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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2001467

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2001467

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2001467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELAS CLOIX & MENDES-GIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 avril 2020 et le 23 septembre 2021 Mme E F, Mme B C et M. A C, représentés par Me Destarac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 7 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Bû a approuvé le plan local d'urbanisme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bû une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération du 7 novembre 2019 est entachée d'un vice de procédure :

* certains avis n'ont été rendus publics qu'après la clôture de l'enquête publique ;

* le dossier mis à disposition du public durant cette enquête ne contenait pas de bilan de la concertation ;

* aucun débat public n'a été organisé ;

* les dispositions de l'article L. 151-43 du code de l'urbanisme ont été méconnues dès lors que les servitudes ne sont pas jointes au dossier d'enquête publique et en annexe du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- le rapport de présentation comporte des insuffisances ;

- la commune a commis une erreur manifeste d'appréciation et une erreur de droit en classant les parcelles H n° 1489 et n° 1492 en zone Nj.

Par un mémoire enregistré le 10 août 2021, la commune de Bû, représentée par Me Mery, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme F, Mme C et M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Barreau, représentant Mme F, Mme C et M. C, et de Me Mery représentant la commune de Bû.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, Mme C et M. C sont propriétaires d'un terrain à Bû (Eure-et-Loir), comprenant les parcelles cadastrées H n° 1489 à 1492, dans le secteur de Saint-Antoine. Par délibération du 22 janvier 2015, le conseil municipal de la commune de Bû a prescrit l'élaboration d'un PLU. A l'issue de cette procédure, les parcelles leur appartenant ont été classées en secteur naturel de jardin (Nj). Par délibération du 7 novembre 2019, le conseil municipal a approuvé le PLU de la commune de Bû. Mme F, Mme C et M. C demandent l'annulation de cette décision.

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 153-8 code de l'urbanisme : " Le dossier soumis à l'enquête publique est composé des pièces mentionnées à l'article R. 123-8 du code de l'environnement et comprend, en annexe, les différents avis recueillis dans le cadre de la procédure () ". Aux termes de l'article R. 123-8 code de l'environnement : " Le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme. / Le dossier comprend au moins : / () / 4° Lorsqu'ils sont rendus obligatoires par un texte législatif ou réglementaire préalablement à l'ouverture de l'enquête, les avis émis sur le projet plan, ou programme ; / 5° Le bilan de la procédure de débat public organisée dans les conditions définies aux articles L. 121-8 à L. 121-15, de la concertation préalable définie à l'article L. 121-16 ou de toute autre procédure prévue par les textes en vigueur permettant au public de participer effectivement au processus de décision. Il comprend également l'acte prévu à l'article L. 121-13 ainsi que, le cas échéant, le rapport final prévu à l'article L. 121-16-2. Lorsque aucun débat public ou lorsque aucune concertation préalable n'a eu lieu, le dossier le mentionne () ".

3. D'une part, il ressort du rapport d'enquête publique élaboré par le commissaire enquêteur que le dossier d'enquête mis à disposition du public était notamment composé d'un dossier contenant les avis des services de l'Etat et des différentes parties au projet, au nombre desquelles figurent la mission régionale d'autorité environnementale, entité administrative de l'Etat. A supposer que l'avis rendu par cette mission n'ait pas été joint au dossier et rendu public le 13 septembre 2019, après la clôture de l'enquête publique, cette communication tardive n'a en l'espèce pas eu pour effet de nuire à l'information du public, ni été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête publique et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative. Par ailleurs, en se bornant à soutenir que les avis des autres personnes consultées n'étaient pas joints au dossier, les requérants n'assortissent pas la deuxième branche de leur moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le bilan de la concertation est retracé dans la délibération n° 2018-84 du conseil municipal de la commune de Bû et que le dossier d'enquête mis à disposition du public comportait une chemise des délibérations du conseil municipal et des arrêtés du maire. Or les requérants ne soutiennent pas ni même n'allèguent que la délibération n° 2018-84 ne figurait pas dans cette chemise. Ils ne sont dès lors pas fondés à soutenir que le dossier d'enquête publique était incomplet, faute de contenir le bilan de la concertation.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 600-11 du code de l'urbanisme : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées ".

6. Il est constant que la délibération du 22 janvier 2015 du conseil municipal de la commune de Bû prévoit que l'approbation du PLU doit être précédée d'au moins deux réunions publiques et de la participation à un débat public. Il ressort de la délibération n° 2018-84 du conseil municipal de la commune de Bû qu'à l'issue des réunions publiques du 21 juin 2017 et du 23 octobre 2017 des questions ont été posées et que les échanges ont été soutenus, des questions d'ordre privé et d'ordre général ayant été posées à ces deux occasions. Un débat public a donc bien eu lieu au cours de ces réunions. Or, la délibération du 22 janvier 2015 ne saurait être interprétée comme excluant la possibilité que le débat public se tienne à l'occasion des réunions publiques. Par suite les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'aucun débat public ne serait intervenu.

7. En quatrième lieu aux termes de l'article L. 151-43 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme comportent en annexe les servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol () ".

8. Il ressort du rapport d'enquête publique que le dossier mis à la disposition du public lors de l'enquête comportait des fiches de servitudes d'utilité publiques accompagnées d'un plan des servitudes et une annexe sanitaire qui présentait les données sur l'alimentation en eau potable, l'assainissement des eaux usées et la gestion des déchets assortie d'un plan des contraintes. Par ailleurs, la version publiée du PLU de la commune de Bû contient en annexe des documents relatifs aux servitudes d'utilité publiques et un plan des servitudes où figurent notamment celles liées à la protection des eaux potables et minérales, aux canalisations publiques et aux servitudes en électricité, ainsi qu'une annexe sanitaire dans laquelle sont retracées les servitudes liées au réseau d'assainissement. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier liée à l'absence de mention des servitudes dans le cadre de l'enquête publique et en annexe du PLU doit être écarté.

Sur la légalité interne :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement () ".

10. Aux termes de l'article R. 151-2 du même code : " Le rapport de présentation comporte les justifications de : 1° La cohérence des orientations d'aménagement et de programmation avec les orientations et objectifs du projet d'aménagement et de développement durables ; 2° La nécessité des dispositions édictées par le règlement pour la mise en œuvre du projet d'aménagement et de développement durables et des différences qu'elles comportent, notamment selon qu'elles s'appliquent à des constructions existantes ou nouvelles ou selon la dimension des constructions ou selon les destinations et les sous-destinations de constructions dans une même zone ; 3° La complémentarité de ces dispositions avec les orientations d'aménagement et de programmation mentionnées à l'article L. 151-6 () ".

11. D'une part, le rapport de présentation justifie suffisamment la cohérence des OAP avec les orientations et objectifs du PADD aux pages 76, 79 ou 86. Il en va de même de la des dispositions édictées par le règlement pour la mise en œuvre du PADD et notamment de son objectif n° 5, visant à protéger la forêt, préserver les continuités écologiques et intégrer les risques naturels, aux pages 73, 74 77, 78 ou 81. C'est également le cas en ce qui concerne la complémentarité de ces dispositions avec les OAP s'agissant de la zone 1AU et de l'OAP n°1 à la page 76.

12. D'autre part, le rapport de présentation comporte un inventaire des vestiges archéologiques et une carte retraçant l'état des connaissances de la sensibilité archéologique par division cadastrale communale et fait référence aux richesses archéologiques du sous-sol à proximité de l'ancien château, justifiant le classement en zone inconstructible. Dès lors le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation doit être écarté dans toutes ses branches.

13. En dernier lieu, en application des dispositions de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : sont classées en zone N les secteurs présentant un intérêt historique ou ayant le caractère d'espace naturel. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles H n° 1489 à 1492 se situent à l'emplacement de l'ancien château, dans une zone de sensibilité archéologique importante et qu'elles sont aujourd'hui constituées d'espaces naturels et de jardins. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le classement en zone Nj de ces parcelles serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formées par Mme F, Mme C et M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bû, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme F, Mme C et M. C demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F, Mme C et M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F, à Mme B C, à M. A C et à la commune de Bû.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

Mme Bertrand, première conseillère,

Mme Bailleul, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

Clotilde D

La présidente,

Anne-Laure DELAMARRE

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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