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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2001021

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2001021

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2001021
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOULLAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 mars 2020, le 1er avril 2020, le 20 juillet 2020 et le 6 octobre 2020, la SCI Jucelianne, représentée par Me Boullay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 2 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Salbris a décidé de céder le chemin rural dit " de la Ferté Imbault à Nançay " d'une superficie de 10 807 m² aux SCI " Boisbereau " et " Le Grand Raive du Vieux Page " ensemble la décision implicite par laquelle le maire de la commune a rejeté le recours gracieux du 24 janvier 2019 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Salbris de délibérer à nouveau sur la vente du chemin rural afin de céder la portion " B " d'une superficie de 9 ares et 12 centiares, la portion " F " d'une superficie de 77 centiares, une partie de la portion " C " attenante à la propriété de M. et Mme C et contigüe à sa propriété et une partie de la portion " E " attenante à la propriété de M. et Mme B et contigüe à sa propriété ;

3°) d'enjoindre à la commune de délibérer sur la constitution de servitudes légales en raison du droit de passage sur les parties du chemin rural qui se trouveraient enclavées ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Salbris la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération attaquée est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne vise aucune mise en demeure d'acquérir en application de l'article L. 161-10 du code rural et de la pêche maritime, ni les offres d'achat, ni les éventuels refus d'acquérir, ni le sens des avis des propriétaires riverains ; il n'est pas justifié que ces avis ont été joints à la convocation des membres du conseil municipal ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que les propriétaires riverains n'ont pas été mis en demeure d'acquérir les parties du chemin rural attenantes à leur propriétéet que le conseil municipal s'est fondé sur les avis des propriétaires riverains qui ne sont pas exigés par l'article L. 161-10 du code rural et de la pêche maritime ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas justifié qu'une note de synthèse a été adressé aux membres du conseil municipal en méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ;

- elle méconnaît l'article L. 161-10 du code rural et de la pêche maritime dès lors qu'elle dispose d'un droit prioritaire en sa qualité de riverain du chemin rural, que les propriétés des SCI " Boisbereau " et " Le Grand Raive du Vieux Page " ne sont pas attenantes aux parcelles B et F du chemin rural et que la commune s'est fondée sur un critère de " propriétaire majoritaire " non prévu par cet article ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle favorise l'intérêt du gérant des SCI " Boisbereau " et " Le Grand Raive du Vieux Page ".

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 septembre 2020 et le 9 novembre 2020, la Commune de Salbris, représentée par Me Le Bouedec, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la SCI Jucelianne la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Société civile immobilière Jucelianne ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Defranc-Dousset, rapporteure publique,

- et les observations de Me Boullay, représentant la SCI Jucelianne, et de Me Nègre, représentant la commune de Salbris.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 14 décembre 2017, le conseil municipal de la commune de Salbris a décidé de désaffecter le chemin rural dit " de la Ferté Imbault à Nançay " et d'entamer la procédure de cession. Du 23 octobre au 7 novembre 2018, une enquête publique portant sur l'aliénation partielle de ce chemin rural s'est déroulée et le commissaire enquêteur a émis un avis favorable sous réserve le 23 novembre 2018. Par la délibération attaquée du 2 décembre 2019, le conseil municipal de la commune de Salbris a décidé de céder le chemin rural dit " de la Ferté Imbault à Nançay " d'une superficie de 10 807 m² au propriétaire des SCI " Boisbereau " et " Le Grand Raive du Vieux Page ". Par un courrier du 24 janvier 2019, la SCI Jucelianne a adressé un recours gracieux à la commune de Salbris. Par la présente requête, la SCI Jucelianne demande l'annulation de la délibération du 2 décembre 2019, ensemble la décision implicite par laquelle le maire de la commune a rejeté le recours gracieux du 24 janvier 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 161-10 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsqu'un chemin rural cesse d'être affecté à l'usage du public, la vente peut être décidée après enquête par le conseil municipal, à moins que les intéressés groupés en association syndicale conformément à l'article L. 161-11 n'aient demandé à se charger de l'entretien dans les deux mois qui suivent l'ouverture de l'enquête. / Lorsque l'aliénation est ordonnée, les propriétaires riverains sont mis en demeure d'acquérir les terrains attenant à leurs propriétés. / Si, dans le délai d'un mois à dater de l'avertissement, les propriétaires riverains n'ont pas déposé leur soumission ou si leurs offres sont insuffisantes, il est procédé à l'aliénation des terrains selon les règles suivies pour la vente des propriétés communales. "

3. Il résulte de ces dispositions que les propriétaires riverains d'un chemin rural disposent chacun d'un droit de priorité pour acquérir la partie du chemin rural attenante à leur propriété.

4. Il ressort des pièces du dossier que la SCI Jucelianne est propriétaire riverain des seules portions B et F du chemin rural, pour lesquelles elle a fait état de son souhait de les acquérir notamment dans son courrier adressé à la commune de Salbris le 14 janvier 2019. Il s'ensuit qu'en décidant de céder ces deux portions aux SCI " Boisbereau " et " Le Grand Raive du Vieux Page " au motif, non prévu par l'article L. 161-10 du code rural et de la pêche maritime, qu'elles sont propriétaires riverains " majoritaires ", et alors que leur propriété respective n'est pas attenante à ces deux portions du chemin, la commune a commis une erreur de droit et le moyen doit être accueilli.

5. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la SCI Jucelianne est fondée à demander l'annulation de la délibération du 2 décembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la délibération attaquée implique uniquement, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que la commune délibère à nouveau dans les conditions énoncées au point 3 du présent jugement, dans le délai de six mois suivant la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI Jucelianne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Salbris demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Salbris une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la SCI Jucelianne et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 2 décembre 2019 et la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Salbris a rejeté le recours gracieux de la SCI Jucelianne du 29 janvier 2019, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Salbris de délibérer à nouveau dans le délai de 6 mois à compter de la notification du présent jugement, conformément au principe énoncé au point 3 du présent jugement.

Article 3 : La commune de Salbris versera une somme de 1 200 euros à la SCI Jucelianne en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Jucelianne et à la commune de Salbris.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Montes-Derouet, présidente, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme Dumand, première conseillère,

Mme Pajot, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

Séverine A

La présidente, première conseillère

faisant fonction de présidente,

Isabelle MONTES-DEROUET La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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