jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2002227 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | JORION |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 juillet 2020, le 10 août 2020 et le 25 octobre 2021 sous le n° 2002227, M. B C, représenté par Me Jorion, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 3 juin 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Cormery a exercé le droit de préemption urbain sur un ensemble immobilier dit D, situé sur les parcelles cadastrées B n° 969, B n° 240 et B n° 651 situées 4, rue André Varin sur le territoire de la commune de Cormery en vue d'y créer des équipements collectifs ;
2°) d'enjoindre à la commune de Cormery de proposer le bien à l'ancien propriétaire, le département d'Indre-et-Loire puis à l'acquéreur évincé, M. C au prix auquel la commune aura acquis le bien, et ce sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à partir d'un délai d'un mois après la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Cormery la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la délibération est entachée d'incompétence en ce que la communauté de communes Loches Sud Touraine est compétente de plein droit en application des dispositions de l'article
L. 211-2 du code de l'urbanisme et de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que l'avis du service des domaines n'a pas été obtenu en méconnaissance des dispositions de l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme ;
- la commune de Cormery ne justifie pas avoir institué un droit de préemption urbain sur le territoire de la commune conformément aux dispositions des articles R. 211-2 et R. 211-3 du code de l'urbanisme ;
- la décision porte sur la préemption de trois parcelles dont deux (B n° 240 et B n° 651) sont classées en zone NB, zone naturelle de sorte qu'il est impossible de préempter ces parcelles en application du droit de préemption urbain ;
- la délibération n'a été ni reçue ni envoyée à la préfecture en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales ;
- la décision de préemption ne correspond à aucun projet de la commune de Cormery en méconnaissance des dispositions de l'article L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le projet est manifestement trop coûteux pour la commune.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2021, et un mémoire enregistré le 2 décembre 2021 lequel n'a pas donné lieu à communication, la commune de Cormery, représentée par Me Fortat, demande, à titre principal, de constater le non-lieu à statuer, à titre subsidiaire, de rejeter la requête, et de mettre à la charge de M. C la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la délibération du 3 juin 2020 a été retirée par décision du 24 juillet 2020 ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistrés le 23 août 2021, et un mémoire enregistré le 2 décembre 2021 lequel n'a pas donné lieu à communication, le département d'Indre-et-Loire, représenté par Me Fortat, conclut au rejet de la requête.
Par ordonnance du 8 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 6 décembre 2021.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 juillet 2020, le 31 août 2020 et le 25 octobre 2021, sous le n° 2002581, M. B C, représenté par Me Jorion, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 24 juillet 2020 par laquelle le maire de la commune de Cormery a exercé le droit de préemption urbain sur l'immeuble dit D, sur la parcelle cadastrée B n° 968 située au 4 rue André Varin sur le territoire de la commune de Cormery ;
2°) d'enjoindre à la commune de Cormery de proposer le bien à l'ancien propriétaire, le département d'Indre-et-Loire puis à l'acquéreur évincé, M. C au prix auquel la commune aura acquis le bien, et ce sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à partir d'un délai d'un mois après la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Cormery la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la délibération est entachée d'incompétence en ce que la communauté de communes Loches Sud Touraine est compétente de plein droit en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code de l'urbanisme et de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales ; le conseil municipal ne pouvait dès lors déléguer au maire le droit de préemption urbain en l'absence de toute subdélégation par la communauté de communes de cette compétence à la commune ;
- il n'est pas établi que le maire avait bien une délégation du conseil municipal en matière de droit de préemption, ni du caractère exécutoire de cette délibération ;
- le maire n'était pas compétent pour prononcer par l'arrêté attaqué le retrait de la délibération du 23 juin 2020 eu égard au principe du parallélisme ;
- le maire ne pouvait procéder à la préemption d'une seule parcelle, par la délibération du 24 juillet 2020 au regard du caractère indivisible de la délibération du 3 juin 2020 qui portait sur 3 parcelles ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi que l'avis du service des domaines aurait été obtenu en méconnaissance des dispositions de l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme ;
- la décision de préemption est tardive en ce qu'elle n'a pas été notifiée dans le délai de deux mois au vendeur et au notaire, soit le 24 juillet 2020 ;
- la commune ne pouvait légalement, bénéficier à 2 reprises, du report des délais prévus par l'ordonnance modifiée n° 2020-306 du 25 mars 2020, sans porter atteinte au principe jurisprudentiel selon lequel les propriétaires doivent savoir de façon certaine et dans les plus brefs délais ce qu'il advient de leur bien ;
- il n'est pas établi que la commune de Cormery a institué un droit de préemption urbain sur le territoire de la commune conformément aux dispositions des articles R. 211-2 et R. 211-3 du code de l'urbanisme ;
- la décision porte sur la préemption d'une parcelle cadastrée B n° 968 dont il n'est pas établi qu'elle serait classée en zone urbaine ou à urbaniser ;
- la décision de préemption ne correspond à aucun projet réel de la commune de Cormery en méconnaissance des dispositions de l'article L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le projet est manifestement trop coûteux pour la commune.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2021, et un mémoire enregistré le 2 décembre 2021 non communiqué, la commune de Cormery demande, à titre principal, de constater le non-lieu à statuer, à titre subsidiaire, de rejeter la requête, et de mettre à la charge de M. C la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 23 août 2021 et un mémoire enregistré le 2 décembre 2021 qui n'a pas donné lieu à communication, le département d'Indre-et-Loire, représenté par Fortat, conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;
- le code de l'urbanisme ;
- l'arrêté du 6 décembre 2016 relatif aux opérations d'acquisitions en location immobilières poursuivies par les collectivités publiques et divers organismes ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Niel, représentant M. C, et de Me Liaud, représentant la commune de Cormery et le département d'Indre-et-Loire.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 3 juin 2020, le conseil municipal de la commune de Cormery a décidé de préempter un ensemble immobilier dit D, sur les parcelles cadastrées B 968, B 240 et B 651, situé au 4 rue André Varin sur le territoire de la commune. Par une ordonnance du 6 août 2020, le juge des référés a rejeté la requête de M. C tendant à la suspension de cette délibération. Par une première requête enregistrée sous le numéro 2002227, M. C demande l'annulation de cette délibération et à ce qu'il soit enjoint à la commune de Cormery de proposer le bien à l'ancien propriétaire puis à l'acquéreur évincé au prix auquel la commune aura acquis le bien. Par un arrêté du 24 juillet 2020, le maire de la commune de Cormery a, d'une part, prononcé le retrait de la délibération du 3 juin 2020 et, d'autre part, exercé le droit de préemption sur la seule parcelle cadastrée B n° 968, sur laquelle est édifié le bâtiment dit D, au prix de 175 000 euros. Par une ordonnance du 27 août 2020, le juge des référés a rejeté la requête de M. C tendant à la suspension de cet arrêté. Par une seconde requête enregistrée sous le numéro 2002581, M. C demande l'annulation de cet arrêté et à ce qu'il soit enjoint à la commune de proposer le bien à l'ancien propriétaire, soit le département d'Indre-et-Loire, puis à l'acquéreur évincé au prix auquel la commune aura acquis le bien.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même requérant, M. C et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. Lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.
4. Il ressort des pièces du dossier que par décision du 24 juillet 2020, le maire de la commune de Cormery a procédé au retrait de la délibération du 3 juin 2020 en tant qu'elle portait sur l'unité foncière composée des parcelles cadastrées B 240 et B 651 et indiqué que le droit de préemption urbain était exercé sur le seul bien cadastré B n° 968. Par suite, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, il y a lieu de statuer d'abord sur les conclusions dirigées à l'encontre de la décision du 24 juillet 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 juillet 2020 :
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la compétence en matière d'urbanisme n'a pas été transférée à la communauté de communes Loches Sud Touraine. Par une délibération du 3 juin 2020, reçue en préfecture le 9 juin 2020 et affichée le même jour, le conseil municipal de la commune de Cormery a décidé de déléguer à son maire les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme. Il résulte de ces circonstances d'une part, que le conseil municipal a par une délibération exécutoire, délégué au maire l'exercice du droit de préemption urbain et, d'autre part, que cette délégation a eu pour effet de dessaisir le conseil municipal au profit du maire qui a pu prononcer ainsi le retrait de la délibération par l'arrêté du 24 juillet 2020. Enfin, la circonstance que le conseil municipal avait décidé à la date du 3 juin 2020 de préempter le bien immobilier dit D n'était pas de nature à faire obstacle à ce que le maire décide, après avoir retiré cette délibération, de préempter ce même bien dans le délai requis. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit, dans toutes ses branches, être écarté.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée B 968, sur laquelle est implantée l'immeuble que le maire a décidé de préempter, ne relève pas de la même unité foncière que celle constituée par les parcelles cadastrées B 240 et B 651. La délibération du 3 juin 2020, qui a été retirée par l'arrêté du 24 juillet 2020, ne présentait dès lors pas de caractère indivisible, en ce qu'elle incluait également, dans l'exercice du droit de préemption, les parcelles cadastrées B 240 et B 651. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire ne pouvait procéder à la préemption d'une seule parcelle, du fait du caractère indivisible des trois parcelles préemptées dans la délibération du 3 juin 2020, doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme : " Le titulaire du droit de préemption doit recueillir l'avis du service des domaines sur le prix de l'immeuble dont il envisage de faire l'acquisition dès lors que le prix ou l'estimation figurant dans la déclaration d'intention d'aliéner ou que le prix que le titulaire envisage de proposer excède le montant fixé par l'arrêté du ministre chargé du domaine prévu à l'article R. 1211-2 du code général de la propriété des personnes publiques. / Dans les zones d'aménagement différé les périmètres provisoires de zone d'aménagement différé et dans les secteurs ayant fait l'objet de la délibération prévue par le dernier alinéa de l'article L. 211-4, le directeur départemental ou, le cas échéant, régional des finances publiques doit être consulté, quel que soit le prix figurant dans la déclaration d'intention d'aliéner. / L'avis du directeur départemental ou, le cas échéant, régional des finances publiques doit être formulé dans le délai d'un mois à compter de la date de réception de la demande d'avis. Passé ce délai, il peut être procédé librement à l'acquisition. / Les dispositions du présent article s'appliquent également aux propositions faites en application des articles L. 211-5 et L. 212-3. ". L'arrêté du 5 décembre 2016 relatif aux opérations d'acquisitions et de prises en location immobilières poursuivies par les collectivités publiques et divers organismes, fixe le montant auquel il est fait référence à l'article R. 213-21 à 180 000 euros à compter du 1er janvier 2017.
8. Le titulaire du droit de préemption a obligation de recueillir l'avis du service immobilier de l'Etat sur le prix de l'immeuble dont il envisage de faire l'acquisition.
9. Par un avis du 20 septembre 2019, le service du domaine a évalué la valeur de l'immeuble ancien " D " et son jardin, situé 4 rue André Varin, à la somme de 174 000 euros. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme : " Toute aliénation visée à l'article L. 213-1 est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le propriétaire à la mairie de la commune où se trouve situé le bien. Cette déclaration comporte obligatoirement l'indication du prix et des conditions de l'aliénation projetée ou, en cas d'adjudication, l'estimation du bien ou sa mise à prix, ainsi que les informations dues au titre de l'article L. 514-20 du code de l'environnement. Le titulaire du droit de préemption peut, dans le délai de deux mois prévu au troisième alinéa du présent article, adresser au propriétaire une demande unique de communication des documents permettant d'apprécier la consistance et l'état de l'immeuble, ainsi que, le cas échéant, la situation sociale, financière et patrimoniale de la société civile immobilière. () Le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration mentionnée au premier alinéa vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. / Le délai est suspendu à compter de la réception de la demande mentionnée au premier alinéa ou de la demande de visite du bien. Il reprend à compter de la réception des documents par le titulaire du droit de préemption, du refus par le propriétaire de la visite du bien ou de la visite du bien par le titulaire du droit de préemption. Si le délai restant est inférieur à un mois, le titulaire dispose d'un mois pour prendre sa décision. Passés ces délais, son silence vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. / Lorsqu'il envisage d'acquérir le bien, le titulaire du droit de préemption transmet sans délai copie de la déclaration d'intention d'aliéner au responsable départemental des services fiscaux. La décision du titulaire fait l'objet d'une publication. Elle est notifiée au vendeur, au notaire et, le cas échéant, à la personne mentionnée dans la déclaration d'intention d'aliéner qui avait l'intention d'acquérir le bien. () " . Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () ". L'article L. 2131-2 du même code prévoit que cette obligation de transmission vaut également pour les décisions prises par délégation du conseil municipal en application de l'article L. 2122-22. Au nombre de ces dernières décisions figurent les décisions de préemption.
11. Il résulte de ces dispositions que les propriétaires qui ont décidé de vendre un bien susceptible de faire l'objet d'une décision de préemption doivent savoir de façon certaine, au terme du délai de deux mois imparti au titulaire du droit de préemption pour en faire éventuellement usage, s'ils peuvent ou non poursuivre l'aliénation entreprise. Dans le cas où le titulaire du droit de préemption décide de l'exercer, les mêmes dispositions, combinées avec celles précitées du code général des collectivités territoriales, imposent que la décision de préemption soit exécutoire au terme du délai de deux mois, c'est-à-dire non seulement prise mais également notifiée au propriétaire intéressé et transmise au représentant de l'Etat. La réception de la décision par le propriétaire intéressé et le représentant de l'Etat dans le délai de deux mois, à la suite respectivement de sa notification et de sa transmission, constitue, par suite, une condition de la légalité de la décision de préemption.
12. Il ressort des pièces du dossier que, dans le délai de deux mois prévu par l'article
L. 213-2 du code de l'urbanisme cité au point 6 qui expirait le 24 juillet 2020 à minuit, le maire de Cormery a, d'une part, prononcé le retrait de la délibération du 3 juin 2020 du conseil municipal et, d'autre part, décidé de préempter le bien immobilier dit D édifié sur la parcelle cadastrée B 968 par l'arrêté du 24 juillet 2020, lequel a été reçu en préfecture le 24 juillet 2020, a fait l'objet, le même jour, d'un affichage ainsi que d'une signification par huissier aux notaires du vendeur et de l'acheteur ayant en charge la vente. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision serait tardive en ce qu'elle n'aurait pas été notifiée dans le délai de deux mois doit être écarté.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 12 quater de l'ordonnance du 25 mars 2020 : " Sans préjudice de la faculté de prévoir, pour les mêmes motifs que ceux énoncés à l'article 9, une reprise des délais par décret, les délais relatifs aux procédures de préemption, prévues au titre Ier du livre II du code de l'urbanisme et au chapitre III du titre IV du livre Ier du code rural et de la pêche maritime, à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020, sont, à cette date, suspendus. Ils reprennent leur cours à compter du 24 mai 2020 pour la durée restant à courir le 12 mars 2020 ".
14. Il résulte des dispositions précitées que le maire pouvait bénéficier de la prorogation des délais pour décider, par l'arrêté du 24 juillet 2020, d'exercer son droit de préemption urbain sans que la circonstance le conseil municipal ait déjà pu, du fait de cette prorogation des délais, décider de préempter le bien en cause par sa délibération du 3 juin 2020, n'y fasse obstacle.
15. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction alors applicable : " Les communes dotées d'un plan d'occupation des sols rendu public ou d'un plan local d'urbanisme approuvé peuvent, par délibération, instituer un droit de préemption urbain sur tout ou partie des zones urbaines et des zones d'urbanisation future délimitées par ce plan, dans les périmètres de protection rapprochée de prélèvement d'eau destinée à l'alimentation des collectivités humaines définis en application de l'article L. 1321-2 du code de la santé publique, dans les zones et secteurs définis par un plan de prévention des risques technologiques en application de l'article L. 515-16 du code de l'environnement, dans les zones soumises aux servitudes prévues au II de l'article L. 211-12 du même code, ainsi que sur tout ou partie de leur territoire couvert par un plan de sauvegarde et de mise en valeur rendu public ou approuvé en application de l'article L. 313-1 lorsqu'il n'a pas été créé de zone d'aménagement différé ou de périmètre provisoire de zone d'aménagement différé sur ces territoires. () ". Aux termes de l'article R. 211-2 de ce code : " La délibération par laquelle le conseil municipal () décide, en application de l'article L. 211-1, d'instituer ou de supprimer le droit de préemption urbain ou d'en modifier le champ d'application est affichée en mairie pendant un mois. Mention en est insérée dans deux journaux diffusés dans le département. / Les effets juridiques attachés à la délibération mentionnée au premier alinéa ont pour point de départ l'exécution de l'ensemble des formalités de publicité mentionnées audit alinéa. Pour l'application du présent alinéa, la date à prendre en considération pour l'affichage en mairie est celle du premier jour où il est effectué ". Aux termes de l'article R. 211-3 de ce code : " Le maire () adresse sans délai au directeur départemental ou, le cas échéant, régional des finances publiques, à la chambre départementale des notaires, aux barreaux constitués près les tribunaux judiciaires dans le ressort desquels est institué le droit de préemption urbain et au greffe des mêmes tribunaux copie des actes ayant pour effet d'instituer ou de supprimer le droit de préemption urbain ou d'en modifier le champ d'application. Cette copie est accompagnée, s'il y a lieu, d'un plan précisant le champ d'application du droit de préemption urbain. ". Enfin, l'article R. 211-4 dispose que : " La délibération prise en application du dernier alinéa de l'article L. 211-1 est affichée en mairie pendant un mois et prend effet le premier jour dudit affichage. () Copie en est en outre adressée aux organismes et services mentionnés à l'article R. 211-3 () ".
16. Les obligations d'affichage et de publication par voie de presse de la délibération instaurant le droit de préemption urbain prévues aux articles R. 211-2 et R. 211-4 du code de l'urbanisme constituent des formalités nécessaires à l'entrée en vigueur d'une telle délibération. Le droit de préemption urbain concernant la partie de la zone U en cause a été institué par une délibération transmise en préfecture le 12 septembre 2006 et affichée en mairie le même jour. Elle a été publiée dans deux journaux à diffusion départementale.
17. En septième lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objet de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations. () ".
18. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.
19. Il ressort des pièces du dossier que le bâtiment en cause avait déjà été mis à disposition de la commune pour des expositions et qu'elle recherchait depuis plusieurs années des solutions pour acheter et réhabiliter le lieu pour l'ouvrir au public dans le cadre d'un projet culturel ou touristique. Un dossier constitué dès l'année 2017 et un nouveau dossier de l'année 2019 présentent l'intérêt d'un tel projet " structurant " pour la commune. Si ces précédents projets différent de celui mentionné dans l'arrêté du 24 juillet 2020 qui prévoit l'installation de la mairie au 1er étage, la création d'un espace associatif et d'une bibliothèque au 2d étage et au rez de chaussée un accueil pour les circuits de visites touristiques, la commune doit néanmoins être regardée comme poursuivant un projet réel et correspond à l'un des objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, à savoir notamment la réalisation d'équipements collectifs.
20. Il résulte également de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme que la mise en œuvre du droit de préemption urbain doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant. Le juge de l'excès de pouvoir vérifie si le projet d'action ou d'opération envisagé par le titulaire du droit de préemption est de nature à justifier légalement l'exercice de ce droit. En outre, si le requérant soutient que le projet est trop coûteux pour une commune de 1 780 habitants en se fondant notamment sur une étude et une synthèse de diagnostic thermique, il n'établit pas que la commune ne serait pas en mesure de supporter les éventuels frais de rénovation. Par suite, la mise en œuvre du droit de préemption répond bien à un intérêt général suffisant.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation de l'arrêté du 24 juillet 2020 doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 3 juin 2020 :
22. Eu égard à ce qui a été dit aux points 3 et 4, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions, devenues sans objet, à fin d'annulation de la décision du 3 juin 2020 qui a disparu de l'ordonnancement juridique par l'effet de l'arrêté du 24 juillet 2020.
Sur les frais liés au litige :
23. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de M. C au bénéfice de la commune de Cormery une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2002227 dirigées contre la délibération du 3 juin 2020 du conseil municipal de la commune de Cormery.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2002227 de M. C est rejeté.
Article 3 : La requête n° 2002581 de M. C est rejetée.
Article 4 : M. C versera une somme de 1 500 euros à la commune de Cormery en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la commune de Cormery et au département d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
Mme Bailleul, première conseillère,
Mme Pajot, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023
La rapporteure,
Anne-Laure A
La présidente,
Anne-Laure DELAMARRELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°s 2002227
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026