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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2002739

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2002739

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2002739
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI FRECHE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 août 2020, le 23 juin 2021, la société Gaz réseau distribution France (GRDF), représentée par Me de Moustier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 21 octobre 2019 par laquelle le conseil métropolitain de Tours métropole Val de Loire a adopté le règlement de voirie, notamment les articles 24, 46, 53, 55 et 59 ainsi que la décision du 27 février 2020 portant rejet implicite de son recours gracieux formé par lettre du 13 décembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de Tours Métropole Val de Loire la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que les conseillers métropolitains se soient vu adresser la note de synthèse prévue par l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales rendue applicable aux métropoles par l'article L. 5211-1 du même code ;

- l'article 24 du règlement de voirie porte une atteinte excessive à son droit d'occuper le domaine public en faisant courir la durée de garantie à compter de la réception du procès-verbal, en lui imposant des réfections définitives immédiates et en mettant à sa charge une obligation de surveillance durant le délai de garantie ;

- l'article 46 du règlement de voirie porte une atteinte excessive à son droit d'occuper le domaine public et lui impose illégalement des modalités ou des techniques d'exploitation spécifiques en lui imposant la pose de fourreaux en attente dans les voies concernées par un projet de tramway, la pose d'une deuxième conduite pour les voies de largeur importante et l'installation de barrières équipées d'un dispositif lumineux ;

- l'article 53 du règlement lui impose illégalement des modalités d'exploitation spécifiques en prévoyant l'ouverture des tranchées longitudinales au fur et à mesure de l'avancement du chantier et des tranchées transversales que par demi-chaussées, en permettant à la métropole de la contraindre à avoir recours à un fonçage horizontal pour la traversée des chaussées et de ne poser les conduites que sur la moitié de la largeur de la voie ;

- les modalités techniques imposées par l'article 53 du règlement portent une atteinte excessive à son droit d'occuper le domaine public en ce qu'elles n'ont pas pour objet la protection du domaine public routier mais de préserver la circulation publique ;

- l'article 55 du règlement de voirie est privé de base légale en ce qu'il lui impose de respecter les prescriptions techniques spécifiquement issues de l'accord technique délivré par la métropole ;

- l'article 59 du règlement, dans son point " dispositions générales ", met illégalement à la charge des intervenants des travaux en ce qu'ils excèdent la remise en état sur l'emprise des tranchées et portent une atteinte excessive à son droit d'occuper le domaine public routier ;

- l'article 59 du règlement, dans son point " Réfections provisoires ", impose des prescriptions dépourvues de tout fondement juridique ainsi que des modalités d'exploitation techniques qui ne relèvent que du choix de l'intervenant ;

- l'article 59 du règlement, dans son point " Rétablissement des chaussées ", prévoit des prescriptions qui sont illégales en ce qu'elles imposent des modalités d'exploitation techniques particulières et en ce qu'elles sont génératrices d'une rupture d'égalité selon que les travaux sont réalisés par l'intervenant ou par une entreprise qualifiée en concertation avec la métropole.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 avril 2021 et 5 août 2021, Tours Métropole Val de Loire, représentée par Me Cebron de Lisle, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la limitation de l'annulation du règlement de voirie aux seules dispositions irrégulières et en tout état de cause à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 19 août 2021, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 9 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la voirie routière ;

- le code de l'énergie ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Defranc-Dousset, rapporteure publique,

- et les observations de Me, Benzakki, représentant la société requérante et de Me Veauvy représentant Tours Métropole Val de Loire.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 21 octobre 2019, le conseil métropolitain de Tours Métropole Val de Loire a approuvé le règlement de voirie applicable sur l'ensemble du territoire. Par lettre du 13 décembre 2019, reçue le 27 décembre suivant, la société GDRF a formé un recours gracieux contre cette délibération. Du silence gardé sur ce recours, est née le 27 février 2020 une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la société GRDF demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu aux termes de l'article L. 323-1 du code de l'énergie : " La concession de transport ou de distribution d'électricité confère au concessionnaire le droit d'exécuter sur les voies publiques et leurs dépendances tous travaux nécessaires à l'établissement et à l'entretien des ouvrages en se conformant aux conditions du cahier des charges, des règlements de voirie et des décrets en Conseil d'Etat prévus à l'article L. 323-11, sous réserve du respect des dispositions du code de la voirie routière, en particulier de ses articles L. 113-3 et L. 122-3 () ". Aux termes de l'article L. 113-3 du code de la voirie routière : " Sous réserve des prescriptions prévues à l'article L. 122-3, () les services publics de transport ou de distribution d'électricité ou de gaz () peuvent occuper le domaine public routier en y installant des ouvrages, dans la mesure où cette occupation n'est pas incompatible avec son affectation à la circulation terrestre () ". Enfin, l'article R. 141-14 du même code dispose que : " Un règlement de voirie fixe les modalités d'exécution des travaux de remblaiement, de réfection provisoire et de réfection définitive conformément aux normes techniques et aux règles de l'art. Il détermine les conditions dans lesquelles le maire peut décider que certains des travaux de réfection seront exécutés par la commune () ".

3. Il découle de ces dispositions que le droit d'occupation du domaine public routier reconnu à la société GRDF, en sa qualité de concessionnaire d'un réseau d'électricité ne peut s'exercer que dans les conditions prévues par les règlements de voirie. Les autorités compétentes peuvent, par la voie de ces règlements, subordonner l'exercice du droit dont il s'agit aux conditions qui se révèlent indispensables pour assurer la protection du domaine public routier dont elles ont la charge et en garantir un usage répondant à sa destination, à condition de ne pas porter une atteinte excessive au droit d'occupation du domaine public routier reconnu au concessionnaire.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales :

4. Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales, rendues applicables aux établissements publics de coopération intercommunale par l'article L. 5211-1 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal ". Il résulte de ces dispositions que, dans les communes de 3 500 habitants et plus, la convocation aux réunions du conseil municipal doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.

5. Il ressort des pièces du dossier que, préalablement à la séance du 21 octobre 2019, les conseillers métropolitains ont été destinataires, par voie de télétransmissions réalisées le 14 octobre 2019 et par envois postaux réalisés le 15 octobre 2019, avec la convocation et l'ordre du jour, notamment d'un projet de délibération portant sur l'élaboration d'un règlement de voirie métropolitain auquel était joint le projet de règlement de voirie. L'exposé des motifs de ce projet de délibération rappelait que la Métropole exerce la compétence voirie dont elle assure le pouvoir de police de conservation du domaine public et indiquait que le projet de règlement de voirie avait été conçu dans le double objectif de rappeler les principales règles de droit applicables et de fixer des règles d'utilisation particulières par Tours métropole Val de Loire en sa qualité de gestionnaire du domaine public routier dans le but de préserver l'intégrité de ce domaine. Ce faisant, la collectivité a satisfait aux obligations d'information auxquelles elle était astreinte, alors même que la convocation des conseillers métropolitains à la réunion ayant adopté la délibération litigieuse n'était formellement pas accompagnée d'une note explicative de synthèse, telle que prévue par les dispositions combinées des articles L. 5211-1 et L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la délibération litigieuse serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'article 24 du règlement de voirie relatif à la garantie :

6. En premier lieu, l'article 24 du règlement de voirie prévoit que : " La durée de garantie pour les réfections définitives immédiates est de 1 an. Elle court à compter de la

réception du procès-verbal de réception des travaux. / Ladite garantie porte sur l'absence de déformation, de fissuration, d'ouverture des joints et de la bonne tenue générale de la couche de roulement et/ou du revêtement. L'intervenant reste responsable des réfections définitives immédiates durant la période de garantie et devra à ce titre assurer lui-même la surveillance et la réparation sans délai de celles-ci si nécessaire ".

7. En deuxième lieu, la société GRDF soutient qu'en faisant courir la garantie pour les réfections définitives immédiates à compter de la réception du procès-verbal de réception des travaux, l'article 24 du règlement présente une incohérence avec l'article 23 de ce même règlement qui prévoit que la réception, par le service gestionnaire de la voirie, du procès-verbal de réception des travaux ou de l'avis d'achèvement des travaux a pour effet le transfert au service gestionnaire de la responsabilité de l'ouvrage de l'intervenant. Si l'article 23 confère ainsi à l'envoi de l'avis d'achèvement des travaux un effet juridique de même portée que celui de la réception des travaux, la société GRDF ne saurait toutefois en déduire que l'article 24 du règlement aurait dû prévoir comme point de départ de la garantie la date de réception de l'avis d'achèvement des travaux alors que la garantie ne commence à courir, par application des principes énoncés à l'article 1792-6 du code civil visé par le règlement de voirie et repris par le cahier des clauses administratives générales des marchés publics de travaux, qu'à compter de la réception des travaux. Par ailleurs, en retenant comme point de départ de la garantie la date de réception du procès-verbal des travaux, l'article 24 n'a pas pour objet de prolonger la durée de la garantie mais d'informer Tours métropole Val de Loire, qui n'a pas la qualité de maître d'ouvrage, de la réception des travaux.

6. En troisième lieu, ainsi que le fait valoir Tours métropole Val de Loire, l'article 24 du règlement de voirie n'a trait qu'aux effets de la garantie applicable aux réfections définitives immédiates et n'a pas pour objet d'imposer de manière générale et absolue que les réfections définitives, qui sont régies par l'article 59 du règlement de voirie, soient réalisées de façon immédiate, contrairement à ce que soutient la société GRDF qui ne saurait dès lors invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article R. 141-13 du code de la voirie routière prévoyant que le délai entre la réfection provisoire et la réfection définitive ne peut excéder un an.

7. En dernier lieu, la société GRDF critique à bon droit l'article 24 du règlement de voirie en ce qu'il met à la charge de l'intervenant, dans le cadre de la garantie qu'il prévoit s'agissant des réfections définitives réalisées immédiatement, une obligation de surveillance, laquelle n'est pas au nombre des obligations prévues par l'article R. 141-17 du code de la voirie routière aux termes duquel " Lorsque la réfection définitive est effectuée par l'intervenant, celui-ci assure sur les parties de chaussées, accotements, trottoirs ou autres ouvrages concernés les travaux d'entretien liés aux conditions dans lesquelles la réfection a été exécutée ". Il s'ensuit, et alors que Tours métropole Val de Loire ne démontre pas que cette prescription serait indispensable à la conservation du domaine public routier, qu'elle porte une atteinte excessive au droit de la requérante à occuper le domaine public.

8. Il résulte des points 5 à 7 que l'article 24 du règlement de voirie doit être annulé seulement en ce qu'il met à la charge de l'intervenant pendant la durée de la garantie une obligation de surveillance.

En ce qui concerne la légalité de l'article 46 du règlement de voirie relatif aux ouvrages et équipements en souterrain :

9. Aux termes des 5ème et 6ème alinéas de l'article 46 du règlement : " Dans les voies de largeur importante et/ou lorsque la nécessité s'en fait sentir, et afin d'éviter les traversées de chaussées intempestives, il pourra être proposé en concertation avec Tours Métropole Val de Loire la pose d'une deuxième conduite pour les réseaux de distribution. / Dans le cas de voies concernées par un projet de tramway, les intervenants proposeront des solutions techniques adaptées à la configuration du site comme la pose de fourreaux en attente à une distance raisonnable, ou en cas d'impossibilité, la création d'une nouvelle conduite pour les réseaux de distribution. La solution proposée devra faire l'objet d'un accord écrit de Tours métropole Val de Loire ".

10. Contrairement à ce que fait valoir Tours métropole Val de Loire, les dispositions des 5ème et 6ème alinéas de l'article 46 du règlement ont pour effet de contraindre l'intervenant à se rapprocher de l'autorité gestionnaire pour apprécier avec elle les solutions techniques adaptées aux voies présentant des largeurs importantes et aux voies concernées par un projet de tramway. Par ailleurs, cette association de l'autorité gestionnaire aux solutions techniques proposées par l'intervenant aboutira nécessairement à conférer à cette dernière le pouvoir de décider seule des solutions techniques à retenir dès lors qu'il est prévu de les soumettre à un accord écrit de Tours métropole Val de Loire, alors même que les modalités techniques d'intervention citées dans les dispositions critiquées ne le sont qu'à titre indicatif. Il s'ensuit, et alors que Tours métropole Val de Loire ne démontre pas qu'elles seraient indispensables à la conservation du domaine public routier, que les dispositions des 5ème et 6ème alinéas de l'article 46 du règlement, portent une atteinte excessive aux droits de la société requérante d'occuper le domaine public routier. Ces dispositions qui sont divisibles des autres dispositions de l'article 46 doivent être annulées.

En ce qui concerne la légalité de l'article 53 du règlement de voirie relatif à l'ouverture des fouilles :

11. En premier lieu, l'article 53 du règlement prévoit, dans ses alinéa 2 et 4 de la partie relative à " l'implantation et la dimension des fouilles " que : " Les tranchées longitudinales sont ouvertes au fur et à mesure de l'avancement du chantier. La permission de voirie ou accord technique préalable, fixe, en concertation avec l'intervenant, la longueur maximale de la tranchée susceptible de rester ouverte au cours des travaux " et que : " Les tranchées transversales ne seront ouvertes que par demi-chaussée de façon à ne pas interrompre totalement la circulation, sauf disposition contraire établie en accord avec le gestionnaire de la voirie ou l'autorité qui détient les pouvoirs de police de circulation ".

12. Les dispositions citées au point 11, qui se bornent à prescrire, sans imposer de longueur maximale, que les tranchées longitudinales ne soient ouvertes qu'au fur et à mesure de la pose des conduites et que les tranchées transversales ne soient ouvertes que par demi-chaussée, présentent un caractère peu contraignant au regard de l'intérêt qui s'attache pour la collectivité à ce que l'impact des travaux puisse être réduit au minimum s'agissant des troubles infligés aux usagers du domaine public routier. Contrairement à ce que soutient la société GRDF, cette préoccupation n'est pas étrangère aux objectifs susceptibles d'être poursuivis par les règlements de voirie. La contrainte inhérente aux canalisations de distribution de gaz qui imposerait de laisser l'emprise des fouilles ouverte pour permettre une bonne ventilation n'est pas de nature à établir l'illégalité des dispositions contestées dès lors qu'elles prévoient elles-mêmes la possibilité d'y déroger en accord avec l'autorité gestionnaire de la voirie. Il s'ensuit que les dispositions critiquées ne peuvent être regardées comme portant une atteinte excessive au droit de la société requérante à occuper ledit domaine.

13. En deuxième lieu, l'article 53 du règlement prévoit, dans son alinéa 6 de la partie relative à " l'implantation et la dimension des fouilles " que : " Lorsque la disposition des lieux, l'encombrement du sous-sol et la nature des terrains le permettent, le fonçage horizontal pour la traversée des chaussées peut être demandé ".

14. Contrairement à ce que soutient la société requérante, les prescriptions citées au point 13 ne sauraient être regardées comme portant une atteinte excessive au droit des sociétés concessionnaires d'occuper le domaine public routier en ce qu'elles préconisent une modalité technique de travaux spécifique dès lors que la technique du fonçage, qui participe à la protection du domaine public routier et permet de mieux garantir un usage répondant à sa destination, ne pourra être demandée par l'autorité gestionnaire que sous réserve que la disposition des lieux, l'encombrement du sous-sol et la nature des terrain le permettront. Le moyen doit, par suite, être écarté.

15. En troisième lieu, l'article 53 du règlement prévoit, dans son alinéa 3 de la partie relative aux " modes d'établissement des conduites sous le sol " que : " La pose des conduites et les tranchées transversales ne s'effectueront que sur la moitié de la largeur de la voie publique, de manière que l'autre moitié reste libre pour la circulation, sauf disposition contraire établie

en accord avec le gestionnaire de la voirie ou l'autorité qui détient les pouvoirs de police de circulation ".

16. Les dispositions du règlement de voirie citées au point 15, qui visent notamment à diminuer la gêne occasionnée aux usagers de la voirie et dès lors à garantir le caractère compatible de l'occupation du domaine avec son affectation à la circulation terrestre, n'ont ni pour objet ni pour effet d'imposer une interdiction générale et absolue d'exécuter des travaux sur plus de la moitié de la chaussée, dès lors qu'elles prévoient la possibilité d'y déroger avec l'accord de l'autorité gestionnaire de la voirie. Il s'ensuit que ces dispositions n'imposent pas de modalités techniques spécifiques pour la pose du réseau. Le moyen ainsi soulevé manque en fait et doit, par suite, être écarté.

17. En dernier lieu, l'article 53 du règlement prévoit, dans son alinéa 4 de la partie relative aux " modes d'établissement des conduites sous le sol " que : " Les parties de tranchées qui ne peuvent être comblées avant la fin de la journée seront protégées, pendant la nuit, par des barrières solidement établies équipées d'un dispositif lumineux ".

18. En imposant pour la protection de nuit des tranchées restées béantes, la mise en place de barrières équipées d'un dispositif lumineux, les dispositions du règlement citées au point 16 ont pour seul objet d'assurer la protection du domaine public et son bon usage et ne sauraient être regardées comme portant une atteinte excessive au droit d'occupation dont dispose la société GRDF sur le domaine public routier. Le moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'article 55 du règlement de voirie relatif au remblayage des fouilles :

19. L'article 55 du règlement de voirie dispose que : " Les opérations de remblaiement se feront en respectant les règles de mise en œuvre de remblai des sols

et des matériaux, définies par le guide technique SETRA-LCPC " Remblayage des tranchées et réfection des chaussées ", la norme en vigueur et les prescriptions techniques issues de la permission de voirie ou l'accord technique délivrés par Tours Métropole Val de Loire () ".

20. En renvoyant à un accord technique préalable susceptible de comporter des prescriptions spécifiques dont la portée n'est pas précisée, les conditions de réalisation des opérations de remblaiement des tranchées, en sus des règles définies par le guide technique SETRA-LCPC " Remblayage des tranchées et réfection des chaussées " et des normes en vigueur, l'article 55 du règlement de voirie, porte une atteinte excessive au droit permanent d'occupation du domaine public routier dont dispose la société GRDF. Il s'ensuit que doit être annulé l'article 55, qui est divisible des autres dispositions du règlement de voirie du règlement, en tant qu'il prévoit cet accord technique préalable.

En ce qui concerne la légalité de l'article 59 du règlement de voirie relatif au remblayage des fouilles :

21. En premier lieu, l'article 59 du règlement prévoit, dans ses alinéas 4, 5 et 6 de la partie relative aux " dispositions générales " que pour les travaux réalisés dans un revêtement de moins de 3 ans d'âge : " S'il y a nécessité absolue de réaliser des travaux, une réfection définitive conforme aux coupes de tranchée figurant dans l'annexe n° 1 pourra être demandée pour un motif d'intérêt général et de préservation de la chaussée. La nature de ces travaux de reconstitution de la chaussée sera définie au cas par cas par le représentant territorial de Tours Métropole Val de Loire en liaison avec l'intervenant " et que " Afin de préserver la pérennité de la structure de chaussée et de garantir la sécurité des usagers sur les voies

circulées, les dispositions suivantes seront également prises : / Pour une tranchée (longitudinale ou transversale) de largeur L, l'intervenant devra réaliser la réfection de la couche de roulement sur l'emprise de la tranchée augmentée d'une largeur au moins égale à L/2, et ce, de part et d'autre de la tranchée. Toutefois, la largeur totale de la couche de roulement à reprendre ne pourra être inférieure à 1 mètre ".

22. En renvoyant les conditions de réfection définitive aux règles énoncées dans l'annexe 1 du règlement, sans qu'il ne soit allégué qu'elles se borneraient à reprendre les normes techniques et les règles de l'art en la matière au sens des dispositions précitées de l'article

R. 141-14 du code de la voirie routière ainsi qu'à une définition conjointe des travaux de reconstitution de la chaussée avec l'autorité gestionnaire de la voirie, sans préciser qu'ils se limiteraient aux conséquences directes des interventions, les dispositions citées au point 21 doivent être regardées comme imposant des sujétions excédant la simple remise en état de la chaussée, alors en outre qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que de telles dispositions seraient indispensables à la conservation du domaine public routier. Il en va de même s'agissant des dispositions imposant que la réfection de la couche de roulement soit augmentée d'une largeur au moins égale à L/2 de part et d'autre de la tranchée, sans qu'elle soit inférieure à un mètre. Les dispositions des alinéas 4, 5 et 6 de l'article 59 qui sont divisibles des autres dispositions du règlement de voirie doivent, par suite, être annulées dans cette mesure.

23 En deuxième lieu, l'article 59 du règlement prévoit, dans ses alinéas 9 et 13 de la partie relative aux " dispositions générales " que pour les travaux réalisés dans un revêtement de plus de 3 ans d'âge : " Les délaissés d'une largeur inférieure à 30 cm par rapport aux bordures ou aux façades sur trottoir ou chaussée ou aménagement de voirie (dos d'âne, pavés) seront également pris en charge par le pétitionnaire " et que " (). Tours Métropole Val de Loire conserve la possibilité d'imposer une redécoupe plus large des bords du revêtement si nécessaire ".

24. Les prescriptions précitées, en tant d'une part, qu'elles obligent les concessionnaires du domaine public à utiliser des modalités et techniques d'exploitation échappant à la compétence de Tours Métropole Val de Loire et, d'autre part, qu'elles leur imposent des sujétions qui excèdent la simple remise en état des lieux, portent une atteinte excessive au droit d'occupation du domaine public dont dispose la société GRDF. Les dispositions de l'alinéa 9 et de la dernière phrase de l'alinéa 13 de l'article 59, qui sont divisibles des autres dispositions du règlement de voirie doivent, par suite, être annulées.

25. En troisième lieu, l'article 59 du règlement prévoit, dans son alinéa 10 de la partie relative aux " dispositions générales " que pour les travaux réalisés dans un revêtement de plus de 3 ans d'âge : " En règle générale, la réfection en surface sera réalisée dès la fin de l'intervention, de façon définitive ".

26. La prescription citée au point 25, qui ne saurait être regardée contrairement à ce que soutient Tours Métropole Val de Loire comme dépourvue de tout caractère contraignant en ce qu'elle ne prévoit aucun tempérament, ne se borne pas à réglementer l'exercice par les concessionnaires de leur droit d'occupation du domaine et constitue une immixtion dans les modalités d'intervention des intéressés. Les dispositions de la dernière phrase de l'alinéa 10, qui sont divisibles des autres dispositions du règlement de voirie doivent, par suite, être annulées.

27. En quatrième lieu, l'article 59 du règlement prévoit, dans son alinéa 26 de la partie intitulée " Réfection provisoire " que : " La réfection provisoire sera utilisée à titre exceptionnel et pourra être décidée par Tours Métropole Val de Loire en concertation avec l'intervenant ".

28. En n'autorisant qu'à titre exceptionnel le recours à des réfections provisoires, sans démontrer que cette prescription serait indispensable à la conservation des voies publiques, les prescriptions citées au point 27 constituent une immixtion dans le choix des modalités techniques de réalisation des travaux et portent une atteinte excessive au droit de la société requérante d'occuper le domaine public routier. Les dispositions de la première phrase de l'alinéa 26, qui sont divisibles des autres dispositions du règlement de voirie doivent, par suite, être annulées.

29. En cinquième lieu, l'article 59 du règlement prévoit, dans son alinéa 37 de la partie intitulée " Réfection par type de revêtements " pour le rétablissement des trottoirs, pistes et bandes cyclables et voies pavées que : " Dans la mesure du possible, et en fonction des préconisations du représentant territorial de Tours Métropole Val de Loire, le rétablissement des trottoirs, pistes et bandes cyclables sera réalisé comme précisé dans les

coupes et schémas de l'annexe 1 " et pour le cas particulier des voies piétonnes, dans ses alinéas 38 et 39 : " Fait par l'intervenant: / - Couche de fondation en béton hydraulique C 16/20 de ciment sur 15 cm d'épaisseur établie à un niveau identique à ce qui préexistait, / - Dans le cas de dallage existant, démontage de celui-ci et stockage éventuel au dépôt de la voirie ".

30. Les prescriptions prévues spécifiquement pour le rétablissement des voies piétonnes citées au point 29, qui ne sauraient être entendues comme de simples préconisations, ne peuvent qu'être regardées comme imposant aux intervenants un choix technique de réalisation, qui en l'absence de toute démonstration sur le caractère indispensable de ce choix à la conservation des voies piétonnes, portent une atteinte excessive au droit d'occupation du domaine public dont jouit la société GRDF. Les dispositions des alinéas 38 et 39, qui sont divisibles des autres dispositions du règlement de voirie doivent, par suite, être annulées.

31. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'article 24 du règlement en ce qu'il met à la charge de l'intervenant une obligation de surveillance pendant la garantie, les alinéas 5 et 6 de l'article 46 du règlement, l'article 55 du règlement en tant qu'il soumet à l'accord technique préalable de Tours métropole Val de Loire les opérations de remblayage des tranchées, les alinéas 4, 5 et 6 de l'article 59, l'alinéa 9 et la dernière phrase de l'alinéa 13 de l'article 59 du règlement, la dernière phrase de l'alinéa 10 de l'article 59 du règlement, la 1ère phrase de l'alinéa 26 de l'article 59 du règlement et les alinéas 38 et 39 de l'article 59 du règlement ainsi que, dans les mêmes limites, la décision du 27 février 2020 portant rejet implicite du recours gracieux formé par la société GRDF.

Sur les frais liés à l'instance :

32. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société GRDF, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Tours Métropole Val de Loire demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Tours Métropole Val de Loire une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la société GRDF et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'article 24 du règlement de voirie de Tours Métropole Val de Loire adopté par délibération du 21 octobre 2019 du conseil métropolitain est annulé en tant qu'il met à la charge de l'intervenant une obligation de surveillance pendant la garantie.

Article 2 : Les alinéas 5 et 6 de l'article 46 du règlement sont annulés.

Article 3 : L'article 55 du règlement de voirie est annulé en tant qu'il soumet à l'accord technique préalable de Tours métropole Val de Loire les opérations de remblayage des tranchées.

Article 4 : L'article 59 du règlement de voirie est annulé en ses alinéas 4, 5, 6, 9, 10, dernière phrase, 13, dernière phrase, 26, 1ère phrase, 38 et 39.

Article 5 : La décision implicite du 27 février 2020 du président de Tours Métropole Val de Loire portant rejet du recours gracieux de la société GRDF est annulée dans les limites fixées aux articles 1 à 5 ci-dessus.

Article 6 : Tours Métropole Val de Loire versera à la société GRDF une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : Les conclusions présentées par Tours Métropole Val de Loire sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à la société GRDF et à Tours Métropole Val de Loire.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

Mme Montes-Derouet, première conseillère,

Mme Dumand, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

La rapporteure,

Isabelle A

La présidente,

Anne-Laure DELAMARRE

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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