jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2001987 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CALENGE GUETTARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 22 juin 2020, Mme D A, représentée par Me Micou, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 mars 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Blois a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie de lombalgies sur lombo-discarthrose L3-L4 et L4-L5 sans conflit disco-radiculaire ;
2°) d'ordonner une contre-expertise afin de déterminer si sa pathologie de lombalgies sur lombo-discarthrose L3-L4 et L4-L5 est imputable au service ;
3°) de condamner le centre hospitalier de Blois à lui verser des indemnités pour les préjudices engendrés ou qui pourraient être engendrés par sa pathologie ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Blois une somme au titre des frais liés au litige.
Elle soutient que, malgré deux avis favorables successifs de la commission de réforme rendus les 3 avril 2019 et 6 novembre 2019, le centre hospitalier de Blois a refusé de donner une suite favorable à sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2020, le centre hospitalier de Blois, représenté par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors que la requérante n'a pas formé de demande indemnitaire préalable auprès de l'établissement ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par lettre du 26 juin 2022, le tribunal a informé les parties que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, les dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 issues de l'article 10 de l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 n'étant pas entrées en vigueur à la date à laquelle les pathologies dont a souffert Mme A ont été diagnostiquées.
Le centre hospitalier de Blois a présenté des observations par mémoire enregistré le 30 juin 2022.
Par lettre du 6 septembre 2022, le tribunal a informé les parties que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de la substitution des dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 issues de l'article 10 de l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 par celles de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017.
Mme A a présenté des observations par mémoire enregistré le 7 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A exerçait les fonctions d'aide-soignante au centre hospitalier de Blois depuis le 2 septembre 2013. Le 1er octobre 2018, elle a présenté une demande de reconnaissance de maladie professionnelle concernant, d'une part, une tendinopathie de l'épaule droite et, d'autre part, des lombalgies sur discopathies L3-L4 et L4-L5. Les 3 avril 2019 et 6 novembre 2019, la commission départementale de réforme de Loir-et-Cher a rendu deux avis favorables à la reconnaissance d'imputabilité au service de ces deux pathologies. En revanche, le directeur du centre hospitalier de Blois a refusé, par décision du 11 mars 2020, de reconnaître l'imputabilité au service des lombalgies sur discopathies L3-L4 et L4-L5 dont est atteinte Mme A. Par la requête ci-dessus analysée, l'intéressée demande l'annulation de cette décision ainsi que la réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le fondement légal :
2. L'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique a institué un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " en insérant dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires un article 21 bis aux termes duquel : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / () / IV. -Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () ".
3. L'application de ces dispositions résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 était manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. Les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique hospitalière, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 16 mai 2020, du décret du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020.
4. En outre, dès lors que les droits des agents en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie a été diagnostiquée, la situation de Mme A, dont les lombalgies sur discopathies L3-L4 et L4-L5 ont été diagnostiquées au mois d'août 2018, était exclusivement régie par les conditions de forme et de fond prévues avant l'entrée en vigueur des dispositions législatives et réglementaires relatives au nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service.
5. Pour rejeter la demande de reconnaissance d'imputabilité au service des lombalgies sur lombo-discarthrose L3-L4 et L4-L5 sans conflit disco-radiculaire, le centre hospitalier de Blois s'est fondé sur la circonstance que cette pathologie ne figurait pas aux tableaux des maladies professionnelles auxquels renvoient les dispositions du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. Par suite, le centre hospitalier a méconnu le champ d'application de la loi en fondant sa décision sur les dispositions du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.
6. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
7. En l'espèce, il y a lieu de substituer au fondement erroné les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans leur rédaction applicable au litige, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver Mme A des garanties qui lui sont reconnues par la loi et que le centre hospitalier de Blois dispose du même pouvoir d'appréciation que sur la base de celles de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.
En ce qui concerne la substitution de motif :
8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. Il ressort des termes mêmes de la décision contestée que le centre hospitalier de Blois s'est fondé sur la seule circonstance que la pathologie présentée par Mme A ne figurait pas sur les tableaux des maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale. Or, un tel motif ne pouvait être opposé par l'administration dès lors qu'il est fait application de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, dans sa rédaction applicable au litige. Le centre hospitalier de Blois fait cependant valoir en défense que Mme A n'établissait pas de lien direct entre sa pathologie et le service. Il y a lieu, par suite, de substituer ce motif à celui de la décision attaquée qui est entaché d'illégalité, cette substitution ne privant Mme A, qui a été mise à même de faire valoir ses observations sur ledit motif, d'aucune garantie procédurale.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur d'appréciation :
10. Mme A doit être regardée comme soutenant que le centre hospitalier de Blois a commis une erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie de lombalgies sur lombo-discarthrose L3-L4 et L4-L5 sans conflit disco-radiculaire. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du rapport d'expertise rédigé par le docteur B le 27 août 2019, que les lombalgies sur lombo-discarthrose L3-L4 et L4-L5 sans conflit disco-radiculaire dont souffre l'intéressée ne présentent pas de lien direct et certain avec les gestes et postures de travail. Si Mme A se prévaut de deux avis de la commission départementale de réforme de Loir-et-Cher des 3 avril 2019 et 6 novembre 2019 par lesquels la commission s'est déclarée favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de ses lombalgies, elle ne produit aucune pièce, notamment de nature médicale, permettant de remettre sérieusement en cause l'avis du docteur B, rendu le 27 août 2019. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision du 11 mars 2020, par laquelle le directeur du centre hospitalier de Blois a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie, est entachée d'erreur d'appréciation. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision du 11 mars 2020 contestée n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, les conclusions indemnitaires de la requête, doivent être également rejetées.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que la requête de Mme A doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par Mme A au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au centre hospitalier de Blois.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
M. Vieville, premier conseiller,
M. Nehring, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
Le rapporteur,
Virgile C
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Nadine REUBRECHT
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026