jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2001749 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | WEINKOPF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 mai 2020 et le 29 octobre 2020, Mme G F, Mme A C épouse E, M. H C et M. D C représentés par Me Weinkopf, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2019 pris par la commune de Puiseaux portant retrait d'un permis d'aménager et sursis à statuer ainsi que la décision implicite portant rejet de leur recours gracieux et de leur demande indemnitaire formés par un courrier du 14 janvier 2020 ;
2°) de condamner la commune de Puiseaux à leur verser au titre de la réparation des préjudices subis la somme de 41 737,12 euros ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Puiseaux la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure car la communauté de communes n'a pas été consultée alors même qu'elle exerce la compétence en matière de plan local d'urbanisme, conformément aux dispositions de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales ;
- il méconnaît l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme et est entaché d'erreur de droit dès lors qu'un certificat d'urbanisme opérationnel est intervenu le 15 février 2019 pour le projet en cause, postérieurement à l'adoption le 3 juillet 2018 des orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable du plan local d'urbanisme intercommunal des Terres Puiseautines, ce qui implique une cristallisation des règles de droit applicables au projet à cette date ;
- le projet n'est pas de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme intercommunal en cours d'élaboration au sens de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur de fait, de droit et d'appréciation en ce qu'il indique que le projet n'est pas desservi par les réseaux d'électricité et d'assainissement ;
- ils ont subi un préjudice du fait de l'illégalité des arrêtés portant délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel, d'un permis d'aménager et retrait dudit permis résultant notamment de la contradiction entre ces arrêtés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 septembre 2020 et le 27 novembre 2020, la commune de Puiseaux, représentée par Me Menouvrier conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 500 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est tardive en ce qu'elle est dirigée à l'encontre de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux et de leur demande indemnitaire préalable ;
- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 23 décembre 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 20 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Weinkopf, représentant les requérants et Me Lucas, représentant la commune de Puiseaux.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F a présenté une demande, le 14 novembre 2018 en vue d'obtenir un certificat d'urbanisme sur la constructibilité d'une maison individuelle sur un terrain situé sur la parcelle cadastrée ZK 20 situé Chemin Pellerin sur le territoire de la commune de Puiseaux. Par un arrêté du 15 février 2019, le maire de la commune de Puiseaux lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel. Le 11 juin 2019, elle a déposé une demande de permis d'aménager en vue de l'aménagement de deux lots à bâtir à usage d'habitation sur les parcelles cadastrées ZK 19 et 20. Par un arrêté du 2 octobre 2019, le maire de la commune de Puiseaux a délivré à Mme F le permis d'aménager sollicité. Par un arrêté du 18 novembre 2019, le maire de la commune a procédé au retrait de ce permis et a opposé un sursis à statuer de deux ans à la demande de permis de construire. Le 14 janvier 2020, Mme F a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté et déposé une demande indemnitaire préalable auprès de la commune, qui ont été implicitement rejetés. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal, d'une part, d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2019 et les décisions implicites de rejet du recours gracieux et de la demande indemnitaire préalable, et d'autre part, de condamner la commune de Puiseaux à leur verser la somme de 41 737,12 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité des arrêtés de délivrance d'un certificat d'urbanisme, d'un permis d'aménager et de l'arrêté portant retrait dudit permis et opposant un sursis à statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes du 1° du I l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales : " I. ' La communauté de communes exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences relevant de chacun des groupes suivants : 1° Aménagement de l'espace pour la conduite d'actions d'intérêt communautaire ; schéma de cohérence territoriale et schéma de secteur ; plan local d'urbanisme, document d'urbanisme en tenant lieu et carte communale () ". Selon l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale avant cette date, le maire est compétent, au nom de la commune, après délibération du conseil municipal. En l'absence de décision du conseil municipal, le maire est compétent, au nom de la commune, à compter du 1er janvier 2017. Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 422-3 du même code : " Lorsqu'une commune fait partie d'un établissement public de coopération intercommunale, elle peut, en accord avec cet établissement, lui déléguer la compétence prévue au a de l'article L. 422-1 qui est alors exercée par le président de l'établissement public au nom de l'établissement. ().
3. En l'espèce, en application des dispositions du L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales précitées, par un arrêté du 10 décembre 2015 portant modification des statuts de la communauté de communes des Terres Puiseautines, le préfet du Loiret a ajouté à cette dernière la compétence en matière d' " Etude, élaboration, approbation, révision et suivi d'un plan local d'urbanisme intercommunal, de plans locaux d'urbanisme, documents d'urbanisme en tenant lieu et cartes communales ". Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune de Puiseaux a transféré, comme l'article L. 422-3 du code de l'urbanisme l'y autorise, la compétence pour délivrer les permis de construire et d'aménager à la communauté de communes des Terres Puiseautines. Dans ces conditions, dès lors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose la consultation de l'EPCI, la commune qui est restée compétente n'avait pas à saisir la communauté de communes des Terres Puiseautines au moment du retrait du permis d'aménager.
4. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique () . ". Ces dispositions ont pour effet de garantir à la personne à laquelle a été délivré un certificat d'urbanisme, quel que soit son contenu, un droit à voir sa demande de permis de construire déposée durant les dix-huit mois qui suivent, examinée au regard des dispositions d'urbanisme applicables à la date de ce certificat, à la seule exception de celles qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ". Une telle possibilité vise à permettre à l'autorité administrative de ne pas délivrer des autorisations pour des travaux, constructions ou installations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Il appartient à l'autorité compétente de prendre notamment en compte les orientations du projet d'aménagement et de développement durables dès lors qu'elles traduisent un état suffisamment avancé du futur plan local d'urbanisme pour apprécier si un projet serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuses l'exécution de ce plan.
6. Si Mme F a déposé sa demande d'autorisation dans le délai de dix-huit mois courant à compter de la délivrance, le 15 février 2019, du certificat d'urbanisme opérationnel, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions figurant sur l'arrêté portant retrait du permis d'aménager et sursis à statuer qui lui a été opposé par la décision en litige du 18 novembre 2019, qu'à la date de délivrance de ce certificat d'urbanisme, l'élaboration du projet du plan local d'urbanisme avait été prescrit par une délibération du conseil municipal du 15 décembre 2015 et que le débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durable avait été acté par une délibération du 3 juillet 2018. Ainsi, le projet de plan local d'urbanisme intercommunal avait atteint, à la date de délivrance du certificat d'urbanisme du 15 février 2019, un état d'avancement suffisant pour apprécier si un projet serait de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse l'exécution de ce plan. Par ailleurs, le certificat d'urbanisme qui lui avait été délivré le 15 février 2019 faisait mention de la possibilité du sursis à statuer. Par suite, c'est à bon droit que le maire a pu, par son arrêté du 18 novembre 2019, opposé un sursis à statuer.
7. Le PADD du PLUi, en cours d'élaboration à la date de l'arrêté litigieux, a pour objectif de " limiter la consommation des terres agricoles à des fins d'urbanisation et aménager de manière prioritaire les dents creuses des centres-bourgs " : maintenir l'identité rurale des Terres Puiseautines grâce à la maîtrise de l'urbanisation et un développement mesuré ; aménager de manière prioritaire les enveloppes urbaines, en particulier celle des bourgs ". Il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'assiette du projet, cadastrée section ZK n° 19 et n° 20 et d'une contenance de 7 400 mètres carrés, est située dans le secteur UB limitrophe du secteur NC (zone constituée par les parties du territoire communal principalement affectées aux exploitations agricoles qu'il convient de protéger pour ne pas porter atteinte à l'agriculture), et à proximité immédiate d'une zone agricole. Si la route de Desmont sur le territoire de la commune de Puiseaux, est bordée, dans sa partie qui quitte le centre-bourg, de maisons d'habitation, le lieu d'implantation du projet est, quant à lui, situé à la limite du périmètre bâti, aucune construction n'étant implantée sur la parcelle directement voisine de celles des requérants. De plus, l'argument des requérants, selon lequel il ne s'agirait plus de parcelles agricoles compte tenu de la résiliation du bail agricole le 9 avril 2019, ne saurait prospérer alors même que l'objectif affiché par les orientations du PADD vise explicitement à limiter la consommation des terres agricoles à fin d'urbanisation. Dès lors, l'aménagement de deux lots à bâtir sur ces parcelles contribuent de ce fait à la consommation des terres agricoles et l'étalement urbain. Le projet doit être regardé comme compromettant l'exécution du futur plan. En outre, la faculté ouverte à l'autorité compétente pour délivrer une autorisation d'urbanisme, de surseoir à statuer sur une demande d'autorisation, est subordonnée à une condition alternative et non cumulative, que l'octroi de cette autorisation soit susceptible de compromettre ou de rendre plus onéreuse l'exécution du projet de PLU en cours d'élaboration. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme que le maire de la commune de Puiseaux a opposé un sursis à la demande de permis d'aménager déposée par Mme F.
8. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que le maire aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le motif tiré de ce que la construction projetée par Mme F est de nature à compromettre l'exécution du futur plan. Par suite, il n'y a pas lieu pour le tribunal de se prononcer sur la légalité de l'autre motif fondant le refus en litige tiré de ce que l'unité foncière du projet ne serait pas desservi par les réseaux d'électricité et d'assainissement.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir présentée en défense, que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2019 et de la décision portant rejet du recours gracieux doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
10. Si Mme F soutient que le certificat d'urbanisme qui lui a été délivré ne fait pas mention de la possibilité du sursis à statuer, il résulte de l'instruction que cette mention figure bien dans le certificat d'urbanisme du 15 février 2019. Dès lors, Mme F qui ne soutient pas que la mention du sursis à statuer ne respecterait pas les exigences prévues à l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme ne peut se prévaloir d'une illégalité fautive.
11. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la réparation de leur préjudice résultant de l'illégalité des arrêtés du 15 février 2019, du 2 octobre 2019 et du 18 novembre 2019, ces illégalités n'étant pas établies.
Sur les frais liés au litige :
12. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme de 2 500 euros sollicitée par les requérants au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Puiseaux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
13. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de faire application de ces dispositions pour mettre à la charge des requérants une somme au profit de la commune de Puiseaux au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Puiseaux au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G F, à Mme A C épouse E, à M. H C, à M. D C et à la commune de Puiseaux.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
Mme Bailleul, conseillère,
Mme Pajot, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
La rapporteure,
Anne-Laure B
La présidente,
Anne-Laure DELAMARRELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
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01/06/2026
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