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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2002594

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2002594

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2002594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantREMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet 2020 et le 17 février 2023, M. B A, représenté par Me Rémy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2019 du directeur départemental des territoires d'Indre-et-Loire en tant que celui-ci a, d'une part, limité à la puissance de 44 kW la consistance du droit fondé en titre du moulin de Rigny-Ussé et, d'autre part, refusé l'application à ce moulin de l'exonération des obligations relatives au rétablissement de la continuité écologique instituée à l'article L. 214-18-1 du code de l'environnement ;

2°) de fixer la consistance légale de ce droit fondé en titre à 116 kW ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- les ouvrages du moulin de Rigny-Ussé bénéficient d'un droit fondé en titre pour l'usage des eaux de l'Indre, comme l'Etat l'a reconnu par ses courriers des 13 janvier 2017, 13 août 2018 et 30 juillet 2019 ;

- la consistance légale de ce droit est de 116 kW en application de la formule fixée à l'article L. 511-5 du code de l'énergie et en tenant compte, en l'absence de travaux connus de modification ayant augmenté la puissance, d'une hauteur de chute de 2,84 m et d'un débit maximal de dérivation, apprécié au niveau du vannage d'entrée de l'usine, de 4,15 m3 ;

- l'administration ne pouvait se fonder sur l'état statistique établi sur déclaration et selon une méthodologie inconnue ne permettant pas d'affirmer que le débit indiqué correspond au débit maximal dérivé ni qu'il a été évalué conformément aux règles applicables ;

- c'est à tort que le préfet a refusé l'application à ce moulin de l'exonération des obligations relatives au rétablissement de la continuité écologique dès lors que, si les barrages implantés sur les cours d'eau classés en liste 2 de l'article L. 214-17 du code de l'environnement doivent être équipés afin d'assurer leur franchissement piscicole et sédimentaire, l'article L. 214-18-1 du même code, éclairé par les travaux préparatoires dont il résulte, exonère les moulins à eau pouvant être équipés pour la production d'électricité, comme c'est le cas en l'espèce ;

- en l'absence de confortement, remise en eau ou de remise en exploitation du moulin, aucun porté à la connaissance du préfet n'était requis en application de l'article R. 214-18-1 du code de l'environnement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 16 février 2023, la SAS Moulin d'Ussé, représenté par Me Rémy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2019 du directeur départemental des territoires d'Indre-et-Loire en tant que celui-ci a, d'une part, limité à la puissance de 44 kW la consistance du droit fondé en titre du moulin de Rigny-Ussé et, d'autre part, refusé l'application à ce moulin de l'exonération des obligations relatives au rétablissement de la continuité écologique instituée à l'article L. 214-18-1 du code de l'environnement ;

2°) de fixer la consistance légale de ce droit fondé en titre à 116 kW ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle exploitera les ouvrages du moulin d'Ussé ;

- elle reprend à son compte les moyens soulevés par M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La Constitution ;

- le règlement (CE) n° 1100/2007 du Conseil du 18 septembre 2007 ;

- la directive 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000 ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'énergie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacassagne,

- et les conclusions de Mme Best de Gand, rapporteur public.

Une note en délibéré a été présentée par M. A le 15 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, propriétaire du moulin de Rigny-Ussé (Indre-et-Loire), a saisi le préfet d'Indre-et-Loire d'une demande de fixation de la consistance légale du droit fondé en titre attaché à celui-ci, pour une puissance de 114 kW. Par un courrier du 30 juillet 2019, le directeur départemental des territoires d'Indre-et-Loire a statué sur cette demande et précisé les obligations s'attachant à l'exploitation de l'ouvrage. M. A conteste ce courrier en tant seulement que celui-ci a, d'une part, limité à la puissance de 44 kW la consistance du droit fondé en titre du moulin de Rigny-Ussé et, d'autre part, refusé l'application à ce moulin de l'exonération des obligations relatives au rétablissement de la continuité écologique instituée à l'article L. 214-18-1 du code de l'environnement.

L'intervention de la SAS Moulin d'Ussé :

2. La SAS Moulin d'Ussé, qui a été constituée en vue de l'exploitation des installations de production électrique dont doit être équipé le moulin, a intérêt à la détermination de la consistance légale du droit fondé en titre et à la fixation des obligations de rétablissement de la continuité écologique. Son intervention est, par suite, recevable.

L'application au moulin de Rigny-Ussé de l'exonération des obligations relatives au rétablissement de la continuité écologique :

3. Aux termes de l'article L. 214-18-1 du code de l'environnement, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les moulins à eau équipés par leurs propriétaires, par des tiers délégués ou par des collectivités territoriales pour produire de l'électricité, régulièrement installés sur les cours d'eau, parties de cours d'eau ou canaux mentionnés au 2° du I de l'article L. 214-17, ne sont pas soumis aux règles définies par l'autorité administrative mentionnées au même 2°. Le présent article ne s'applique qu'aux moulins existant à la date de publication de la loi n° 2017-227 du 24 février 2017 ratifiant les ordonnances n° 2016-1019 du 27 juillet 2016 relative à l'autoconsommation d'électricité et n° 2016-1059 du 3 août 2016 relative à la production d'électricité à partir d'énergies renouvelables et visant à adapter certaines dispositions relatives aux réseaux d'électricité et de gaz et aux énergies renouvelables. "

4. Toutefois, il appartient au juge de plein contentieux des installations soumises à la législation sur l'eau de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue. Or, par l'article 71 de la loi du 10 mars 2023 relative à l'accélération de la production d'énergies renouvelables, le législateur a abrogé l'article L. 214-18-1 précité. Par suite et en tout état de cause, M. A ne peut utilement ni se prévaloir de ces dispositions exonératoires ni soutenir que ces dispositions n'impliquaient aucun porté à la connaissance des services préfectoraux.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 30 juillet 2019 en tant qu'elle a refusé l'application au moulin de Rigny-Ussé de l'exonération des obligations relatives au rétablissement de la continuité écologique instituée à l'article L. 214-18-1 du code de l'environnement ne peuvent en tout état de cause qu'être rejetées.

La détermination de la consistance légale du droit fondé en titre rattaché au moulin de Rigny-Ussé :

6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'énergie : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 511-4, nul ne peut disposer de l'énergie des marées, des lacs et des cours d'eau, quel que soit leur classement, sans une concession ou une autorisation de l'État. ". Aux termes de l'article L. 511-4 du même code : " Ne sont pas soumises aux dispositions du présent livre : / 1° Les usines ayant une existence légale ; () ". Enfin aux termes de l'article L. 511-5 du même code : " Sont placées sous le régime de la concession les installations hydrauliques dont la puissance excède 4 500 kilowatts. / Les autres installations sont placées sous le régime de l'autorisation selon les modalités définies à l'article L. 531-1. / La puissance d'une installation hydraulique, ou puissance maximale brute, au sens du présent livre est définie comme le produit de la hauteur de chute par le débit maximum de la dérivation par l'intensité de la pesanteur ".

7. Un droit fondé en titre conserve, en principe, la consistance légale qui était la sienne à l'origine. A défaut de preuve contraire, cette consistance est présumée conforme à sa consistance actuelle. Elle correspond, non à la force motrice utile que l'exploitant retire de son installation, compte tenu de l'efficacité plus ou moins grande de l'usine hydroélectrique, mais à la puissance maximale dont il peut, en théorie, disposer. S'il résulte des dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'énergie citées plus haut, que les ouvrages fondés en titre ne sont pas soumis aux dispositions du livre V " Dispositions relatives à l'utilisation de l'énergie hydraulique " du code de l'énergie, leur puissance maximale est calculée en appliquant la même formule que celle qui figure au troisième alinéa de l'article L. 511-5 précité, c'est-à-dire en faisant le produit de la hauteur de chute par le débit maximum de la dérivation par l'intensité de la pesanteur.

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, pour évaluer à 44 kW la consistance légale du moulin de Rigny-Ussé, le préfet d'Indre-et-Loire s'est fondé sur l'état des irrigations et usines hydrauliques du département d'Indre-et-Loire de 1879, document à caractère d'état statistique selon les termes mêmes des écritures en défense du préfet, lequel faisait apparaître pour le cours d'eau en cause au niveau de ce moulin un " état du débit dérivé le plus ancien connu " de 3,45 m3/s et une " chute en eaux ordinaires " de 1,5 mètre. Toutefois, alors que M. A produit un compte-rendu de nivellement établi par un géomètre-expert qui évalue ce débit à 4,15 m3/s compte tenu de la largeur de la vanne et de sa hauteur, le préfet d'Indre-et-Loire n'établit pas que le débit qu'il a retenu correspond au débit maximal dérivé et ne précise ni l'endroit où cette mesure avait été réalisée ni la méthode utilisée pour la mesure de la chute. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la puissance mentionnée par la décision du 30 juillet 2019 ne résulte pas de l'application de la formule fixée à l'article L. 511-4 du code de l'énergie.

9. En second lieu, le compte-rendu de nivellement établi le 7 juin 2019 à la demande du requérant, s'il conduit à évaluer la consistance légale du moulin à 116 kW, n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal de vérifier que la mesure de débit dérivé déterminée par le géomètre-expert tient compte du débit maximal dérivé par le canal d'amenée, apprécié au niveau du vannage d'entrée dans l'usine, en aval de ce canal, et que la mesure de la hauteur de chute qu'il a déterminée est celle de la hauteur constatée de l'ouvrage, sans tenir compte de la circonstance que des variations de débit pouvaient affecter le niveau d'eau au point de restitution.

10. Dans ces circonstances, le tribunal ne trouvant pas au dossier les éléments nécessaires pour déterminer la consistance légale du moulin de Rigny-Ussé, il y a lieu d'ordonner, avant dire-droit, une expertise sur les points mentionnés au point 9.

DECIDE :

Article 1er : L'intervention de la SAS Moulin d'Ussé est admise.

Article 2 : Les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 30 juillet 2019 en tant qu'elle a refusé l'application au moulin de Rigny-Ussé de l'exonération des obligations relatives au rétablissement de la continuité écologique instituée à l'article L. 214-18-1 du code de l'environnement sont rejetées.

Article 3 : Il sera, avant de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à la fixation de la consistance légale du droit fondé en titre rattaché au moulin de Rigny-Ussé, procédé par un expert, désigné par le président du tribunal administratif, à une expertise avec mission pour l'expert de déterminer, d'une part, le débit maximal dérivé du canal d'amenée de ce moulin, apprécié au niveau du vannage d'entrée dans l'usine, en aval de ce canal, et, d'autre part, la hauteur de chute de l'ouvrage, sans tenir compte de la circonstance que des variations de débit pourraient affecter le niveau d'eau au point de restitution.

Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.

Article 5 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.

Article 6 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SAS Moulin d'Ussé et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

L'assesseur le plus ancien,

Anne-Laure PAJOT

Le président-rapporteur,

Denis LACASSAGNE La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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