mars 2019 est fondée sur le défaut de consultation du comité social et économique, en l'absence d'élections ; or, le GE Ouest ne peut être tenu responsable de l'absence d'élections ;
- la ministre du travail n'est pas tenue de procéder à une enquête contradictoire ;
- la décision est suffisamment motivée ; dans sa requête, le requérant ne soulève en réalité aucun moyen de légalité externe ;
- la circonstance que l'un des mandats du salarié n'est pas mentionné ne suffit pas à établir que l'administration n'a pas exercé son plein contrôle ; au demeurant, le moyen manque en fait ;
- les absences injustifiées et répétées d'un salarié justifient son licenciement ; il n'en va pas différemment pour un salarié protégé ; les dispositions du contrat de travail (article 8) obligeaient le salarié à justifier son absence dans les quarante-huit heures ; M. B est en absence injustifiée depuis plus de dix-huit mois ;
- par son jugement du 30 juin 2017, le tribunal judiciaire de Tours a pris acte du fait que le GE Ouest ne s'était pas opposé à l'organisation d'élections professionnelles, dans l'attente d'un rendez-vous avec les services de l'inspection du travail ; dans son jugement du 16 novembre 2018, le tribunal judiciaire a confirmé que le GE Ouest ne s'était pas opposé à la mise en place des institutions représentatives ; le 16 janvier 2019, un protocole préélectoral a été mis en place de façon unilatérale et le calendrier des élections fixé le 17 janvier 2019 ; la liste présentée le 1er février 2019 par le syndicat SAP ne respectait pas le principe de proportionnalité de l'article L. 2314-30 du code du travail ; la liste commune présentée par l'intersyndicale GE Ouest-D2L a été annulée par jugement du 19 avril 2019 ; ce jugement relève que le défaut de mise en place du CSE n'était pas imputable au GE Ouest ;
- l'association GE Ouest n'a pas fait l'objet d'une opposition de l'administration à son activité et le moyen tiré de l'existence d'agissements frauduleux doit être écarté.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de l'intervention de l'Union des syndicats anti-précarité.
Une mise en demeure a été adressée le 18 février 2020 à la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,
- et les observations de Me Buscarini, représentant l'association GE Ouest.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été recruté par le groupement d'employeurs GE Ouest en qualité d'opérateur logistique polyvalent par contrat à durée indéterminée du 6 octobre 2014. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été mis principalement à la disposition de la société XPO de Trappes, adhérente du groupement. A l'issue du congé payé de M. B le 13 avril 2017, le GE Ouest a envisagé de mettre le salarié à la disposition d'une entreprise située aux Mureaux. Il est constant que M. B n'a pas répondu aux demandes du GE Ouest, qui l'a alors convoqué à un entretien préalable à son licenciement. M. B bénéficiant du statut de salarié protégé en raison de l'imminence de sa candidature à des élections professionnelles, dont l'organisation avait été demandée en février 2017 par l'Union des syndicats anti-précarité, l'administration du travail a été saisie d'une demande d'autorisation. Par une décision du 22 septembre 2017, l'inspecteur du travail de la 19ème section de la 2ème unité de contrôle d'Indre-et-Loire a refusé cette autorisation. Saisie d'un recours hiérarchique, la ministre du travail a, par une décision du 20 mars 2018, d'une part, annulé la décision de l'inspecteur du travail, et, d'autre part, refusé d'autoriser le licenciement de M. B. Une nouvelle demande d'autorisation de licenciement a alors été transmise le 6 avril 2018 par le GE Ouest, qui a été rejetée par une décision de l'inspecteur du travail du 6 juin 2018. M. B a été convoqué à un entretien préalable à son licenciement le 11 décembre 2018. Le 8 janvier 2019, le GE Ouest a présenté une nouvelle demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé. Cette demande a été rejetée par une décision de l'inspecteur du travail du 11 mars 2019. Toutefois, par une décision du 1er septembre 2019, dont il est demandé l'annulation par la requête ci-dessus analysée, la ministre du travail a retiré la décision du 11 mars 2019 et a autorisé le licenciement de M. B.
Sur l'intervention de l'Union des syndicats anti-précarité :
2. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct. () ". En l'espèce, l'intervention présentée par l'Union des syndicats anti précarité (SAP) a été présentée dans le même mémoire que celui de M. B. Par suite, cette intervention, qui n'a pas été présentée par mémoire distinct, est irrecevable, ainsi qu'en ont été informées les parties.
Sur la légalité de la décision du 1er septembre 2019 :
3. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. En outre, pour refuser l'autorisation sollicitée, l'autorité administrative a la faculté de retenir des motifs d'intérêt général relevant de son pouvoir d'appréciation de l'opportunité, sous réserve qu'une atteinte excessive ne soit pas portée à l'un ou l'autre des intérêts en présence.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision de la ministre du travail du 1er septembre 2019 vise l'article L. 2411-7 du code du travail, précise que M. B est un salarié protégé au titre de l'imminence de sa candidature à l'élection du comité social et économique, qu'il lui est reproché d'être en situation d'absence injustifiée depuis le 12 juin 2018, que cette circonstance, dont la matérialité est établie, constitue une faute justifiant le licenciement du salarié, que ne peut être imputé au GE Ouest le défaut d'examen de la demande de licenciement par le comité social et économique et qu'aucun lien ne peut être établi avec le mandat du requérant. Pour opérer les contrôles auxquels elle est tenue de procéder lorsqu'elle statue sur une demande d'autorisation de licenciement, l'autorité administrative doit prendre en compte chacune des fonctions représentatives du salarié. Lorsque l'administration a eu connaissance de chacun des mandats détenus par l'intéressé, la circonstance que la demande d'autorisation de licenciement ou la décision autorisant le licenciement ne fasse pas mention de l'un de ces mandats ne suffit pas, à elle seule, à établir que l'administration n'a pas, comme elle le doit, exercé son contrôle en tenant compte de chacun des mandats détenus par le salarié protégé. Il suit de là que la circonstance que la décision attaquée ne vise pas la deuxième candidature du requérant aux élections professionnelles n'est pas de nature à établir que l'autorité administrative n'a pas exercé l'intégralité de son contrôle, dès lors que la deuxième candidature du requérant aux élections au comité social et économique du groupement avait été porté à la connaissance de la ministre du travail par le groupement GE Ouest lors de son recours hiérarchique. La décision attaquée apparaît, dès lors, suffisamment motivée en droit et en fait.
5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 2421-3 du code du travail
que : " Le licenciement envisagé par l'employeur d'un membre élu à la délégation du personnel au comité social et économique titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique ou d'un représentant de proximité est soumis au comité social
et économique, qui donne un avis sur le projet de licenciement () ". Saisie par l'employeur d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé auquel s'appliquent
ces dispositions, il appartient à l'administration de s'assurer que la procédure de consultation
du comité social et économique a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'autorisation demandée que si le comité social et économique a été mis à même d'émettre son avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé
sa consultation.
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier, contrairement aux allégations du requérant, que le GE Ouest aurait tardé à organiser des élections professionnelles permettant l'instauration du comité social et économique du groupement. Il ressort des pièces du dossier que le groupement GE Ouest était tenu de mettre en place des institutions représentatives du personnel dès le 1er janvier 2017 et a été saisi par le syndicat SAP d'une demande d'organisation de ces élections par une lettre du 12 avril 2017, reçue le 24 avril 2017. Par un jugement du 30 juin 2017, statuant sur les conclusions reconventionnelles présentées par le syndicat SAP, le tribunal judiciaire de Tours a pris acte de l'engagement du groupement de débuter le processus électoral, notamment par une demande de rendez-vous avec la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte) en vue d'organiser les élections des institutions représentatives du personnel, datée du 20 avril 2017. Une réunion avec les syndicats a été organisée pour le 28 septembre 2017 afin de négocier le protocole d'accord préélectoral. La publication le 23 septembre 2017 des ordonnances visant à réformer le dialogue social a cependant conduit à la suspension du processus électoral. Des réunions de négociation du protocole d'accord préélectoral ont été organisées les 6 mars 2018, 23 mars 2018, 14 mai 2018, 11 juin 2018 et 28 septembre 2018, à la demande du syndicat SAP. L'échec des négociations a conduit l'employeur à fixer unilatéralement le premier tour des élections entre le 19 février et le 21 février 2019. Les observations figurant dans les rapports de la Direccte des Yvelines des 17 juin et 6 août 2019, qui font état de périodes de latence imputables à l'employeur, ne sont pas de nature à établir que l'association GE Ouest aurait volontairement fait obstacle au processus électoral. Il ne ressort dès lors pas des pièces du dossier que le défaut de consultation du comité social et économique sur le projet de licenciement de M. B a été de nature à entacher d'irrégularité la procédure.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 1253-14 du code du travail : " Un groupement d'employeurs peut être constitué pour mettre des remplaçants à la disposition : / 1° De chefs d'exploitations ou d'entreprises mentionnées aux 1° à 4° de l'article L. 722-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Des chefs d'entreprises artisanales, industrielles ou commerciales ; / 3° Des personnes physiques exerçant une profession libérale et des membres non salariés de leur famille travaillant sur l'exploitation ou dans l'entreprise et de leurs salariés ". Aux termes de l'article R. 1253-15 du même code : " Le groupement d'employeurs mentionné à l'article R. 1253-14 a pour activité principale le remplacement des personnes mentionnées à cet article en cas : / 1° Soit d'empêchement temporaire résultant de maladie, d'accident, de maternité ou de décès ; / 2° Soit d'absences temporaires liées aux congés de toute nature, au suivi d'une action de formation professionnelle ou à l'exercice d'un mandat professionnel, syndical ou électif ". Aux termes de l'article L. 1253-9 de ce code : " Les contrats de travail conclus par le groupement sont établis par écrit. Ils comportent notamment : / 1° Les conditions d'emploi et de rémunération ; / 2° La qualification professionnelle du salarié ; / 3° La liste des utilisateurs potentiels ; / 4° Les lieux d'exécution du travail. / Ils garantissent l'égalité de traitement en matière de rémunération, d'intéressement, de participation et d'épargne salariale entre le salarié du groupement et les salariés des entreprises auprès desquelles il est mis à disposition ". Enfin, aux termes de l'article R. 1253-34 de ce même code : " Dans les contrats de travail conclus par le groupement d'employeurs mentionnés à l'article R. 1253-14, la zone géographique d'exécution du contrat de travail vaut mention de la liste des utilisateurs potentiels. Les contrats de travail prévoient des déplacements limités ".
8. Il ressort des pièces du dossier que le 11 juin 2018, le GE Ouest a contacté M. B en vue de définir sa prochaine mise à disposition. Le requérant ne s'est pas présenté à son employeur. Il a été mis en demeure par ce dernier de justifier son absence les 18 juillet 2018, 20 août 2018 et 12 octobre 2018. Seul le syndicat SAP a répondu à la première demande, le 21 juillet 2018. Il est constant que M. B n'a pas pris l'attache de son employeur. Cette absence injustifiée pendant une longue période a été de nature à désorganiser le service et constitue une faute d'une gravité justifiant le licenciement du salarié. Si le requérant soutient que son employeur ne lui avait pas indiqué les conditions de ses nouvelles affectations, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B produit des fiches de mission nominatives notifiées par le GE Ouest, datées du 14 avril 2017 et du 6 octobre 2017 et afférentes aux emplois à pourvoir, à compter du 19 avril 2017 au sein de l'entreprise ID Logistics France située aux Mureaux et, à compter du 10 octobre 2017 au sein de l'entreprise Geodis Automotive de Limay. Le courriel adressé par le syndicat SAP au groupement d'entreprises le 10 octobre 2017 établit que M. B a réceptionné cette fiche de mission le 9 octobre 2017, laquelle définit la nature du poste, les horaires et temps de travail ainsi que le taux horaire de rémunération.
9. Sous réserve de la mention au contrat de travail d'une clause de mobilité ou de fonctions impliquant par elle-même une mobilité, tout déplacement du lieu de travail du salarié, ce qui doit être distingué de déplacements occasionnels, dans un secteur géographique différent du secteur initial, constitue une modification du contrat de travail. Si M. B soutient que son contrat de travail méconnaît les dispositions précitées du code du travail en ce que seul le site de XPO à Trappes est désigné par son contrat de travail et que le GE Ouest devait le réaffecter auprès de cette entreprise à l'issue de son congé payé, il ressort des pièces du dossier que l'article 5 du contrat de travail du requérant stipule que son affectation ne peut excéder un rayon de cinquante kilomètres autour du site de Trappes. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 1253-34 du code du travail, la zone géographique d'exécution du contrat de travail vaut mention de la liste des utilisateurs potentiels. Ainsi, la circonstance que le contrat de travail ne mentionne pas spécifiquement l'entreprise des Mureaux ou celle de Limay, dont il n'est pas établi qu'elles ne seraient pas des adhérentes du groupement et seraient situées à plus de cinquante kilomètres de la commune de Trappes, ne permet pas de regarder la proposition de mise à disposition au sein de l'une d'elles comme constituant une modification du contrat de travail.
10. Si M. B soutient que son contrat de travail n'assure pas l'égalité de rémunération avec les salariés de l'entreprise adhérente du groupement auprès de laquelle il est mis à disposition et qu'il met en place une variabilité de sa rémunération, cette circonstance n'est pas de nature à justifier ses absences ni sa carence à répondre aux demandes d'informations de son employeur. Dans ces conditions, et alors qu'aucun motif d'intérêt général n'est susceptible de fonder un refus de licenciement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la ministre du travail a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la ministre du travail du 1er septembre 2019.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle que soit mise à la charge de l'Etat et de l'association GE Ouest, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par l'association GE Ouest sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de l'Union des syndicats anti-précarité n'est pas admise.
Article 2 : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par l'association GE Ouest sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, à l'association GE Ouest et à l'Union des syndicats anti précarité.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
M. Jaosidy, premier conseiller,
M.Viéville, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
Le rapporteur,
Jean-Luc C
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026