mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2000986 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASADEI-JUNG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 mars 2020, et un mémoire déposé le 29 septembre 2021, Mme F G, M. C E et la société Présence, représentés par Me Lavisse, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Denis-en-Val s'est opposé à la déclaration préalable portant sur la création d'un lotissement de quatre lots à bâtir sur les parcelles cadastrées AC 32 et AC 41 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Denis-en-Val de leur délivrer la déclaration préalable sollicitée dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la commune de Saint-Denis-en-Val de modifier le plan local d'urbanisme afin de classer les parcelles cadastrées AC 32 et AC 41 en zone AC ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis-en-Val la somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas justifiée ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme dès lors que la déclaration préalable à laquelle s'est opposé le maire de la commune a été déposée dans le délai de dix-huit mois s'écoulant à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme tacite ;
- le plan local d'urbanisme révisé, en tant qu'il classe le terrain d'assiette en zone naturelle, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il est incohérent avec l'orientation du plan d'aménagement et de développement durable (PADD) relative à l'accueil des nouveaux habitants ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2021, la commune de Saint-Denis-en-Val, représentée par Me Touche, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme G, M. E et la société Présence la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme G, M. E et la société Présence ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 12 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 12 aout 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Defranc-Dousset, rapporteure publique,
- et les observations de Me Tissier-Lotz, représentant la commune de Saint-Denis-en-Val.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 janvier 2020, la société Présence a déposé une déclaration préalable portant sur la création d'un lotissement de quatre lots à bâtir sur les parcelles cadastrées AC 32 et AC 41. Par un arrêté du 7 février 2020, le maire de la commune de Saint-Denis-en-Val s'y est opposé. Par la présente requête, Mme G et M. E, propriétaires du terrain d'assiette du projet, et la société Présence, demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente () pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 4 août 2014, antérieur à la date de l'arrêté attaqué, le maire de la commune de Saint-Denis-en-Val a délégué sa signature à M. A B, l'auteur de l'acte attaqué, en qualité d'adjoint au maire notamment dans le domaine de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. ( ) ". Aux termes de l'article R. 410-10 de ce code : " Dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, le délai d'instruction est de deux mois à compter de la réception en mairie de la demande. ( ) ". De plus, aux termes de l'article R. 410-12 de ce code : " A défaut de notification d'un certificat d'urbanisme dans le délai fixé par les articles R. 410-9 et R. 410-10, le silence gardé par l'autorité compétente vaut délivrance d'un certificat d'urbanisme tacite. Celui-ci a exclusivement les effets prévus par le quatrième alinéa de l'article L. 410-1, y compris si la demande portait sur les éléments mentionnés au b de cet article. ".
5. Il résulte des dispositions précitées du code de l'urbanisme que le certificat d'urbanisme tacite résultant du silence gardé par l'autorité compétente a pour seul effet de faire obstacle à ce que l'administration, pendant une période de dix-huit mois à compter de la naissance de ce certificat, puisse invoquer, pour le terrain sur lequel porte ce dernier, des dispositions d'urbanisme, un régime de taxes ou participations d'urbanisme ou des limitations administratives au droit de propriété autres que celles qui existaient à la date de ce certificat, à l'exception des dispositions ayant pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique.
6. Il ressort des pièces du dossier que le 17 mai 2019 une demande de certificat d'urbanisme opérationnel a été déposée à la mairie de la commune de Saint-Denis-en-Val pour " la construction d'une maison monofamiliale conformément aux règles de l'urbanisme en vigueur " sur la parcelle cadastrée AC 32. En raison du silence gardé par la commune pendant un délai de deux mois, un certificat d'urbanisme opérationnel tacite a été délivré le 17 juillet 2019. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que la demande de déclaration préalable a été déposée le 16 janvier 2020, dans le délai de dix-huit mois suivant la délivrance de ce certificat d'urbanisme tacite, elle ne porte pas sur le même terrain d'assiette que ce dernier dès lors que le projet de division foncière litigieux concerne les parcelles cadastrées AC 32 et 41. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à invoquer ce certificat d'urbanisme pour faire valoir le classement de ces parcelles en zone urbaine selon les dispositions du document d'urbanisme alors en vigueur. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation, sur ces différents points, ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
8. Pour s'opposer à la déclaration préalable, le maire de la commune a relevé que " le lotissement projeté est situé en zone N du plan local d'urbanisme définie comme étant une zone naturelle et forestière à protéger en raison soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, soit de l'existence d'une exploitation forestière, soit de leur caractère d'espaces naturels, soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ; / ( ) aux termes de l'article N I-2 du règlement du plan local d'urbanisme sont interdites dans la zone N, toutes les occupations et utilisations du sol, exceptées les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole et forestière, ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées () ".
9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que seule la parcelle cadastrée AC 32 est classée en zone naturelle selon le plan de zonage du plan local d'urbanisme révisé en vigueur à la date de l'arrêté attaqué, la parcelle cadastrée AC 41 étant classée en zone UD. D'autre part, au titre du parti d'aménagement tel qu'il est retracé dans le projet d'aménagement et de développement durable (PADD), les auteurs du plan local d'urbanisme ont notamment retenu les orientations visant à " mettre en valeur et préserver les espaces naturels ", notamment au sein du projet " Parc de Loire " avec l'objectif de protection des rives du fleuve, et à réduire " la consommation foncière [et à limiter] l'étalement urbain ", notamment au sein du lotissement de Melleray situé dans une " zone urbaine contenue par le PPRI ", et pour lequel " il serait dommageable de laisser les divisions se faire sans contrôle et de dénaturer ainsi le caractère de la conception initiale ". Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé à l'extérieur du centre bourg de la commune, au Nord du lotissement de Melleray classé en zone UD, composé de parcelles sur lesquelles sont implantées des maisons d'habitation, et au Sud du parc d'activités agricoles de Melleray bordant le projet " Parc de Loire ". Il ressort également des pièces du dossier que la parcelle cadastrée AC 32, d'une superficie de 7 772 m², est libre de toute construction et couverte de végétation. Dans ces conditions, en classant cette parcelle en zone naturelle, les auteurs du plan local d'urbanisme n'ont pas entaché leur appréciation d'une erreur manifeste.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ". Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le PADD, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
11. Si les requérants soutiennent que le plan local d'urbanisme, en classant la parcelle cadastrée AC 32 en zone N, est incohérent avec l'orientation du PADD relative à l'accueil des nouveaux habitants, il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement de cette seule parcelle fasse obstacle aux objectifs de cette orientation, alors que le taux de croissance démographique fixé par le PADD est de 0,4 % sur l'intégralité du territoire de la commune, soit une augmentation de 300 à 370 habitants à l'horizon de 2027. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.
12. En dernier lieu, l'allégation selon laquelle le classement en zone N de l'une des deux parcelles du terrain d'assiette du projet répond " à la demande de tels tiers " ou nuit " aux intérêts des requérants pour des raisons inexpliquées " est insuffisante pour permettre au juge d'apprécier le moyen tiré d'un détournement de procédure, qui doit donc être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Denis-en-Val, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme G, M. E et la société Présence demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme G, M. E et la société Présence une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de la commune de Saint-Denis-en-Val et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G, M. E et la société Présence est rejetée.
Article 2 : Mme G, M. E et la société Présence verseront la somme globale de 1 500 euros à la commune de Saint-Denis-en-Val au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme F G, à Didier M. E, à la société Présence et à la commune de Saint-Denis-en-Val.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Montes-Derouet, présidente, première conseillère faisant fonction de présidente,
Mme Dumand, première conseillère,
Mme Pajot, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
Séverine D
La présidente, première conseillère
faisant fonction de présidente,
Isabelle MONTES-DEROUET La greffière
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026